À l’ouverture de son procès à Paris ce lundi 26 janvier, l’ancien sénateur Joël Guerriau a pris la parole pour la première fois. À la barre, tout en présentant ses excuses à la plaignante, il a nié toute intention de nuire à la députée Sandrine Josso, livrant un récit détaillé de la soirée du 14 novembre 2023 et de son état psychologique.
À la barre du tribunal correctionnel de Paris, Joël Guerriau parle bas, presque hésitant. Dès ses premières déclarations, l’ancien sénateur de Loire-Atlantique, jugé pour des faits de soumission chimique, se pose en homme accablé. “Je suis vraiment désolé pour Sandrine […] je n’ai jamais voulu lui faire de mal. J’espère qu’elle me pardonnera”, lâche-t-il, les yeux baissés, au moment d’ouvrir sa défense.
Face aux juges, il s’attache à déconstruire point par point le récit de la députée, qui affirme avoir été droguée à son insu lors d’un tête-à-tête au domicile parisien de l’ancien sénateur, le 14 novembre 2023. Premier élément martelé : “Il n’a jamais été question d’un restaurant”. Contrairement à ce qu’a déclaré Sandrine Josso durant l’enquête, Joël Guerriau assure qu’il était entendu entre eux que la soirée devait se dérouler chez lui. “Je parle de fajitas, elle me dit qu’elle aime ça. Je lui dis tant mieux, car j’en ai marre des restaurants”, explique-t-il, évoquant des échanges préalables par messages.
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“Il ne restait que Sandrine”
L’ancien sénateur replace l’invitation dans le cadre d’une célébration politique liée à sa récente réélection. “Lorsque vous êtes élu, vous faites une soirée de remerciements”, affirme-t-il, rappelant que Sandrine Josso faisait partie, selon lui, de ses très rares soutiens investis à Paris. “Il ne restait que Sandrine”, insiste-t-il, qualifiant ce dîner en tête-à-tête de situation “sans ambiguïté”, dans la continuité d’une relation “de confiance et amicale”.
Interrogé sur la drogue retrouvée à son domicile, un sachet de MDMA, Joël Guerriau dit n’en avoir jamais consommé. Il évoque néanmoins une période de fragilité psychologique, marquée par des “crises d’angoisse”, une campagne électorale éprouvante et un profond mal-être. “Je n’allais pas bien”, répète-t-il, affirmant que cette substance lui aurait été donnée “pour l’aider”, sans jamais en révéler l’origine, par attachement au Sénat.
“Pour moi, c’est anecdotique”
Le président du tribunal l’interroge longuement sur ses recherches internet, effectuées un mois avant les faits, portant sur l’ecstasy, le GHB et le viol. L’ex-sénateur minimise : “Pour moi, c’est anecdotique”. Une réponse aussitôt recadrée par le magistrat : “Ça ne l’est pas”.
Tout au long de cette première prise de parole, Joël Guerriau campe une ligne de défense constante : celle de l’inadvertance et de l’absence d’intention. Une version fermement contestée par Sandrine Josso, qui voit dans cette soirée un acte délibéré. Le procès ne faisait alors que commencer.
À la barre, Sandrine Josso évoque une trahison
Sandrine Josso a longuement témoigné à la barre, décrivant une soirée où la confiance a été “trahie” envers cet homme qu’elle connaissait depuis plus de 10 ans. Elle a détaillé ses symptômes immédiats, palpitations, tremblements, peur intense, puis les lourdes conséquences physiques et psychologiques, évoquant notamment des soins médicaux prolongés et rappelant que “quand vous êtes victimes vous n’êtes pas soutenue de partout”, relate BFMTV.
La députée a expliqué attendre de l’audience que “la juridiction fasse son travail” et dit souhaiter avant tout “la manifestation de la vérité”. De son côté, Joël Guerriau a exprimé des regrets vis-à-vis de celle qu’il considère toujours comme “une amie”. Il déclare ne pas avoir eu “de mauvaises intentions” et comprend qu’elle “ne (le) pardonne pas”.
En fin d’audience, le président a indiqué que la cour envisageait une possible requalification des faits, tandis que l’ex-sénateur a assuré vouloir, à l’issue de l’affaire, s’engager contre la drogue afin que “ça n’arrive pas aux autres”.

