Alors que les frappes et contre‑attaques se multiplient au Moyen‑Orient, la France apparaît aujourd’hui plus exposée qu’on ne l’imagine face au conflit avec l’Iran. Selon Jean de Gliniasty, ancien ambassadeur à Moscou et ancien consul général à Jérusalem, chaque nouvelle agression ou demande d’assistance de nos partenaires pourrait rapprocher Paris d’un engagement militaire plus direct.
La France sera-t-elle bientôt contrainte de participer au conflit au Moyen-Orient ? Depuis les frappes menées conjointement par les États-Unis et Israël contre l’Iran, les tensions régionales atteignent un point de rupture et la France se retrouve au cœur d’un engrenage périlleux. Avec une base militaire à Abou Dhabi et des accords de défense signés avec nos alliés, Paris n’est qu’à un tir de missile d’être entraînée dans une guerre contre Téhéran, analyse Jean de Gliniasty, directeur de recherche à l’IRIS, ancien ambassadeur à Moscou et ancien consul général à Jérusalem.
La Dépêche du Midi : La France risque-t-elle d’être entraînée malgré elle dans une guerre régionale dans le Golfe ?
Jean de Gliniasty : Le risque existe clairement. Les Iraniens jouent ce que j’appellerais la politique du pire. Ils multiplient les attaques indirectes, font planer la menace d’un conflit généralisé dans le Golfe, d’une crise pétrolière majeure et, au-delà, d’un choc économique mondial. Les Iraniens, acculés, n’hésiteront pas à recourir à des mesures extrêmes pour attirer d’autres puissances dans le conflit.

Dans ce contexte, il est difficile d’imaginer que la France soit épargnée. Nous avons une base militaire à Abou Dhabi et un accord de défense avec les Émirats arabes unis et la Jordanie. Si cette base était attaquée, il ne ferait aucun doute que nous serions amenés à réagir ; si elle ne l’est pas, ce sera au gouvernement français de décider du niveau de solidarité à afficher envers nos alliés.
La ligne rouge serait franchie si la France, comme elle l’a annoncé, décidait de bombarder des bases de départ iraniennes, si des missiles ciblaient nos alliés. On peut toujours présenter cela comme une riposte défensive, mais, à partir du moment où l’on détruit des infrastructures sur le territoire iranien, on entrerait de facto dans la guerre. Il y a un risque d’engrenage incontestable.
Concrètement, quelle forme pourrait prendre une riposte française ?
Dans son allocution, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a évoqué [ce lundi matin] que la France est “prête” à “participer” à la défense des pays du Golfe et de la Jordanie, “conformément aux accords qui la lient à ses partenaires et au principe de légitime défense collective”. Or, entre un soutien diplomatique, une aide matérielle et une participation active à des frappes, l’écart est considérable. Il faut donc distinguer les scénarios. Je ne crois pas à l’hypothèse d’un envoi de troupes françaises au sol. Les Iraniens n’ont pas les moyens de débarquer aux Émirats. Le théâtre d’opérations serait essentiellement aérien et balistique.
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L’aide française serait donc, en priorité, matérielle : des systèmes de défense anti-aérienne capables d’intercepter drones et missiles. C’est là que se situe la menace principale. Mais nos marges sont limitées. Une partie importante de nos stocks de systèmes anti-aériens a été envoyée en Ukraine. Cela restreint nos capacités de soutien rapide et massif.
La France peut-elle encore peser diplomatiquement et éviter l’engrenage d’une guerre ouverte ?
Honnêtement, je ne le pense pas. L’allocution du ministre des Affaires étrangères nous place désormais clairement dans le camp des États-Unis et d’Israël, ce qui réduit considérablement notre marge de manœuvre. Pour les Iraniens, la seule protection, l’unique levier de dissuasion restant, c’est d’essayer de renverser la table. Leur stratégie est de faire peur en montrant qu’ils peuvent “foutre le feu” à l’ensemble de la région si on les accule.
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Il faut être lucide : ils possèdent une capacité de frappe impressionnante, capable d’atteindre Jérusalem, Tel-Aviv, Haïfa, mais aussi Chypre, Abou Dhabi, le Koweït ou Bahreïn. C’est tout simplement incroyable. Ils disposent d’une force de frappe technologique et balistique qui, de toute évidence, a été largement sous-estimée par les services occidentaux.

