November 27, 2025

Il prenait de la Dépakine, sa fille naît avec de lourds handicaps : "Le laboratoire nous a empoisonnés"

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Depuis la publication d’une vaste étude confirmant le risque de troubles du neurodéveloppement chez les enfants nés de pères traités à la Dépakine, Jean-Marc Laurent brise le silence. Ce “papa Dépakine” raconte sa culpabilité, son combat et son intention de porter plainte contre Sanofi.

Jean-Marc Laurent n’a plus peur des mots. “Les difficultés de Margot, c’est moi qui les lui ai transmises”, lance-t-il aujourd’hui dans Sud Ouest, après plus de quinze ans passés à chercher une explication aux troubles sévères dont souffre sa fille. Margot, 16 ans, est née avec un “millefeuille de dys” : dyspraxie, dysgraphie, dysphasie, troubles du repérage dans l’espace, déficience intellectuelle. “J’ai mis deux ans à lui apprendre à faire de la balançoire”, raconte-t-il, encore secoué.

À l’époque de sa conception, ce père originaire de Pau prenait de fortes doses de Dépakine, prescrite après une infection cérébrale contractée à Madagascar à cause d’un parasite. Il ignorait tout des risques. Longtemps, les médecins l’ont assuré que la prise du médicament par le père n’était pas en cause. Pour lui, ce refus de voir a nourri une “culpabilité infinie”, au point qu’il a cessé de travailler pour accompagner sa fille au quotidien.

“Cette étude a confirmé ma conviction intime”

Le 6 novembre dernier, une étude du groupement scientifique EPI-Phare a pourtant confirmé son intuition : l’exposition paternelle au valproate pendant la spermatogenèse augmente de 24 % les chances d’apparition de troubles neurodéveloppementaux chez l’enfant, avec un risque de retard intellectuel doublé. “Cette étude a confirmé ma conviction intime”, souffle-t-il. Pour lui, c’est un basculement : “Aujourd’hui, on sait.”

Désormais, Jean-Marc Laurent multiplie les prises de parole pour alerter les hommes sous traitement : “Si on a un projet de bébé, il faut absolument en parler aux médecins”, insiste-t-il auprès du Parisien. Il met aussi en garde contre le don de sperme, rappelant que “les hommes ne disent pas grand-chose sur les maladies” et pourraient transmettre sans le savoir des risques graves.

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Surtout, il a engagé un bras de fer juridique. Conseillé par Me Charles Joseph-Oudin, avocat des victimes du Médiator, il s’apprête à porter plainte pour empoisonnement contre Sanofi : “Le laboratoire m’a empoisonné, a empoisonné notre famille, peut-être sur plusieurs générations.” Il réclame une indemnisation pour les “papas Dépakine”, jusque-là exclus du dispositif ouvert aux mères.

Son témoignage, poignant et déterminé, marque un tournant : celui d’un homme qui, après des années de silence et de doute, veut transformer sa culpabilité en alerte publique. “Le commun de tous les parents, c’est de se battre pour les enfants”, répète-t-il à France 3. Et désormais, il se bat pour tous les autres pères.

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