February 18, 2026

ENTRETIEN. Baisse de la natalité : vers un "cataclysme" dans 10 ans en France ? L’économiste Maxime Sbaihi craint "un retournement historique"

l’essentiel
Face à l’effondrement du nombre de naissances, l’économie française s’apprête à vivre un bouleversement sans précédent. Pénuries de main-d’œuvre, baisse de productivité et tensions sur le modèle social : l’économiste Maxime Sbaihi analyse les défis de cette “marée descendante” démographique. Il est l’auteur de “Les balançoires vides”, aux éditions de L’Observatoire.

La Dépêche du Midi : Quelle sera la première conséquence économique de la baisse de la natalité en France ?

Maxime Sbaihi : Le premier impact concret se situe sur la main-d’œuvre. Des maternités qui se vident, ce sont, à terme, des écoles qui ferment. C’est déjà une réalité : depuis 2010, la France a fermé 6 000 écoles élémentaires et a perdu un demi-million d’écoliers. Ce phénomène remonte progressivement vers les collèges, les lycées et, d’ici 5 à 10 ans, il touchera les nouveaux actifs. Nous allons vers une raréfaction de la jeunesse et des compétences. Cela va mettre sous tension un marché du travail qui l’est déjà. Nous allons probablement manquer de travailleurs avant de manquer de travail. C’est un changement de paradigme total par rapport au chômage de masse auquel nous étions habitués.

Quelles répercussions sur le dynamisme même de notre pays ?

C’est un point crucial : la raréfaction de la jeunesse impacte directement la productivité et la créativité. On observe au Japon, pays très touché par ce phénomène, un recul significatif dans les classements de dépôts de brevets et de création d’entreprises. Il y a une force de rappel, une capacité à secouer l’ordre établi, qui s’étiole mécaniquement quand la part des jeunes diminue. Par ailleurs, notre modèle social par répartition repose sur la solidarité intergénérationnelle. Pour la première fois en France, les moins de 20 ans sont mis en minorité par les plus de 60 ans. Moins d’actifs signifie moins de cotisants face à un nombre croissant de retraités.

Maxime Sbaihi, économiste, est l’auteur de "Les balançoires vides", aux éditions de L’Observatoire.
Maxime Sbaihi, économiste, est l’auteur de “Les balançoires vides”, aux éditions de L’Observatoire.
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Comment cela se traduit-il sur le plan financier et patrimonial ?

On assiste à une concentration du patrimoine chez les plus âgés : aujourd’hui, les plus de 60 ans détiennent 60 % du patrimoine immobilier et financier en France. Paradoxalement, on observe une “surépargne” massive des seniors. Cela se traduit par des placements moins risqués et une consommation qui reste atone. En parallèle, les actifs ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Le travail “paye moins” car les cotisations sociales doivent augmenter pour financer un nombre record de retraités. Cette pression sur les fiches de paie est un frein majeur à la croissance et à la mobilité sociale des plus jeunes.

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Face à ce constat, l’immigration n’est-elle pas la solution ?

C’est effectivement une variable d’ajustement économique. Depuis 2012, l’Europe ne doit sa croissance démographique qu’à l’immigration. Mais ce n’est pas un remède miracle à la dénatalité, car la deuxième génération d’immigrés s’aligne généralement sur la fécondité du pays d’accueil. Il y a aussi le levier du travail : augmenter le taux d’emploi des seniors et travailler plus longtemps, un débat très vif en France. Enfin, certains pays comme le Japon ou la Chine misent sur la robotique et l’intelligence artificielle pour pallier le manque d’humains. Si l’on peut robotiser une usine, c’est beaucoup plus complexe pour un EHPAD. Or, c’est là que les besoins de main-d’œuvre seront les plus criants.

À quelle échéance ce basculement de la population active va-t-il devenir critique au niveau national ?

La population active devrait commencer à baisser au niveau national autour de 2035. Mais attention, dans certaines régions comme la Bourgogne Franche-Comté, le Centre Val de Loire ou le Grand Est, la jeunesse est déjà en voie de raréfaction avancée et la population active y diminue déjà. En 2035, la dénatalité prendra définitivement le relais du vieillissement pour faire basculer l’ensemble de l’économie française en territoire négatif. C’est un retournement historique : nous étions habitués à un vent démographique porteur, il devient désormais un vent de face.

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