February 18, 2026

"Un vrai désespoir" : ouverte il y a plus de 100 ans en plein cœur de Toulouse, cette mercerie tombe le rideau

l’essentiel
Place Salengro, en plein cœur de la Ville rose, une institution locale s’apprête à baisser définitivement le rideau. Entre nostalgie et inquiétude, les clientes de la mercerie Fassi (ancienne Maison Rigaud) se pressent pour un dernier adieu à ce temple du bouton et du galon.

C’est écrit en long, en large et en travers sur la vitrine de la mercerie Fassi, à coups de “Liquidation totale”, “-50 %” et “Déstockage”. Les lettres autocollantes, d’un rouge agressif, détonnent avec celles à moitié effacées de l’enseigne sur la façade. À l’intérieur, derrière son comptoir, Cassandra, la vendeuse, confirme ce qu’on redoutait : “On ferme à la fin du mois.” Une sentence qui sonne le glas d’un siècle d’histoire commerciale, place Salengro, en plein cœur de Toulouse.

Place Salengro, la mercerie Fassi baisse le rideau à la fin du mois.
Place Salengro, la mercerie Fassi baisse le rideau à la fin du mois.
DDM, – S.V.

Une caverne d’Ali Baba “dans son jus”

Ce commerce tout en longueur, resté “dans son jus”, garantissait aux habitués d’y dénicher la perle rare. Ici, le temps semble s’être arrêté à l’ère où la confection faite main était la norme. Dans un décor pittoresque, d’imposantes tables en bois patiné côtoient des centaines de petits tiroirs d’époque. C’est une véritable caverne d’Ali Baba où l’on trouvait de tout : des boutons de nacre, des galons dorés, des fermetures éclair de toutes tailles et des rubans aux nuances infinies…

La mercerie Fassi, ancienne maison Rigaud, était fréquentée par toutes les générations.
La mercerie Fassi, ancienne maison Rigaud, était fréquentée par toutes les générations.
DDM, – S.V.

Pour Hélène, lunettes noires sur le nez et fille de tailleur, la perte est immense : “C’est un endroit où je venais par habitude et par besoin. Il reste si peu de magasins aujourd’hui où l’on peut s’approvisionner ainsi. C’était le dernier vieux magasin typique”, regrette-t-elle.

Le désarroi des “petites mains”

Lucienne, qui coud pour elle et ses amies, ne cache pas son amertume. Pour elle, Fassi était plus qu’un commerce, c’était une facilité de vie. “La boutique était ouverte entre midi et deux, c’était idéal quand on travaillait. On y trouvait le petit truc introuvable ailleurs. Maintenant, il va falloir se rabattre sur les marchés ou les grands magasins, mais ce n’est pas la même chose. C’est vraiment dommage”, confie-t-elle.

Même constat pour Martine, habitante du centre-ville, qui vient tout juste d’apprendre la nouvelle : “Petit à petit, on perd ces commerces de proximité si pratiques. On va être obligées d’acheter sur Internet, c’est malheureux.”

À deux pas d’elle, Nafissa, 23 ans, furète avec passion dans les tiroirs à la recherche de dernières “pépites. Je viens ici depuis que je suis toute petite avec ma mère. C’est triste, d’autant plus que la couture est à nouveau à la mode.”, explique-t-elle. Pour la jeune femme, le passage au numérique est une hérésie pour ce type de produits : “Je ne me permets pas d’acheter en ligne, car je dois toucher les matières, juger la qualité. L’expérience client est irremplaçable.”

Un silence sur les raisons de la fermeture

Peu loquace et plutôt très occupée, la vendeuse Cassandra n’en dira pas plus sur les raisons précises de cette fermeture. “On n’a pas trop d’informations”, glisse-t-elle. Elle-même ne l’a appris qu’au lancement des promotions, il y a un mois.

Venue spécialement du Tarn-et-Garonne après avoir vu passer l’information sur Instagram, une nouvelle cliente observe les lieux avec curiosité, consciente d’arriver pour le dernier acte. Tandis que Laure, 48 ans, venue chercher du fil pour confectionner des tenues au crochet pour les poupées des enfants, exprime toute sa tristesse : « C’est un vrai désespoir que ce genre d’endroit ferme. Ça fait 25 ans que je pratique l’art du fil. La Droguerie juste à côté a déjà fermé, il ne restera bientôt plus que les enseignes de type Cultura. On n’y trouve ni les mêmes conseils, ni la même expertise », glisse-t-elle.

À la fin du mois, les tiroirs en bois de Fassi seront définitivement vidés. Après la fermeture de La Droguerie il y a deux ans, la place Salengro n’aura plus de merceries.

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