À Saverdun, un réseau d’une quinzaine de producteurs a créé un système de “drive fermier”. Le concept est simple et pratique pour le consommateur : en quelques clics sur leur téléphone, n’importe qui peut commander ses fruits, légumes, viandes et autres ingrédients n’importe où. Une façon d’attirer les jeunes habitants vers le local et “bien manger”.
Dans la grande allée de Balouart, à Saverdun, un local étroit fend l’obscurité du début de soirée. Entre les murs de pierre se trouvent Joëlle Gaveaux Anandaterra et Katrin De Ridder. La première est vigneronne à Montaut, au nord de Pamiers. La seconde est éleveuse de brebis et productrice de produits laitiers près de Mazères, à la frontière entre l’Aude, l’Ariège et la Haute-Garonne.
Les deux femmes ont un point en commun : elles font partie de l’association Saveurs paysannes, organisatrice du “drive fermier” de Saverdun, un concept innovant et moderne de plus en plus utilisé par les producteurs partout en France. Le but : permettre aux consommateurs de se fournir localement en fruits, légumes, yaourts, viandes, chocolat… le tout en quelques clics sur leur smartphone.
Le drive fermier, un modèle en expansion
“C’est le Covid qui a lancé ça, on l’a fait une fois puis la commune de Saverdun a demandé qu’on le refasse”, conte Joelle Gaveaux, en action devant les dizaines de cagettes prêtes à être distribuées. Elles sont préparées aux quatre coins de la Basse Ariège, par une quinzaine de producteurs très variés. Miel, curcuma, fromage, œufs… De quoi se fournir en produits non-industriels, à la source.
Ce modèle existe dans de plusieurs départements, et a connu une expansion importante en France. “C’est une manière de moderniser la vente directe, le public est assez jeune”, observe Joëlle Gaveaux. “Le but est que la ferme sorte de sa campagne, et on sent vraiment un changement de consommation chez les clients”, explique Sandrine Sintès.

Jeudi 8 janvier, la distribution du soir sert de preuve. Beaucoup de jeunes parents se présentent devant le local. “Je préfère faire marcher le producteur que d’aller au supermarché”, choisit Gauthier, le sac désormais rempli. Jean-François apprécie, lui, l’absence “d’intermédiaire” entre ses produits et son assiette. Pour Dominique, ancien agriculteur et fils d’un des producteurs du drive, ce mode de vente est une bonne idée.
Un public sensibilisé au local
“Le problème, c’est qu’il n’y a que 50 commandes dans une ville de 4 000 habitants”, regrette Dominique, très loin des grandes surfaces, rêveur d’un monde où chacun se servirait parmi les exploitations locales. Au cœur de Saverdun, le système de commande en ligne rapproche les producteurs et les jeunes consommateurs, à l’aise avec le numérique.
“Deux tiers des clients paient en ligne”, chiffrent Joëlle Gaveaux et Katrin de Ridder. Et pour certains, la présence du drive fermier est devenue un incontournable du quotidien, comme pour cette dame qui attendait impatiemment le retour de ce service. “Vous auriez été là le 25 décembre et le 1er janvier, j’aurais été là”, assure la dame.

Pour ce tissu local, qui fonctionne de manière autonome et seule, la vente directe au consommateur est habituelle. “Tous ceux qui participent font comme ça avec leur exploitation”, indique Joëlle Gaveaux.
“On a pour projet de faire un distributeur automatique”
À long terme, l’association Saveurs paysannes a projet important : la création d’un magasin automatique, sous forme de “casiers fermiers”. Le projet est à l’étude depuis pas mal de temps, mais reste toujours un objectif.
Il serait situé dans la “Grande rue”, en lieu et place dans l’ancien garage Renault, et développerait encore la connexion des Saverdunois avec les produits locaux, puisqu’ils seraient disponibles 24 heures sur 24. Ce concept existe déjà à Mazères, à 10 kilomètres de Saverdun. “On a eu des retours très positifs sur celui-là”, enseigne Sandrine Sintès.
Là encore, l’association est poussée par la commune de Saverdun pour entreprendre ce projet, pour lequel elle se porte comme financeur partiel. Pour une autre partie du budget, Saveurs Paysannes peut prétendre à des subventions prévues pour les projets portant un objectif : la promotion du local et du “bien manger”.

