February 2, 2026

Municipales 2026. Caméras de vidéosurveillance : des promesses sous conditions

l’essentiel
À l’approche des élections municipales, la vidéosurveillance, revient au cœur des discours sécuritaires. Derrière les annonces, les études dressent cependant un tableau plus nuancé, tant sur l’efficacité réelle des dispositifs que sur leur coût et le cadre juridique restrictif de l’intelligence artificielle.

À un mois et demi des municipales, la vidéosurveillance s’impose à nouveau dans la campagne électorale. L’installation de caméras supplémentaires, parfois qualifiées d’« intelligentes », est présentée comme un levier rapide contre la délinquance… mais les travaux scientifiques et les évaluations publiques appellent cependant à relativiser ces promesses.

Un impact globalement modeste sur la délinquance

Les analyses internationales consacrées à la vidéosurveillance concluent, en effet, à un impact globalement modeste sur la délinquance. Les effets les plus nets concernent certaines atteintes aux biens, notamment dans les parkings ou les espaces fermés. En revanche, les résultats sont beaucoup plus incertains dans les centres-villes ou les quartiers résidentiels, et près d’un dispositif sur deux ne montre aucun effet significatif. L’efficacité dépend fortement du contexte local, du type de faits ciblés et de l’articulation avec d’autres politiques publiques, comme la présence humaine ou l’aménagement urbain.

En France, des évaluations commandées par le ministère de l’Intérieur à la fin des années 2000 ont bien mis en avant des baisses de délinquance plus marquées dans les communes équipées, mais ces conclusions sont contestées par la recherche académique, qui souligne des biais méthodologiques et leur décalage avec la littérature internationale.

Dans les enquêtes judiciaires, les caméras peuvent certes faciliter la reconstitution des faits ou orienter des investigations, mais leur contribution globale à l’élucidation reste qualifiée de modérée, notamment en raison de la qualité variable des images et de la densité limitée des réseaux.

Inquiétudes sur l’introduction de l’intelligence artificielle

L’introduction de l’intelligence artificielle, que certains candidats présentent comme la panacée, ne modifie pas fondamentalement ce constat. Les dispositifs de « vidéoprotection algorithmique » reposent, en effet, sur des caméras classiques associées à des logiciels détectant des événements prédéfinis, sans identifier les personnes. Les évaluations de l’expérimentation menée lors des grands événements (JO de Paris) concluent à un intérêt opérationnel réel… mais – là encore – limité, avec des performances inégales selon les usages et les conditions techniques. Cette expérimentation, jugée trop courte pour tirer des conclusions définitives, a néanmoins été prolongée jusqu’à fin 2027 dans la perspective des JO d’hiver de 2030, en dépit de résultats peu probants.

Une décision qui a suscité l’inquiétude des associations de défense des libertés publiques, comme la Quadrature du Net, qui craint une expérimentation à l’infini.

Le cadre juridique demeure cependant particulièrement strict. En droit commun, les collectivités ne peuvent pas utiliser librement des outils d’analyse automatisée sur les caméras de l’espace public. La reconnaissance faciale en temps réel et la détection généralisée de comportements sont interdites. L’usage de l’IA doit rester cantonné à des régimes expérimentaux dérogatoires, sous contrôle étroit, avec des obligations fortes de proportionnalité, de transparence et de contrôle humain.

Le coût non négligeable de la vidéosurveillance

À ces limites s’ajoute aussi la question financière. Installer une caméra urbaine représente un investissement de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers d’euros par point de captation. Les coûts de fonctionnement – maintenance, supervision, personnel – pèsent durablement sur les budgets locaux, et l’ajout de briques d’IA augmenterait encore les dépenses récurrentes.

Au-delà des annonces, la multiplication des caméras, même « intelligentes », ne garantit donc ni une baisse générale de la délinquance ni un gain automatique de sécurité. Le débat local gagnerait à porter sur les usages précis envisagés, les moyens humains mobilisés et les modalités d’évaluation de ces dispositifs, tant du point de vue de l’efficacité que des libertés publiques.

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