February 2, 2026

"Tout le monde m’appelle Mamie" : comment Françoise Abadie a construit son empire de la nuit depuis Chez Tonton

l’essentiel
L’incontournable Chez Tonton fête ses 47 ans cette semaine. À cette occasion, La Dépêche vous dévoile l’histoire et les meilleures anecdotes du lieu, devenu une institution toulousaine. Françoise Abadie, la patronne, raconte comment elle a réussi à bâtir un empire festif par de simples opportunités, tout en préservant son âme familiale.

C’est une institution ancrée dans le paysage de la Ville rose. À deux pas de la faculté, proche des berges de la Garonne, sur la place devenue le lieu de soif privilégié des Toulousains les plus festifs, Chez Tonton n’est pas un bar comme les autres. Derrière le comptoir se cache une histoire faite de hasard, de travail acharné et d’une patronne hors normes : Françoise Abadie, 73 ans aujourd’hui. Figure tutélaire de l’établissement, elle se laisse souvent croiser là-bas, dans “son salon”.

Née dans les Hautes-Pyrénées, elle n’a que 24 ans quand elle débarque à Toulouse avec Pierre, son mari, aujourd’hui décédé. Le secteur n’a rien du bouillonnement actuel. “Ce n’était pas du tout dynamique”, se souvient-elle. Ils rachètent ce petit bar de quartier en 1979, le nomment en hommage à l’ancien propriétaire, et s’installent dans un appartement juste au-dessus. En face, l’hôpital militaire. Ceux qui le fréquentent vont plutôt Chez Antonin, l’actuel Bar basque. Et Chez Tonton, ça joue surtout aux cartes : belote, rami, tarot…

Françoise, 73 ans, est presque quotidiennement Chez Tonton.
Françoise, 73 ans, est presque quotidiennement Chez Tonton.
DDM – MARC SALVET

“Être gentil finit toujours par payer”

Mais au fil des années, le quartier se transforme. L’hôpital est détruit, la fréquentation du bar augmente peu à peu, attirant étudiants et rugbymen. Tout se construit “à force de travail”, soutient Françoise. “Dans les bars, être gentil finit toujours par payer.” La fête migre alors de la place Saint-Georges vers ce nouveau cœur battant.

Au début des années 2000, ils rachètent le café voisin pour ouvrir La Couleur de la culotte. Puis en 2007, ils s’étendent avec le Saint des Seins, de l’autre côté de la place, et y apportent une ambiance plus musicale et rock. Des enseignes baptisées dans un léger esprit de provocation. “On voulait un peu choquer, confirme Françoise. On avait hésité avec ‘Les Couilles du Pape’, mais c’était trop osé.”

“Rien n’a été calculé”

En 2015, la famille s’agrandit encore, avec l’acquisition d’un autre bar, cette fois place de la Trinité. Il prend le nom “Chez Mamie“, comme le surnom officiel de Françoise. “Les serveurs ont commencé à m’appeler comme ça, puis les clients ont entendu et s’y sont mis aussi, alors maintenant, tout le monde l’utilise et j’adore”, sourit-elle.

Françoise, derrière le comptoir de Chez Tonton, au début des années 90.
Françoise, derrière le comptoir de Chez Tonton, au début des années 90.
DR

D’une grande modestie, Françoise semble ignorer qu’elle règne sur un véritable empire de la nuit. “Rien n’a été calculé dans ma vie, assure-t-elle. J’ai simplement saisi des opportunités.” Chez Tonton n’est pas né d’un plan de carrière, mais plutôt d’une rencontre entre un lieu et une famille. Cet esprit familial a d’ailleurs toujours été son ADN. “C’est ce qui donne une âme !” confie celle qui vit toujours au-dessus, et y a élevé ses enfants. “Où veux-tu que j’aille ?” lance-t-elle, amusée, convaincue d’habiter dans “le meilleur quartier, avec le plus de vie”.

Elle prépare la transmission : ses enfants prendront la suite. Elle leur fait confiance, même si, comme le rappelle en souriant son fils Simon Abadie, “la confiance n’exclut pas le contrôle”. Pas nostalgique pour un sou, Françoise regarde droit devant : “Il ne faut pas à mon âge, sinon tu n’avances plus.”

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