La désertification médicale frappe le Gers et ses communes. Depuis quatre ans, Juliette et son fils peinent à trouver un médecin traitant. Une situation que rencontrent nombre de Gersois. Malgré quelques solutions temporaires, la situation reste critique.
Un calvaire qui dure depuis plus de quatre ans. Nous sommes en 2021. Bagages en main, Juliette, trentenaire, et son fils, alors âgé de six ans, s’installent à Auch, chef-lieu du Gers. Le jeune garçon fait sa rentrée en classe préparatoire et côtoie rapidement d’autres écoliers. Avec cette proximité, il contracte quelques virus sans gravité. Juliette entame alors des recherches pour trouver un médecin traitant, d’abord pour son fils, puis pour elle-même. “J’ai frappé à tellement de portes… J’ai l’impression d’avoir passé 15 000 appels, et pourtant, personne n’avait de place”, déplore-t-elle.
Quatre ans plus tard, rien n’a changé. La mère et son fils n’ont toujours pas de médecin traitant. “La seule chose qui nous a sauvés, c’est l’Accueil médico-chirurgical (AMC), poursuit-elle. C’est un cabinet de médecins urgentistes qui consultent sans rendez-vous, une sorte de mini-urgences. Heureusement qu’ils sont là, j’y suis allée plus d’une fois.”
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Pour Juliette, la situation est devenue presque ingérable. “En fait, j’essaie juste de ne pas tomber malade. La dernière fois, j’ai fait une intoxication alimentaire : j’ai dû parcourir 15 kilomètres pour voir un médecin de garde. J’ai pris mon fils avec moi, car il était trop petit pour rester seul. Ça a été assez compliqué.”
Une recherche vaine et décourageante
Tout au long de ce parcours du combattant, Juliette n’a trouvé que très peu de médecins acceptant encore de nouveaux patients. “Mais la plupart étaient proches de la retraite, donc ce n’est pas viable. Et dès qu’un médecin s’installe, encore faut-il avoir l’information. Quand on appelle, en général, les places sont déjà prises.”
Son témoignage est loin d’être isolé. Installée à Auch depuis 2021 après avoir quitté l’agglomération toulousaine, Elena*, 47 ans, consulte désormais ses praticiens à distance, faute de professionnels disponibles sur place. Entre téléconsultations et ordonnances en ligne, elle s’adapte à une offre médicale saturée.
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“Quand je suis arrivée à Auch, j’ai trouvé un généraliste pour moi et mes deux enfants. Mais il m’a tout de suite prévenu qu’il partait à la retraite l’année suivante et il ne nous a pas inscrit comme médecin traitant. Depuis qu’il a arrêté, je me suis retournée vers mon médecin traitant en région toulousaine. J’ai fait quelques consultations en visio avec lui pour éviter de me déplacer. J’ai aussi pu recevoir quelques renouvellements d’ordonnances.”
“Pour la gynécologue, il fallait passer par une sage-femme à l’hôpital d’Auch et le planning était déjà complet, poursuit l’Auscitaine. Je continue donc aussi de consulter ma gynéco à Toulouse, une fois par an… Mais en prenant rendez-vous au moins six mois à l’avance.”
Quelques exceptions, mais une situation fragile
Dans de rares cas, des solutions existent. Mélanie, âgée de 33 ans, et son fils ont réussi à trouver chacun un médecin traitant, au sein d’un même cabinet. “Oui, on a un médecin chacun avec mon fils, pas le même mais dans le même cabinet. Mon médecin à moi a des délais trop longs quand mon enfant est malade, alors on a pris l’autre, qui a plus de disponibilités. Pour mon fils, c’est assez rapide : deux jours maximum quand il est pris en urgence. Pour moi, en revanche, c’est au moins une semaine, parfois deux.”
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Pour tenter de répondre à cette pénurie, l’offre de soins de proximité devrait toutefois se renforcer dans l’ouest du Gers. Depuis le 5 janvier, trois médecins salariés ont intégré le centre territorial de santé de Plaisance-du-Gers et son antenne de Marciac. Ces territoires figurent parmi les plus touchés par la désertification médicale, avec des difficultés persistantes à attirer et maintenir des médecins généralistes.
*Prénoms d’emprunt.

