February 2, 2026

"Des caravanes s’installent sur la pelouse" : un club de rugby privé de son terrain d’entraînement à cause d’un camp de gens du voyage

l’essentiel
Depuis plus de deux ans, le terrain d’entraînement du club de rugby de Villemur-sur-Tarn est occupé par des caravanes de gens du voyage. Entre riverains à bout, éducateurs privés d’infrastructure et élus coincés par le droit, le dossier s’enlise.

Sur l’asphalte strié de lignes blanches, des caravanes ont remplacé les voitures sur le parking du terrain d’entraînement du club de rugby de Villemur-sur-Tarn, au nord de Toulouse. Ce vendredi matin, vers 11 heures, de la variété française s’échappe d’un de ces blocs immobiles. Sur le bitume, une femme nettoie les baskets de ses enfants. Serena, une trentenaire installée sur le site, assure ne pas avoir d’autre choix que de rester : “Si on est là, c’est parce qu’il n’y a pas d’aire d’accueil, comme la loi l’oblige. On nous tolère. Les enfants du club pouvaient jouer avant, on ne les gênait pas. Depuis septembre, sur le parking, c’est vrai que ça bloque plus. Mais personne n’est venu nous dire qu’on dérangeait. On est à l’écoute. On n’est pas sauvages.”

À quelques mètres de là, le terrain d’entraînement est inutilisable. Pour le club de rugby de Villemur-sur-Tarn, fondé en 1912, la situation dure depuis deux ans. “On n’a plus accès à notre infrastructure”, explique David Grateloup, éducateur des moins de 12 ans. “Les câbles électriques traversent le terrain, il y a des déjections canines, des caravanes parfois directement sur la pelouse. Le ballon peut rebondir vers le camp, et là on reçoit des menaces. On nous a dit qu’ils allaient partir : ceux qui l’ont dit sont partis, d’autres sont arrivés. Quand ils partent en pèlerinage religieux, on a un peu de répit. Puis ils reviennent.”

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L’an dernier, des barrières avaient été installées après un départ. Elles ont été cassées. “Avant, ils étaient sur un autre terrain, qui ne gênait personne. Mais un gros projet immobilier a été lancé, ils ont dû partir. Nous, on veut juste qu’ils partent dans une aire plus digne pour eux. On veut récupérer notre terrain. C’est une infrastructure pérenne. Les parents paient une licence, on a du matériel, des éducateurs bénévoles. Quel message on envoie aux gamins ? On s’entraîne parfois dans les villages voisins. Heureusement qu’il y a de la solidarité autour”, se console David Grateloup

Freddy Besson est séparé du camp par sa haie. Il vit dans sa maison depuis 2008. Depuis juin 2023, dit-il, sa vie est “impactée”. “Deux ans et demi que je subis ça. Là, ils sont une trentaine. L’été, ils sont beaucoup plus nombreux et tout le monde s’installe sur le terrain. Les nuisances sonores sont énormes. J’ai même déjà reçu des menaces. J’ai déposé plainte.” Ce pompier a déjà songé à partir, loin. “Mais qui voudrait acheter ma maison ? Je suis coincé. J’avais un projet de guinguette, une cinquantaine de personnes, sur les 4 000 m² derrière. Tout est à l’arrêt”, souffle-t-il.

“Ils veulent aussi partir…”

À la mairie de Villemur-sur-Tarn, Jean-Marc Dumoulin parle d’un dossier “inextricable”. “On est sur un stationnement illégal. Ce terrain n’est pas une aire d’accueil. Il appartient à la commune de Villemur, mais il est situé sur Villematier. On essaie de trouver un terrain de délestage. Eux aussi disent vouloir partir et cherchent un endroit où s’installer. Mais qui nous garantit qu’après, une autre famille ne viendra pas ?”, s’interroge l’élu.

La piste d’un terrain loué a été étudiée. “5 000 euros par mois. On ne peut pas payer ça. On cherche des solutions. On a tout intérêt à libérer ce terrain de rugby”, souligne le maire, qui rappelle aussi, non sans agacement, que le président du club de rugby est “très actif politiquement, dans l’opposition”.

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La préfecture, de son côté, renvoie au droit. Elle rappelle que l’évacuation forcée de citoyens itinérants dépend du respect, par les communes, de leurs obligations légales. Les communes de plus de 5 000 habitants doivent disposer d’aires d’accueil conformes au schéma départemental. Lorsqu’elles sont en règle, le préfet peut engager une procédure administrative rapide. Dans le cas contraire, la voie judiciaire reste la seule option.

Or Villemur-sur-Tarn, soumise au schéma départemental d’accueil et d’habitat des gens du voyage 2025-2030, ne dispose ni d’aire permanente, ni de terrain familial locatif, ni d’aire de grand passage.

David Grateloup, cette semaine, a adressé une lettre au président de la Fédération française de rugby. Il y décrit un club centenaire “orphelin de son terrain”. Il dit aussi la peur d’un dérapage : “Nous pourrions intervenir nous-mêmes, mais face à la communauté des gens du voyage, quelle serait l’issue ? Un fait divers ? Nous cherchons tous les moyens de l’éviter.”

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