Des ambulances égyptiennes devant le point de passage de Rafah, le 1er février 2026. AHMED SAYED / ANADOLU VIA AFP
Israël a partiellement rouvert très partiellement ce dimanche 1er février le point de passage de Rafah entre l’Egypte et la bande de Gaza, vital pour l’acheminement de l’aide humanitaire. Mais dans le même temps, l’Etat hébreu a décidé de mettre fin aux activités de Médecins sans Frontières (MSF) dans la bande de Gaza d’ici au 28 février. Une nouvelle attaque contre les activités humanitaires, nombreuses depuis le début du conflit dans la bande de Gaza.
La réouverture de Rafah, seul passage entre Gaza et le monde extérieur ne passant pas par Israël, fermé depuis le printemps 2024, était réclamée avec force par l’ONU et les ONG internationales afin de permettre l’accès de l’aide au territoire palestinien ravagé par deux ans de guerre. Mais les restrictions imposées par Israël sont loin de satisfaire leurs demandes pendant que, dans la bande de Gaza en ruines, cette réouverture suscite espoir et amertume après plusieurs mois d’une trêve fragile.
Le Cogat, organisme du ministère de la Défense israélien supervisant les affaires civiles dans les Territoires palestiniens occupés, n’a fait aucune mention d’une éventuelle augmentation de l’aide humanitaire lors de l’ouverture du point de passage de Rafah. Il a également précisé que le passage des personnes dans les deux sens ne commencerait pas avant lundi, une fois « les préparatifs achevés ».
Israël menace 37 organisations humanitaires
Portant un nouveau coup aux organisations humanitaires, Israël a par ailleurs annoncé que MSF devrait quitter Gaza d’ici au 28 février. Le ministère israélien de la Diaspora, responsable de l’enregistrement des organisations humanitaires, a annoncé qu’il allait « mettre fin aux activités » de MSF dans le territoire palestinien pour ne pas avoir fourni cette liste, une obligation « applicable à toutes les organisations humanitaires opérant dans la région ». Israël accuse deux employés de MSF d’avoir des liens avec le mouvement islamiste palestinien Hamas et son allié le Jihad islamique, ce que l’ONG nie catégoriquement.
Dans un communiqué publié vendredi, MSF avait indiqué avoir accepté en janvier, à titre de mesure « exceptionnelle », de partager une « liste partielle » des noms de membres de son personnel palestinien et international, « sous réserve d’engagements clairs quant à leur sécurité ».
« Par la suite, MSF a annoncé qu’elle n’avait pas l’intention d’engager le processus d’enregistrement, en contradiction avec ses déclarations précédentes », a fustigé le ministère de la Diaspora. De son côté, MSF a indiqué ne pas avoir obtenu « les garanties nécessaires ».
En réalité, l’ONG était en sursis depuis plusieurs semaines. En décembre dernier, le ministère avait déjà indiqué qu’il interdirait l’organisation humanitaire d’opérer à Gaza à partir du 1er mars pour ne pas avoir fourni d’informations détaillées sur son personnel palestinien. Outre Médecins sans Frontières, 36 autres ONG sont visées par cette menace dont le Norwegian Refugee Council (NRC), Care, World Vision ou encore Oxfam. Pour les ONG, les demandes israéliennes suggèrent une volonté de surveillance des employés palestiniens.
Cette annonce, qui commence à être mise en pratique, fait craindre de nouveaux ralentissements dans la fourniture d’aide à Gaza, dévastée par deux ans de guerre et dont une majorité des habitants a urgemment besoin de logements, soins et nourriture.
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’était dit « très inquiet » et avait appelé Israël à « annuler » cette mesure. Ces organisations internationales « sont indispensables pour le travail humanitaire vital et cette suspension risque de saper les fragiles progrès faits pendant le cessez-le-feu » à Gaza, avait alors affirmé Antonio Guterres.
Le siège de l’Unrwa détruit
Mardi 20 janvier, des bulldozers ont détruit le siège de l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) à Jérusalem-Est avant que le bâtiment ne soit incendié.
L’Unrwa a été créée spécifiquement pour les centaines de milliers de Palestiniens déplacés lors de la création d’Israël en 1948, et elle assure l’enregistrement du statut de réfugié ainsi que des services de santé et d’éducation – dans les Territoires palestiniens, au Liban, en Syrie et en Jordanie.
Son complexe situé à Jérusalem-Est, dans une partie de la ville occupée puis annexée par Israël, n’accueille plus de personnel depuis janvier 2025, date à laquelle la loi interdisant ses activités est entrée en vigueur.
Les autorités israéliennes ont accusé des employés de l’Unrwa d’avoir participé à l’attaque du Hamas en Israël le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre dans la bande de Gaza. L’ONU avait limogé en août 2024 neuf de ses employés, indiquant qu’ils pourraient avoir été impliqués dans l’opération. Une série d’enquêtes a ensuite révélé des « problèmes liés à la neutralité » en son sein, notant cependant qu’Israël n’avait pas fourni de preuves concluantes de ses allégations. L’Unrwa est toujours active en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza.

