Malgré une clientèle fidèle et une production croissante, Damien Villepondoux arrête l’élevage d’escargots à Cuzance. En cause : un manque criant de soutiens financiers et des pertes climatiques impossibles à éponger. Ce père de famille tourne aujourd’hui la page de l’héliciculture pour retrouver la stabilité d’un emploi salarié.
Le pays des mangeurs d’escargots perd un éleveur. Damien Villepondoux était l’un des derniers héliciculteurs du Lot et a finalement décidé de tirer sa révérence. Son exploitation se trouvait sur la commune de Cuzance, dans le nord du Lot, depuis six ans.
Après avoir travaillé sur Toulouse, le Lotois en avait marre de la ville. Il décide alors de revenir à la ferme familiale pour commencer son élevage de ces escargots gros gris avec son exploitation : “Les Caracoles du Causse”. Pour sa première année, ce sont 100 000 mollusques qui rejoignent la propriété. “Je me suis installé pour développer des produits à base de la bave d’escargot. C’est très bon pour réduire l’arthrose”. Mais comme la commercialisation de ces cosmétiques n’est pas suffisante, il propose aussi des plateaux qu’il revend sur les marchés et dans les magasins de producteurs.
Une clientèle fidèle mais un manque d’aides financières
La clientèle afflue rapidement, se fidélise et ses stocks se vident à vue d’œil. La période de Noël est charnière pour lui, il fait environ 60 % de son chiffre d’affaires sur ce mois. Mais cela n’est pas suffisant pour vivre. Malgré les saisons qui passent et le nombre d’animaux qui augmente, il passe de 100 000 à 350 000 gastéropodes en six ans, il ne peut pas se verser un salaire décent et rembourser les emprunts. Il entreprend alors des démarches pour obtenir un soutien financier de l’État comme la PAC, mais c’est la douche froide. “Mon activité est trop niche pour prétendre à quelconque aide. Je ne rentre dans aucune case”, raconte-t-il.

Autre coup dur pour l’éleveur : les aléas climatiques. Les épisodes de grêle fragilisent ses animaux et cassent leur coquille. “J’ai eu des années avec des pertes estimées entre 50 et 70 %”. Dans son secteur, pour avoir une bonne année, le niveau de perte ne doit pas dépasser 20 ou 25 % maximum. Les fortes chaleurs pèsent également sur la santé de ses bestioles. “Ils sont en activité quand il pleut, donc j’arrose toutes les nuits les parcs des escargots. Mais l’été, quand il n’y a plus d’herbe, il y a risque de développement de bactéries”.
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Une fuite d’eau en pleine saison de sécheresse lui a fait perdre une partie de son élevage, à cause de cette bactérie. Enfin, la dernière contrainte rencontrée par Damien Villepondoux, ce sont les prédateurs et en particulier les rats. Ils mangent l’estomac et laissent le reste. Et tous ces imprévus ne sont pas pris en charge : “S’il gèle, les nuciculteurs seront remboursés, moi j’ai le droit à rien”.
Trouver un emploi stable pour tourner la page
En 2025 pour se faire quelques sous, il cumule son emploi d’agriculteur avec un CDD où il participe à des salons pour promouvoir le canard lotois. Un complément bienvenu mais il ne compte pas ses heures. En fin d’année, il décide donc d’arrêter son métier d’héliciculteur, non sans un pincement au cœur. “J’ai plus la force. C’est malheureux, mais il faut que je fasse autre chose. Je n’ai pas de regret, car j’ai beaucoup appris”.
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Sur son exploitation aujourd’hui, il reste encore quelques matériels à vendre, qui l’aideront à rembourser son emprunt. Il veut désormais trouver un emploi stable, pour élever son enfant de 10 mois dans les meilleures conditions possible, mais ne perd pas de vue le monde agricole, sa première passion.

