Depuis un an, Donald Trump multiplie les agressions contre l’Europe en attaquant notre économie à coups de droits de douane exorbitants, en s’en prenant aux règles qui protègent nos données personnelles et notre démocratie dans le champ du numérique, en s’alliant avec notre ennemi Vladimir Poutine pour obliger l’Ukraine à capituler et, sur la dernière période, en menaçant même de conquérir militairement le Groenland, territoire dépendant du Danemark. Parallèlement il mène aux Etats-Unis mêmes, une politique dont chacun constate qu’elle menace de plus en plus ouvertement la démocratie et les libertés non seulement des migrants mais bien de tous les Américains, comme on a pu le constater ces derniers jours à Minneapolis.
Cette double radicalisation pose un dilemme à une extrême droite française et européenne qui avait dans un premier temps accueilli comme une aubaine la victoire de Donald Trump. Au cours des premiers mois, son retour à la Maison-Blanche avait paru la booster en effet et accroître ses chances de parvenir à renverser la table, notamment en France. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.
Difficile en effet, quand on se présente comme nationaliste et souverainiste de paraître suivre les mots d’ordre et représenter en France une puissance étrangère ouvertement hostile à l’égard de notre pays comme le sont désormais au vu et au su de tous les Etats-Unis de Donald Trump. Et cela d’autant plus évidemment que les Etats-Unis ont toujours suscité en France un sentiment de défiance marqué dans tous les camps politiques.
L’extrême droite française a par ailleurs investi des efforts considérables depuis vingt ans pour essayer de gagner en respectabilité et convaincre citoyens ordinaires, patrons, notables et hauts fonctionnaires que le Rassemblement national était en réalité une force politique raisonnable, respectueuse de la loi et de l’ordre, à laquelle on pouvait sans risque confier les clés du pays.
Difficile donc pour elle de voir Donald Trump illustrer chaque jour en prime time tout ce qu’une victoire de l’extrême droite signifierait vraiment en termes de désordre, de remise en cause de l’état de droit, y compris des droits de propriété, et de menaces sur les droits et libertés des individus de toutes sortes, et pas uniquement des Noirs, des homosexuels ou des Arabes…
Face à Trump, l’extrême droite ne sait plus où elle habite
Confrontée à Donald Trump, l’extrême droite ne sait plus vraiment où elle habite et elle est profondément divisée sur ce sujet. C’est ce que vient d’illustrer le sondage Eurobazooka réalisé par le cabinet Cluster 17 pour le site Le Grand Continent dans quatre pays, la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne.
Doit-on considérer Donald Trump comme un ami de l’Europe ? 18 % des sympathisants du Rassemblement national (RN) le croient, mais 25 % sont d’un avis contraire et le reste ne sait pas bien quoi en penser. Qu’est-ce qui motive la politique étrangère de Donald Trump ? La recolonisation du monde et la prédation des ressources naturelles ? 4 % des sympathisants RN le pensent. Ou ne serait-ce pas plutôt la défense de la liberté et la protection légitime des intérêts états-uniens comme le croient d’autres sympathisants RN à hauteur de 45 % ? Fallait-il envoyer des troupes françaises au Groenland pour dissuader Trump comme le disent 37 % des sympathisants RN ou s’y opposer comme c’est l’avis de 51 % d’entre eux ?
Les sympathisants d’extrême droite ne savent manifestement plus sur quel pied danser vis-à-vis de Donald Trump. Et par ricochet leurs dirigeants non plus : s’ils semblent trop le suivre et le défendre, ils risquent de perdre une moitié de leur base. Si au contraire, ils s’en distancient et le critiquent ouvertement, ils vont se fâcher avec l’autre moitié de leurs soutiens… Tandis qu’en face, Donald Trump et la réponse à lui apporter suscitent, toujours selon ce même sondage Eurobazooka, une convergence très forte même si elle n’est pas forcément attendue, entre la gauche, y compris La France insoumise (LFI), et le centre macroniste.
Cet affaiblissement de la position de l’extrême droite à cause de Donald Trump n’est certes pas encore visible pour l’instant dans les sondages pour la présidentielle de 2027. On peut cependant raisonnablement escompter que plus l’échéance approchera et que la question de l’attitude à l’égard du président américain du ou de la futur·e chef·fe de l’Etat français deviendra centrale dans le débat, plus l’incapacité du RN à protéger les Français des empiètements de Donald Trump et des technofascistes qui le soutiennent deviendra évidente. Ils ne sauraient manifestement rien faire d’autre que d’accompagner la vassalisation du pays et de l’Europe.
Cela n’empêche pas bien entendu qu’il faille aussi que tous les démocrates s’astreignent à démontrer chaque jour à nos concitoyens combien ces soi-disant nationalistes et souverainistes seraient incapables de nous protéger de nos ennemis, Donald Trump et Vladimir Poutine, s’ils arrivaient au pouvoir.
BIO EXPRESS
Guillaume Duval, coprésident du club Maison commune et ex-rédacteur en chef d’« Alternatives économiques », a été speechwriter de Josep Borrell, ancien haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité et ex-vice-président de la Commission.
Cet article est une carte blanche, rédigée par un auteur extérieur
au journal et dont le point de vue n’engage pas la rédaction.

