Dimanche, Claude, 57 ans, a été pris dans une avalanche dans le secteur du Taoulet, au pied du pic du Midi. Skieur expérimenté et prévenant, il a pu se tirer de la coulée. Équipé, il avait pourtant préparé sa sortie méticuleusement et “réfléchira à deux fois avec un risque 4”. Entretien.
Claude, comment aviez-vous préparé cette sortie ?
C’est un environnement que je connais très bien, mais je savais qu’avec un risque 4, il fallait faire attention. Comme je savais que j’allais hors piste, j’ai bien lu le BERA (bulletin du risque avalancheux). J’ai commencé sur les faces Nord, où ça tenait. Là, j’ai discuté avec un pisteur qui m’a dit que la sous-couche était fragile et de ne pas tarder à skier sur les versants sud, avant que ça ne chauffe. J’ai fait une première fois la descente classique du Taoulet, sous la benne du Pic, c’était très bon, ça ne bougeait pas.
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Mais pas la seconde fois…
J’ai croisé un copain avec une skieuse. Ils m’ont proposé de faire le mur de la jaune avec eux pour repartir ensuite vers la droite et les chalets. En haut, on a analysé. J’ai choisi la dernière pale, la moins exposée, la moins pentue, sans rocher. La plus sûre. C’était impeccable. Je n’avais jamais vu une coulée là. Et soudain, ça a purgé naturellement au-dessus. Je me suis fait coffrer, c’est ma faute. Le BERA avait prévu des purges avec le soleil, c’est pour ça que j’avais prévu de sortir tôt et d’aller ensuite sur les pistes le reste de la journée.

Comment vous êtes-vous retrouvé pris dans l’avalanche ?
Je l’ai sentie venir, comme un nuage de neige. Ça a pris mes pieds et c’est monté. Quand j’ai senti le souffle, j’ai compris. J’étais formé et équipé avec le DVA, la sonde, la pelle et mon airbag. Je me suis dit, ça arrive, mets les skis dans la pente ou déclenche ton airbag. Mais au final, je n’ai fait ni l’un ni l’autre. Heureusement, j’étais en fin de coulée. Je n’étais pris que jusqu’à la taille, sur 10-15 mètres, sans dommage, hormis la perte des skis. Mais ce n’est pas grave. Ça va très vite, mais j’ai senti que ça n’allait pas être grave. Les deux autres ont convergé vers moi. Ils ont vu que j’avais la tête hors de la neige. Le temps qu’ils aillent me chercher une paire de skis pour descendre, j’ai vu une seconde coulée, puis une troisième purge, en l’espace de quelques minutes.
Il n’y a pas eu de doutes au moment de rechausser les skis ?
Non, je suis reparti sans appréhension. Cette nuit, je me suis réveillé et j’y ai repensé, mais pas sur le moment. Je me demande ce que j’ai mal fait. Des amis voulaient faire la descente du Pic. J’ai refusé car je ne le sentais pas, niveau sécurité. J’ai cherché à limiter les risques au maximum, en m’adaptant au maximum aux conditions. Et je me suis fait prendre. Ça prouve bien que le risque zéro n’existe pas. Désormais, en risque 4, j’y réfléchirai à deux fois. Je ferai des bordures mais je ne m’aventurerai sans doute plus. Je fais attention. Ça m’arrive souvent de changer d’itinéraire, voire de renoncer. Jusqu’ici ça m’avait permis d’éviter tout accident…

Une leçon pour vous mais qui vaut pour tous…
Il faut toujours être humble face à la montagne, prendre conseil, ne pas skier seul, être équipé, savoir s’en servir et être conscient de son niveau. Dimanche, après tout ça, j’ai été impressionné du nombre de skieurs sans sac, sans matériel, qui évoluaient hors piste, sur les secteurs sud, les plus exposés. C’était fou. Moi, j’étais conscient du risque et j’avais tout fait pour le limiter au maximum mais j’ai été pris. Si j’avais coupé plus haut, ça aurait pu être plus grave, je me serais fait traîner sur plusieurs dizaines de mètres. Ça arrive, on apprend toujours, même à 57 ans. Je continuerai à skier comme j’aime, mais en mettant encore plus de vigilance.

