January 11, 2026

"Si on ne défend pas la cause rurale, on va à la catastrophe !" : les taxis solidaires des agriculteurs lors d’une opération escargot

l’essentiel
Ce samedi 10 janvier, malgré une météo hostile, des taxis ariégeois et d’Occitanie ont rejoint les agriculteurs mobilisés au tunnel de Foix. Une action de solidarité pour dénoncer, ensemble, une concurrence jugée déloyale et défendre l’avenir de leurs métiers.

“Les agriculteurs font manger la France et nous, on transporte la France !” Malgré la pluie et un froid glacial, ce samedi 10 janvier 2026, la présidente du syndicat des taxis de l’Ariège, Nathalie Basque, affiche sa fierté.

Celle d’avoir réuni à ses côtés une vingtaine de chauffeurs, venus braver une météo peu clémente pour exprimer, à travers une opération escargot, leur solidarité avec les agriculteurs mobilisés depuis plusieurs jours. “Je pense que ce qui se passe aujourd’hui est mémorable”, glisse-t-elle.

Vingt-six taxis ont fait le déplacement pour soutenir les agriculteurs toujours mobilisés au tunnel de Foix.
Vingt-six taxis ont fait le déplacement pour soutenir les agriculteurs toujours mobilisés au tunnel de Foix.
DDM – CR

Le rendez-vous est donné à 11 heures, à l’entrée du restaurant Ô Munich, à Pamiers. Peu à peu, les taxis arrivent, venus de Haute-Garonne, du Tarn-et-Garonne, du Gers, de l’Hérault ou encore de l’Aveyron. Objectif : rejoindre, par les petites routes — Pamiers, Saint-Jean-du-Falga, Varilhes, Saint-Jean-de-Verges — le tunnel de Foix bloqué depuis une dizaine de jours par les agriculteurs, pour une durée indéterminée.

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Un “hommage aux agriculteurs qui ont perdu toutes leurs bêtes”

Échanger, passer un moment avec eux, partager quelques rires, les soutenir, mais aussi “rendre hommage aux agriculteurs qui ont perdu toutes leurs bêtes”, explique Laurent Duval, président de l’organisation syndicale des taxis de l’Ariège (OST 09), à l’origine de cette mobilisation pacifique.

“On veut exprimer notre soutien et notre colère en même temps, poursuit-il. Abattre 300 bêtes pour trois bêtes malades, c’est inadmissible.” Le syndicaliste dénonce également une concurrence jugée déloyale, un combat commun aux deux professions. “Eux, ils ont le Mercosur. Nous, on a les VTC, Uber et les plateformes. Notre métier est en danger. “

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Peu après 11h30, le cortège s’élance en opération escargot, à 20 km/h, sur les routes départementales et dans les centres-villes, encadré par la gendarmerie. En tête, symbole fort : un tracteur floqué du drapeau de la Coordination rurale. Pour Laurent Duval, cette mobilisation est essentielle. “S’ils disparaissent, on fait quoi ?” Si ce samedi le cortège ne compte que des taxis et deux camions, il appelle à une mobilisation plus large, “avec beaucoup plus de corps de métiers”. “On est tous impactés par cette crise, avec un gouvernement qui ne veut pas nous écouter. Si on continue comme ça, la concurrence déloyale va nous manger”, insiste-t-il.

Le rendez-vous était donné à 11 heures, à l’entrée du restaurant Ô Munich, à Pamiers.
Le rendez-vous était donné à 11 heures, à l’entrée du restaurant Ô Munich, à Pamiers.
DDM – CR

Un message partagé par Nathalie Basque. “Ça fait un mois que les agriculteurs sont mobilisés. Comment font-ils pour travailler ? Ça doit être terrible. Et pour les agriculteurs dont les vaches sont mortes, c’est comme si on nous enlevait notre voiture.” Pour la présidente des taxis ariégeois, “il faut marquer le coup”, tout en conservant un esprit convivial.

“Pour la cause paysanne, on s’est dit qu’il fallait y aller”

Chez l’entreprise de taxi Luc Amiel, basée à Pamiers, ils sont sept à avoir pris part à l’opération. La société existe depuis 1984 et son fondateur, Luc Amiel, 75 ans, n’aurait manqué ce rendez-vous pour rien au monde. “Je suis fier de mon métier. Pour la cause paysanne, on s’est dit qu’il fallait y aller. Il faut se soutenir entre nous, parce qu’on a besoin de manger proprement et sainement”, affirme-t-il. “Il faudrait surtout que tout le monde prenne conscience que si on ne défend pas la cause rurale, on va à la catastrophe. Il n’y aura plus de vaches.”

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“Il est temps de s’allier”, appuie de son côté un salarié venu de Castelsarrasin, dans le Tarn-et-Garonne, vingt ans de métier au compteur. “On ne lâchera pas l’affaire. On est prêts à aller là où il faut pour que ça se règle. Comme les agriculteurs, qui disparaissent peu à peu au profit de grosses firmes et de multinationales, la réglementation actuelle vise à faire disparaître le taxi. C’est aussi un combat philosophique : dans quel monde veut-on vivre demain ?”

Malgré un vent glacial, le cortège arrive au tunnel, klaxons en action.
Malgré un vent glacial, le cortège arrive au tunnel, klaxons en action.
DDM – CR
Le cortège est arrivé un peu avant 14 heures au tunnel de Foix.
Le cortège est arrivé un peu avant 14 heures au tunnel de Foix.
DDM – CR

Sur cette question laissée en suspens, il est un peu moins de 14 heures lorsque le cortège arrive, klaxons en action, au tunnel de Foix, accueilli par les agriculteurs toujours mobilisés. Pour l’occasion, Nathalie Basque a prévu quelques ravitaillements, récupérés en chemin : plateaux de charcuterie et de fromages. De quoi apporter, au moins pour un temps, un peu de baume au cœur.

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