Grok, l’IA d’Elon Musk, « désactive » la génération d’images à caractère sexuel. LIONEL BONAVENTURE / AFP
Depuis le début d’année, X (ex-Twitter) est au cœur d’un énième scandale. La raison ? Les demandes d’internautes auprès de Grok pour mettre telle ou telle personne « en bikini ». S’ensuit une photo altérée par l’outil d’intelligence artificielle d’Elon Musk déshabillant, entièrement ou partiellement, des femmes et des mineurs à leur insu.
L’IA a reconnu ce vendredi 9 janvier l’existence de « failles » ayant permis cette génération d’images pédopornographiques, avant d’indiquer que cette fonctionnalité était à présent limitée… et réservée aux seuls abonnés payants de la plateforme. Une limitation très partielle, et un silence d’Elon Musk, qui ont suscité des protestations à travers le monde et l’élargissement d’une enquête judiciaire en France.
• Une désactivation partielle et des réactions divisées
Cette désactivation limitée a suscité l’indignation du Royaume-Uni, où les critiques contre Elon Musk sont les plus virulentes. Cette mesure « transforme simplement une fonctionnalité […] en un service premium », et constitue « une insulte aux victimes de misogynie et de violences sexuelles », a dénoncé un porte-parole du Premier ministre britannique Keir Starmer.
Le gouvernement britannique avait déjà demandé à X de trouver « de toute urgence » une solution pour éviter la prolifération de ces fausses images, générées par Grok, de femmes et de mineurs dénudés.
De son côté, le régulateur britannique des télécommunications Ofcom a annoncé lundi avoir demandé à X comment il protège ses utilisateurs, et n’a pas exclu le lancement d’une enquête formelle « s’il existe des problèmes de conformité ».
La réaction de la France, par la voix du ministre chargé de la Souveraineté numérique Roland Lescure, tranche nettement avec celle du Royaume-Uni. Ce dernier a admis un « premier pas » de la plateforme même si « la lutte contre les dérives de l’IA doit se poursuivre », écrit-il sur Bluesky.
• En France, une enquête qui s’étend
Par ailleurs, le parquet de Paris a étendu ce vendredi une enquête ouverte depuis l’été sur le réseau social X, d’après le site Politico. « Le délit de montage à caractère sexuel d’une personne sans son consentement est puni de deux ans d’emprisonnement et de 60 000 euros », a rappelé l’instance judiciaire.
L’enquête initiale contre X avait été ouverte en juillet à la suite de signalements contre le réseau social et ses dirigeants, accusés d’avoir biaisé l’algorithme de la plateforme à des fins d’ingérence étrangère.
L’Arcom, l’Autorité de Régulation de la Communication audiovisuelle et du Numérique, a aussi été saisie, « au titre de possibles manquements de X à ses obligations découlant du Digital Services Act », le règlement européen sur les services numériques.
• Un réseau social sous surveillance rapprochée de l’Europe
A Bruxelles, ce vendredi, la Commission européenne a « pris note des dernières modifications » mais les a jugées insuffisantes.
La veille, la même Commission européenne avait annoncé avoir imposé une mesure conservatoire au réseau social, à la suite du scandale des images sexuelles de mineurs. Une telle disposition vise à assurer que les services de la Commission, qui continuent d’enquêter sur la plateforme d’Elon Musk, pourront accéder si besoin à ces documents.
Ce n’est pas la première fois que la Commission impose une telle mesure au réseau social d’Elon Musk. Elle lui avait déjà ordonné l’an dernier de conserver tous ses documents internes sur ses algorithmes, sur fond de soupçons de manipulation par X du débat public en Europe et après de multiples provocations d’Elon Musk.
L’UE avait par ailleurs infligé début décembre une amende de 120 millions d’euros à X pour infraction au règlement sur les services numériques, le DSA, malgré les menaces récurrentes de Donald Trump qui accuse le bloc européen de cibler via sa législation numérique les champions américains.
• xAI boude les journalistes et s’enfonce dans le complotisme
La création et la diffusion de contenus pédopornographiques sont réprimées aux Etats-Unis par l’article 2256 du Code pénal fédéral américain et par l’Enforce Act, une loi américaine de 2025 sur les crimes numériques contre les mineurs.
xAI, l’entreprise d’intelligence artificielle d’Elon Musk qui développe Grok, n’a pas réagi publiquement à cette nouvelle controverse autour de son assistant IA, déjà épinglé ces derniers mois pour des affirmations polémiques sur la guerre à Gaza, le conflit Inde-Pakistan ou pour des propos antisémites.
Vendredi, les questions adressées par l’AFP à xAI ont reçu une réponse automatique affirmant que « les médias traditionnels mentent », sans autre commentaire.

