La colère gronde chez les agriculteurs face à l’arrestation de deux porte-parole de la Confédération paysanne. En Ariège, les manifestations se multiplient, dénonçant une atteinte aux droits syndicaux. Après avoir bloqué une partie du centre-ville de Foix, les manifestants sont allés faire entendre leur voix à la Préfecture.
La colère du monde paysan ne retombe pas. Le jeudi 9 janvier au matin, deux porte-parole nationaux de la Confédération paysanne, Thomas Gibert et Stéphane Galais, ont été interpellés à Paris et placés en garde à vue alors qu’ils participaient à une action de blocage du périphérique parisien. Une arrestation jugée “scandaleuse” par le syndicat, qui a immédiatement suscité des réactions en région, notamment en Ariège.
À Foix, la Confédération paysanne de l’Ariège a tenu à afficher son soutien. À 16 h 30, des agriculteurs ont bloqué les allées de Villote, laissant passer les véhicules “au compte-goutte”.
“Une atteinte grave aux droits des syndicalistes”
À 16 heures, une délégation de la Confédération paysanne, conduite notamment par Laurence Marandola, ancienne porte-parole nationale du syndicat, a été reçue par le préfet. Une rencontre directement motivée par les arrestations parisiennes.
“Pour nous, c’est une évidence de saisir le préfet de ce qui se passe, tellement c’est une atteinte grave aux droits des syndicalistes”, explique-t-elle. “Deux de nos porte-parole nationaux ont été interpellés en fin de matinée à Paris. C’est tellement grave d’entraver le droit des syndicalistes à pouvoir exercer ce droit, de manifester, de s’exprimer.”
Dans un contexte agricole explosif, cette interpellation passe d’autant plus mal. “On est dans un moment de crise totale. Ça n’a échappé à personne. Aujourd’hui, le Mercosur a été signé, enfin une étape importante a été ratifiée”, poursuit Laurence Marandola. “C’était complètement légitime que la Confédération paysanne soit dans la rue, à Paris avec des tracteurs, ici et de partout. Qu’ils soient interpellés de cette façon et mis en garde à vue, c’est absolument scandaleux.”
Elle dénonce également un traitement ciblé : “C’est le seul syndicat où on se permet. Il n’y a que contre la Confédération paysanne que le gouvernement se permet de maltraiter ainsi les porte-paroles.”
La délégation a demandé au préfet d’intervenir auprès du gouvernement. “On est venu lui réclamer d’utiliser son droit de préfet, de saisir le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur, de faire remonter notre exigence de libération de nos porte-paroles.” La réponse reste prudente : “Il a dit qu’il allait envoyer un SMS au cabinet du Premier ministre et de Gérald Darmanin.”
Mobilisation maintenue et actions possibles
Pour le syndicat, la mobilisation ne s’arrêtera pas tant que les deux porte-parole ne seront pas libérés. “Tant qu’ils ne sont pas libérés, on continue les mobilisations ici, d’une façon ou d’une autre. On restera extrêmement mobilisés”, prévient Laurence Marandola.
Même détermination du côté de Christophe Gouazé, porte-parole de la Confédération paysanne de l’Ariège, qui rappelle que la mobilisation dépasse la seule question des arrestations. “On sera partout où l’État ne nous attend pas. On va rester mobilisés sur la DNC, sur le Mercosur. Les deux causes nous mobilisent, et en plus, le fait d’avoir arrêté nos porte-paroles, c’est trop.”
Il décrit une profession à bout de souffle : “On a ce stress journalier de trouver un animal malade et de devoir abattre notre cheptel. On n’est pas encore sortis de cette situation. Aujourd’hui, on n’exclut plus rien. Ça sera peut-être des mouvements plus spontanés, décidés à la dernière minute. Il faut que l’État redoute de nous voir partout.”
En parallèle, un second groupe s’est rendu à la préfecture à l’occasion des vœux du préfet, où la Coordination rurale de l’Ariège était également présente. Ils ont accueilli les différentes personnes venues assister à la cérémonie au son des cloches et des klaxons. “On n’attend plus rien de la préfecture. Beaucoup de personnes ont boycotté ces vœux, c’est du jamais vu en Ariège. On ne va rien faire de spécial ce soir, juste faire un maximum de bruit pour perturber la cérémonie”, confie Sébastien Durand, président de la Coordination Rurale 09.

