Longtemps reléguée au rang de tradition d’un autre temps, la vannerie connaît un regain d’intérêt dans le Lot. Portée par un besoin de retour au manuel, de durabilité et de sens, cette pratique artisanale séduit de plus en plus.
À l’heure du tout-numérique et de la surconsommation, la vannerie connaît un regain d’intérêt inattendu. Dans le Lot, ce savoir-faire ancestral, longtemps relégué au rang de tradition d’un autre temps, séduit de nouveau. Besoin de sens, retour au manuel, conscience écologique : autant de raisons qui expliquent cet engouement, incarné localement par des artisanes comme Yanoëlle Lemoine, vannière installée à Cabrerets.

“On en avait complètement perdu l’usage”
Formée à l’école nationale de vannerie de Fayl-Billot, en Haute-Marne, une institution fondée en 1905, Yanoëlle Lemoine a suivi une formation exigeante, inchangée depuis plus d’un siècle. “Le programme est le même qu’au début du XXe siècle, avec les mêmes objets et les mêmes techniques”, souligne-t-elle. Diplômée d’un BPREA, (Brevet professionnel responsable d’entreprise agricole) elle possède un statut agricole qui lui permet non seulement de transformer l’osier, mais aussi d’en produire. Une activité qu’elle s’apprête à développer avec la plantation prochaine de sa propre oseraie.
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Longtemps remplacée par le plastique après la Seconde Guerre mondiale, la vannerie retrouve aujourd’hui sa place. “Avant, on utilisait des objets en vannerie pour tout : vendanges, déménagements, stockage… On en avait complètement perdu l’usage”, rappelle l’artisane. Face à l’omniprésence d’objets manufacturés venus de l’autre bout du monde, souvent fragiles et jetables, la solidité et la durabilité des pièces artisanales reprennent du sens.

Installée dans le Lot depuis plus de vingt ans, elle vit aujourd’hui pleinement de la vannerie traditionnelle, un choix assumé. “Ce n’est pas évident économiquement, mais c’est un vrai choix de vie”, confie-t-elle. Dans son atelier, pas de machines ni d’électricité : seulement quelques outils simples, transmis de génération en génération, et le travail patient des mains. Un panier, même modeste, demande entre deux et trois heures de fabrication.
“En quelques années mon nombre de stagiaire a beaucoup augmenté”
Dans le Lot, territoire rural et touristique, cette tendance est renforcée par une quête de reconnexion à la nature et aux savoir-faire locaux. Depuis son installation en 2021, Yanoëlle Lemoine observe une hausse constante des demandes, notamment pour les stages et initiations. “En quelques années mon nombre de stagiaire a beaucoup augmenté”, indique-t-elle. Des ateliers qui attirent aussi bien des habitants que des visiteurs, en quête d’une parenthèse hors écrans.

La vannière réalise principalement des paniers, mais son travail ne s’y limite pas. Luminaires, pièces décoratives, commandes sur mesure : la vannerie offre un champ créatif bien plus vaste qu’on ne l’imagine. Certaines réalisations, comme une grande sculpture d’abeille d’1m50 de longueur, récemment commandée, nécessitent jusqu’à 30 heures de travail.
Reste la question du prix, souvent mal compris par le public. “Les gens ne se rendent pas compte du temps nécessaire pour fabriquer un panier”, explique-t-elle. Dans un marché saturé d’objets bon marché, la valeur du travail artisanal peine parfois à être reconnue. Pourtant, l’intérêt croissant pour des objets durables et locaux semble amorcer un changement. Dans le Lot, la vannerie ne relève plus seulement du patrimoine : elle s’inscrit désormais dans une dynamique contemporaine, portée par des artisans passionnés.

