Hier soir, sur le perron de Matignon, le Premier ministre a tendu la main aux socialistes en leur accordant nombre de leurs revendications. Cela suffira-t-il à faire reculer ceux qui étaient sur le point de vouloir le censurer ? Le week-end sera décisif.
Les repas des étudiants sauveront-ils Sébastien Lecornu ? Hier après-midi, c’est avec cette mesure symbolique que Matignon a tenté d’amadouer le PS afin qu’en début de semaine prochaine le parti à la rose ne vote pas la censure. Mais très rapidement, les ténors socialistes ont fait savoir que la mesure ne serait pas suffisante. Hier soir, sur le perron de Matignon le Premier ministre a donc ajouté à la liste bien d’autres cadeaux. C’est même un carton plein pour le PS.
Le Premier ministre a ainsi annoncé une augmentation de la prime d’activité, le recrutement de 2.000 professeurs pour s’occuper des enfants handicapés, une réforme de l’allocation de solidarité, l’augmentation des budgets alloués aux bailleurs sociaux pour construire ou rénover des logements, le maintien de MaPrimeRénov’ et une augmentation du Fonds vert qui étaient deux demandes fortes du PS. Matignon s’engage aussi à ne pas augmenter l’impôt sur le revenu. Enfin, les budgets des Armées mais aussi de l’Éducation Nationale, de la Recherche et de la Transition écologique seront sanctuarisés. Bref du sucré, rien que du sucré…
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“Un 18 Brumaire”
Sébastien Lecornu a ainsi répondu à Olivier Faure qui expliquait mardi à La Dépêche : « Nous, nous voulons parler de l’avenir de la jeunesse, de l’enseignement, du pouvoir d’achat, de la transition écologique, de MaPrimeRénov’… Faire des économies sur la rénovation des logements, c’est idiot car il a été documenté que les passoires thermiques créaient des pathologies qui coûtent énormément d’argent à la Sécu ». Le voilà comblé.
Sébastien Lecornu devait en effet frapper un grand coup pour espérer réussir à embarquer les socialistes et se maintenir à Matignon. Car si Olivier Faure a assuré toute la semaine ne pas s’intéresser au “véhicule” législatif qui permettra de doter la France d’un budget, ça n’est pas le cas de ses troupes. Hier après-midi, Boris Vallaud a été mandaté pour dire au Premier ministre l’opposition formelle de son groupe à l’utilisation des ordonnances qui a été évoquée tout au long de la semaine.
Quelques heures plus tard, Philippe Brun, l’un des députés au cœur des négociations, comparait l’utilisation des ordonnances « au 18 brumaire », le coup d’État de Napoléon, assurant qu’il voterait non seulement la censure mais aussi la destitution du Chef de l’État si le Premier ministre choisissait cette voie pour imposer le budget.
Les ordonnances privilégiées
Sébastien Lecornu aura-t-il fait suffisamment de cadeaux pour que les roses amendent leur position ? Les ordonnances ont la préférence du locataire de Matignon car elles évitent les nombreuses navettes entre l’Assemblée Nationale et le Sénat qu’imposerait l’utilisation du 49.3. Des navettes qui seraient à chaque fois assorties de motions de censure déposées par LFI et le RN. « Or, nous confiait cette semaine un conseiller au cœur du moteur, on n’est jamais à l’abri d’un accident ».
Hier soir, le Premier ministre n’a rien révélé de l’outil qu’il se préparait à utiliser pour imposer le budget. Sans doute attend-il de voir la réaction des socialistes. « L’allocution de Sébastien Lecornu est une étape importante dans la construction d’un compromis », assurait vers 20 heures Boris Vallaud. Un premier signal positif. Sera-t-il suffisant pour éviter au Premier ministre un déménagement imminent ? Le week-end sera décisif.

