December 26, 2025

Eve, 10 ans, n’a pas le droit de pratiquer sa passion pour le taekwondo librement car elle porte des lunettes : "ça lui pèse beaucoup"

l’essentiel
Le taekwondo et les lunettes ne font pas bon ménage pour Eve Delanis. À 10 ans, elle est privée de compétition à cause de sa vision. Sa famille se bat pour changer les règles et permettre le port de lunettes adaptées.

Empêchée de combattre car elle porte… des lunettes. En voilà une désagréable aventure qu’a subie Eve Delanis. Âgée de 10 ans, la jeune fille fait du taekwondo depuis qu’elle en a trois. Une vraie passion familiale : sa mère Lucie est présidente du club Hwarang TaeKwonDo et son père Wesley en est l’entraîneur. Son petit frère aussi s’y est mis. Mais cette année, la jeune fille n’a pas pu prendre part au championnat Occitanie, qui s’est déroulé mi-décembre à Albi.

Eve, avec ses lunettes spéciales, entourée de sa mère Lucie et de son père Wesley.
Eve, avec ses lunettes spéciales, entourée de sa mère Lucie et de son père Wesley.
Photo fournie par la famille

“Quand elle n’a pas de lunettes, elle a un strabisme. Elle a une amblyopie, elle a un œil qui voit beaucoup moins bien que l’autre. On lui a demandé comment elle voyait sans sa monture : soit elle force et voit double, soit elle ne force pas et elle voit complètement trouble. Impossible de combattre car elle ne voit pas le tableau de score, elle ne sait pas le temps qui reste. Si son adversaire arrive, elle ne sait pas s’il a les protections, si elle ne les a pas…”. Beaucoup trop dangereux pour Eve. Et impossible de porter des lentilles pour la jeune fille. “Elle a dix ans. À cet âge-là, on ne prescrit pas de lentilles. Ça demande une certaine hygiène, c’est trop jeune”.

Pourtant, l’année dernière, Eve a pu combattre avec une paire spéciale. “Les verres sont incassables. Les lunettes sont plaquées sur le visage, et il y a de la mousse sur tous les points de contact. Il n’y a pas de branche non plus, c’est un gros élastique. Même en cas d’impact, ça ne peut pas la blesser”, affirme Lucie Delanis. Elle ajoute : “C’est notre ophtalmologue qui nous l’a conseillé. La paire a été faite sur mesure, c’était assez cher à l’achat. Ce sont des lunettes exprès pour les sports de combat, de balles et même pour le basket. Dans le taekwondo, la fédération du Québec les accepte”.

“Ma fille était très déçue et très en colère”

“L’année dernière, on nous avait demandé de fournir un certificat médical pour la saison suivante. C’est ce qu’on fait. Une semaine avant la compétition, la responsable des arbitres envoie un mail pour rappeler les règles où il est stipulé que les lunettes sont interdites. Alors plutôt que de présenter le certificat médical le jour même, on décide de l’envoyer par mail”, raconte la maman. La réponse ne tarde pas : c’est interdit, et aucune dérogation ne sera faite. En effet, dans le règlement d’arbitrage de la FFTDA (Fédération Française de Taekwondo et Disciplines Associées), il est stipulé que “le port de tout article sur la tête, autre que le casque, n’est pas autorisé”. Une onde de choc pour la famille Delanis. Les Cadurciens décident de contacter directement la fédération de taekwondo. Cette dernière promet d’essayer de trouver un compromis qui satisfasse tout le monde. Quelques jours passent, et pas de nouvelles. “On rappelle la responsable des arbitres qui nous annonce que le médecin fédéral estime que c’est hors de question”, regrette Lucie. La mère propose de signer une décharge. Toujours non. Le directeur technique national de la fédération est, à son tour, contacté. Silence.

Le jour de la compétition arrive. Personne ne veut prendre le risque de faire combattre Eve avec ses lunettes. “On a été au bout. On a fait la pesée, et elle était au poids. Elle était en tenue, a mis ses protections. On lui a enlevé sa monture, et elle est allée sur le tatami. Elle fait le salut, et quand le combat a commencé, son père, qui est son coach, a jeté l’éponge en refusant qu’elle combatte”. Un geste fort et symbolique.

“Depuis petite, Eve souffre beaucoup de sa vision. Ça lui pèse beaucoup. Elle a arrêté le cache sur son œil en mai dernier. À chaque fois, elle devait expliquer aux gens pourquoi elle avait un cache. Elle en avait marre d’avoir ce regard-là sur elle”, souffle la maman. Elle poursuit : “Eve m’a dit qu’elle en avait marre. Elle était très déçue et très en colère”. Aujourd’hui, la famille Delanis souhaite faire bouger les choses. “Les plus grands peuvent évidemment mettre des lentilles, mais on pense aux plus petits qui n’ont pas d’autre choix”, glisse la présidente du club. Eve est décidée à tenter l’aventure des lentilles journalières pour aller sur le tatami. Sa famille, elle, compte continuer le combat pour autoriser le port de lunettes spécifiques au taekwondo.

Contactée mercredi après-midi, la Fédération française de taekwondo n’est pas encore revenue vers nous. Nos colonnes leur sont ouvertes.

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