December 26, 2025

"Personne ne veut le racheter pour le raser" : ce propriétaire ne peut pas habiter son immeuble depuis cinq ans

l’essentiel
Acheteurs d’un trois-pièces dans l’une des rues les plus chères de Toulouse, Julien et son épouse n’y ont jamais vécu. Depuis 2020, leur appartement est inhabitable et impossible à louer.

Quand Julien et son épouse achètent un trois-pièces rue Pharaon, au cœur du quartier des Carmes à Toulouse, ils pensent réaliser un investissement sûr. L’immeuble, situé dans l’une des artères les plus cotées de Toulouse, doit être rénové avant l’emménagement.

Mais en 2020, le couperet tombe : le bâtiment est déclaré en péril en raison d’un risque d’effondrement lié à l’affaissement de la cave. Depuis, le couple ne peut ni habiter son bien ni le louer. Les travaux de sécurisation s’enchaînent, à leurs frais, sans perspective claire. “On paye, mais rien n’avance”, résume Julien.

Squats, porte blindée et incendie criminel

À partir de 2024, la situation se dégrade encore. L’immeuble est squatté. Après six mois de procédures, les occupants sont expulsés. Les propriétaires se voient alors imposer l’installation d’une porte blindée à 10 000 euros pour éviter toute nouvelle intrusion.

“On l’a installée… et elle a été défoncée”, raconte Julien. Faute de murage complet, le bâtiment est de nouveau occupé. Début 2025, un incendie criminel ravage l’immeuble.

La toiture est laissée sans aucune protection.
La toiture est laissée sans aucune protection.
J.S.

Les étages supérieurs sont entièrement brûlés, la toiture détruite. “Il pleut à l’intérieur, tout l’immeuble est touché”, précise Julien. L’auteur présumé, un SDF, a été retrouvé mais est non solvable. Ce n’est qu’après cet incendie que l’immeuble est enfin totalement muré. Une décision tardive, selon les propriétaires, alors qu’ils la réclamaient depuis longtemps.

Une rue longtemps laissée sans protection

Pendant des mois, le danger persiste pour les riverains. Des tuiles tombent dans la petite rue des Poutiroux, adjacente à la rue Pharaon.

La rue des Poutiroux est fermée car le toit menace de s’effondrer.
La rue des Poutiroux est fermée car le toit menace de s’effondrer.
DDM – C. Dm.

“La rue n’a été bloquée qu’au bout de huit ou neuf mois”, déplore Julien. Aujourd’hui encore, la toiture n’est pas sécurisée. “Si tu passes devant, tu peux avoir peur.”

Assurances et justice : un combat au long cours

Une procédure judiciaire est en cours contre l’ancien syndic, les assurances et la personne accusée d’avoir falsifié des rapports techniques sans alerter sur l’affaissement de la cave. L’immeuble voisin et un commerce attenant ont également engagé des actions.

Après l’incendie, il aura fallu attendre huit à neuf mois pour que des experts d’assurance puissent enfin entrer dans l’immeuble, l’autorisation administrative tardant à arriver. “C’est notre avocate qui a débloqué la situation”, souligne Julien, mettant en cause l’inaction de l’administrateur judiciaire.

Les propriétaires devraient percevoir une indemnisation partielle. “Pas la totalité, car l’appartement était déjà déclaré en péril”, précise-t-il. L’objectif : financer une mise en sécurité minimale pendant que la procédure suit son cours.

Une facture qui continue de grimper

En parallèle, les charges s’accumulent. Julien et son épouse ont dû régler 100 000 euros à l’entreprise chargée des étaiements, après un procès. “On a payé, mais on n’a plus aucune nouvelle. S’ils nous redemandent encore 100 000 euros, on ne saura même pas pourquoi”, s’inquiète Julien.

L’immeuble est entièrement muré pour éviter les squats.
L’immeuble est entièrement muré pour éviter les squats.
DDM – C. Dm.

Cinq ans après l’achat, le couple demande la valeur de son appartement et les loyers jamais perçus. “Et aucun investisseur ne veut le racheter pour éventuellement le raser.”

Un nouvel arrêté publié le 23 décembre

Mais les délais judiciaires s’étirent, notamment à cause de l’évaluation des pertes pour les commerces voisins. En cette fin d’année 2025, leur immeuble est muré, noirci par le feu, et leur situation reste suspendue aux lenteurs de la justice.

L’arrêté de "mise en sécurité" pris le 22 décembre par la mairie.
L’arrêté de “mise en sécurité” pris le 22 décembre par la mairie.
DDM – Mairie Toulouse

Et ce 23 décembre, la mairie de Toulouse a publié un nouvel arrêté “de mise en sécurité – procédure urgente avec interdiction d’accéder d’habiter et d’exploiter les immeubles sis 5 rue Pharaon et 4 rue Poutiroux”. Il demande notamment aux propriétaires l’évacuation des gravats et la pose d’étais sous 15 jours, et sous un mois la démolition des restes de charpente brûlée ou encore la réalisation de travaux de consolidation et de sécurisation. Un nouvel épisode dans le parcours semé d’embûches des propriétaires.

source

TAGS: