November 29, 2025

Flambée du prix de l’or : "Des clients se rabattent sur le 9 carats, qui pollue et qui ne tient pas"

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La hausse récente du prix de l’or et l’arrivée de Noël incitent à revoir les prix des bijoux chez des bijoutiers qui évoquent aussi des nouvelles habitudes… pas forcément bien reçues. Reportage.

La hausse du prix de l’or bouscule le quotidien des bijoutiers à Auch. À l’approche de Noël, certains artisans auscitains craignent une saison compliquée, d’autres sont moins inquiets.

“On s’adapte, mais l’or est devenu inaccessible”

Dans son atelier d’Auch, Patrick Journet, bijoutier, fait le même constat depuis plusieurs mois : “À l’approche des fêtes, on prépare un peu de marchandise pour les vitrines, mais ça va être compliqué.” La raison, selon lui : “Le prix de l’or a flambé : il est passé de 34 000 € à 114 000 €. C’est comme rouler à 6 € le litre.” Il explique avoir dû réduire les taux horaires : “On s’adapte en faisant de la prestation de service.”

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De son côté, le joaillier René Velez, venu de Montauban et client de Patrick Journet, parle d’un métier transformé : “Nous, on prend la hausse de plein fouet. D’habitude, Noël, c’est maintenant, donc on est submergé de travail.”

Le 9 carats s’impose… mais à quel prix ?

Pour les deux artisans, le développement de l’or 9 carats change la donne. “Dans l’or 18 carats, il y a 75 % d’or fin. Dans le 9, il n’y en a que 35,5 %, le reste c’est du cuivre et de l’argent, donc ça coût moins cher”, explique Patrick Journet.

Mais les clients ne sont pas toujours informés : “L’or à 375 €, ça ne parle pas aux gens. Certains pensent faire une affaire alors qu’ils achètent un produit à moitié prix parce qu’il y a moitié moins d’or.” René Velez résume avec une image : “Vous videz la moitié d’une bouteille de vin et vous mettez de l’eau. Est-ce que c’est encore du vin ?”

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Mais l’inflation n’est pas la seule raison du changement de pratiques. René Velez pointe aussi l’arrivée des grossistes qui rachètent aux particuliers : “Les gens sont contents, ils repartent avec un chèque. Mais après, il n’y a plus de matière pour fabriquer.” Résultat : “Aujourd’hui, les clients se rabattent sur le 9 carats, qui pollue et qui ne tient pas.”

Certains bijoutiers refusent de changer leur prix

Le constat est différent pour Bruno Gilardi, gérant de La Couronne d’Or : “La hausse est là depuis longtemps, mais j’ai plus de monde qu’avant. À l’approche de Noël, j’ai encore plus de monde. Ça rassure d’acheter de l’or, c’est une valeur sûre.” Il assure ne pas vouloir modifier ses prix sur les bijoux déjà fabriqués : “Tant mieux si les clients y gagnent aujourd’hui.”

L’augmentation du prix de l’or impacte le prix de fabrication des bijoux.
L’augmentation du prix de l’or impacte le prix de fabrication des bijoux.
DDM – SEBASTIEN LAPEYRERE

Dans les rues d’Auch, les consommateurs aussi s’adaptent. “Je préfère acheter du toc, même pour les cadeaux de Noël, je n’ai pas les moyens pour de l’or”, confie Chloé, Auscitaine de 20 ans. Marie-Claude, une autre habitante âgée de 74 ans, nuance : “Noël, ça reste sacré. Je préfère acheter plus cher et avec un gage de qualité pour mes proches.”

Entre savoir-faire et incertitude

Face à la hausse, le métier “s’est durci”, les “marges se réduisent”, et l’or est “inaccessible pour les trois quarts des gens”, estime Patrick Journet. “Même à l’approche de Noël, on ne peut pas modifier les tarifs.” Les artisans évoquent un métier fragilisé : outillage coûteux, risque de braquage, complexité technique. “On pense que les bijoutiers sont “blindés”, mais ça fait longtemps que ça n’est plus le cas.”

Si l’or et l’argent restent des valeurs fortes pour les bijoutiers, c’est désormais un métier qui vacille. “On a encore des métiers essentiels, mais les choses ont changé”, exprime avec regrets René Velez. À l’approche des fêtes, l’incertitude plane encore, mais une chose est sûre : l’artisanat continue de lutter pour rester au cœur du bijou.

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