Bien connu des restaurateurs, le phénomène “Resto Basket” ou comment quitter la table sans régler l’addition, semble en augmentation cet été sur Toulouse. Un fléau organisé, difficile à prévenir, qui mine la confiance et plombe les recettes.
Les restaurateurs connaissent trop bien le phénomène du “resto basket” : partir sans régler l’addition. Si ce problème touche particulièrement les stations balnéaires souvent bondées durant la saison estivale, il tend à s’accentuer cet été un peu partout en France, n’épargnant pas la Ville rose.
“Un problème de plus en plus fréquent”, témoigne Éric Besson, de L’Écluse d’Éric. “Je l’ai découvert dans mon ancienne affaire, La Criée, à l’époque où fumer est devenu interdit en salle. Évidemment, aller griller une cigarette dehors facilitait grandement les choses. Depuis, cette pratique frauduleuse s’est répandue. Une filouterie qui, répétée, fait subir au restaurateur un réel manque à gagner et réduit la confiance entre clients et professionnels.” Il ajoute : “Le personnel ne peut pas tout voir et tout surveiller. Ce n’est pas son job.”
À lire aussi :
La famille de huit personnes part du restaurant sans payer… et laisse un enfant en gage
Selon plusieurs témoignages, ce type de fraude serait parfois pratiqué par des clientes seules ou accompagnées. “Elles disent au serveur qu’elles laissent leur sac à leur table et qu’elles reviennent”, poursuit Éric Besson. “Elles partent soit aux toilettes, soit se refaire une beauté ou fumer une cigarette. Évidemment, le sac est vide et on ne les revoit pas. Lorsqu’on prend conscience de la supercherie, c’est trop tard. Elles sont loin.” Autre aspect : ces personnes privilégient les établissements assez grands, avec un étage ou une terrasse. Il faut aussi que toute cette mise en scène en vaille la peine : “Ces clients indésirables choisissent souvent un repas assez cher, autour des 50 à 100 € par tête. C’est rarement pour une pizza que l’on prend ce risque.”
300 € de perte durant l’été
Julien, qui travaille au Wallace, place Saint-Georges à Toulouse, connaît lui aussi ce phénomène : “C’est devenu un fléau pour la restauration, estime-t-il. Ce sont souvent des groupes. Le client peut aussi être seul, mais c’est plus rare.” Selon lui, cette pratique entraîne une perte d’environ 300 € par mois, notamment durant la saison estivale. Car bien évidemment, ces clients indésirables sont rarement rattrapés : “Certains se font ‘serrer’ et acceptent de régler la note en invoquant une étourderie, mais globalement on met ce délit aux pertes et profits de l’établissement.”
À lire aussi :
A Toulouse, ils improvisent un “resto basket” pour ne pas avoir à payer l’addition
Il arrive aussi, et c’est assez incroyable, que des clients aient envie de lancer une sorte de défi au restaurateur, pour le provoquer, et pas seulement par envie de manger à l’œil. “J’ai connu cela en début d’été”, raconte une restauratrice qui désire rester anonyme. “Une bande de cinq jeunes sont venus un soir fêter leur réussite au bac. Ils se sont installés en terrasse et ont beaucoup consommé. Au moment de l’addition, ils se sont levés pour se dégourdir les jambes, ont-ils dit au serveur, mais sans aller très loin. La terrasse est grande, c’était bondé et le serveur avait peu d’expérience du métier. Dix minutes plus tard, ils avaient disparu. Le lendemain, l’un d’eux est revenu régler l’addition en nous disant qu’ils avaient bien ri… C’était potache, on a récupéré notre argent, mais nous l’avons très mal vécu. On s’est sentis humiliés.”
Vidéosurveillance, vigile, etc
Face à cette filouterie, les restaurateurs se retrouvent souvent démunis, bien que ce délit soit passible de six mois de prison et de 7 500 € d’amende. Ils ne peuvent toutefois pas afficher le visage non flouté des fraudeurs, capturé par des caméras de vidéosurveillance, sous peine de s’exposer eux-mêmes à une amende pouvant aller jusqu’à 15 000 € pour atteinte au droit à l’image. Il leur reste alors à envisager d’autres mesures : faire appel à un vigile, installer des caméras ou demander une empreinte bancaire lors de la réservation. Des solutions dissuasives, mais peu appréciées dans la profession. “Venir au restaurant doit rester un plaisir”, rappelle Kevin, de L’Annexe, lui aussi confronté au phénomène du “resto basket”.