La dermatose nodulaire bovine a mobilisé les vétérinaires ruraux des Hautes-Pyrénées pendant plusieurs semaines. Leur engagement met en lumière une profession en crise, confrontée à un manque de vocations. Le docteur Guillaume Petit, vétérinaire rural à Vic-en-Bigorre, décrit l’urgence de la situation.
Ils ont été en première ligne. Début février, les vétérinaires ruraux des Hautes-Pyrénées ont été salués par la préfecture pour leur mobilisation express face à la dermatose nodulaire bovine. Pendant près de trois semaines, ils ont enchaîné les journées à rallonge, week-ends compris, pour vacciner des milliers d’animaux et éviter l’effondrement de toute une filière. Une mobilisation exemplaire, mais qui met en lumière une réalité plus fragile : celle d’un métier passion qui peine de plus en plus à attirer.
À Vic-en-Bigorre, Guillaume Petit fait partie de ces vétérinaires de terrain. À 34 ans, ce fils d’agriculteur revendique sans détour son attachement à la profession. “C’est un métier passion”, insiste-t-il. Pourtant, derrière cet engagement, les contraintes s’accumulent. “Nous sommes de moins en moins nombreux, ce qui nous oblige à assurer davantage de gardes. Une nuit sur trois, un week-end sur trois… À la longue, c’est difficilement tenable pour une vie de famille.”
En Bigorre comme ailleurs, le paysage vétérinaire a profondément changé en quelques années. Les petites structures ont laissé place à des cabinets plus importants, couvrant des zones toujours plus vastes. Résultat : des kilomètres à parcourir, jusqu’à 40 000 par an pour certains, et des délais d’intervention qui se tendent. “On doit rester capables d’intervenir en urgence en moins d’une heure. Mais avec les distances, cela devient de plus en plus compliqué”, souligne le praticien.
Trop de contraintes
Selon Guillaume Petit, cette évolution du métier s’explique en partie par une désaffection croissante pour la pratique rurale. Sur une promotion d’école vétérinaire, seuls quelques dizaines d’étudiants choisissent encore cette voie, et encore moins s’y maintiennent durablement. Beaucoup préfèrent se tourner vers la médecine canine et féline, jugée plus compatible avec un équilibre personnel.
“La qualité de vie est le premier facteur”, explique Guillaume Petit. “En canine, les horaires sont plus réguliers, les gardes moins fréquentes. En rural, on peut être appelé en pleine nuit après dix heures de travail.” Et les conséquences se font déjà sentir.
Dans certains secteurs du département, des éleveurs peinent à trouver un vétérinaire pour assurer le suivi sanitaire de leurs troupeaux. “Nous ne sommes plus en concurrence entre cabinets, on se demande plutôt qui pourra accepter de prendre un élevage”, s’inquiète Guillaume Petit, qui décrit une situation préoccupante pour tous les éleveurs.
“S’ils n’ont plus de vétérinaires autour d’eux, ils ne s’installeront pas. Le vétérinaire, c’est un appui indispensable pour la réussite d’un élevage.”
Un enjeu de santé publique
Au-delà de l’économie agricole, le manque de vocations est aussi un enjeu de santé publique. Les vétérinaires jouent un rôle clé dans la prévention des maladies, le bon usage des antibiotiques ou encore le respect du bien-être animal. “Si le maillage disparaît, on perdra en qualité de suivi, avec des conséquences directes sur la santé animale… Et humaine”, alerte Guillaume Petit.
Si des pistes existent bel et bien, comme l’ouverture récente d’une sixième école vétérinaire pour augmenter le nombre de diplômés, cela ne suffira pas. “Il faut surtout rendre l’exercice rural plus attractif, notamment en valorisant mieux certains actes ou en soutenant réellement les installations”, estime Guillaume Petit qui, avec ses deux autres collègues vétérinaires ruraux de Vic-en-Bigorre, recherchent déjà un nouveau praticien pour remplacer les futurs départs à la retraite prévus pour dans… 10 ans ! “On est obligés d’anticiper au maximum pour trouver quelqu’un. On en est là.”
En attendant, la profession tient encore grâce à l’engagement de ses acteurs. “Si je continue, c’est uniquement parce que j’aime mon métier et beaucoup les vaches”, confie-t-il. Une passion indispensable aujourd’hui, mais qui ne pourra pas, à elle seule, garantir l’avenir du vétérinaire rural.

