February 10, 2026

"On va mettre la clé sous la porte" : pourquoi la construction d’un terrain de padel à 300 000 euros sème la discorde dans un petit village

l’essentiel
À Luzech (Lot), le projet de construction d’un terrain de padel près de la gendarmerie, porté par l’entreprise Yes Yes Padel et soutenu par la mairie, suscite depuis plusieurs semaines l’opposition d’un collectif de riverains inquiets des nuisances sonores.

Le projet de construction d’un terrain de padel à proximité de la gendarmerie de Luzech (Lot) suscite des tensions. D’un côté, les riverains dénoncent un manque de concertation et redoutent des nuisances sonores, de l’autre, la mairie et l’entreprise Yes Yes Padel assurent que le projet, prévu pour l’été 2026, respecte toutes les normes et apportera un véritable bénéfice au territoire.

“J’ai investi 300 000 euros sur ce projet”

“Aujourd’hui, rien n’est signé. C’est ça qui nous stresse”, confie le collectif des riverains, inquiet de l’absence de garanties concrètes sur l’insonorisation du bâtiment. Des travaux doivent être effectués mais le collectif redoute qu’ils ne soient pas réalisés comme promis.

Le collectif s’est formé il y a quelques semaines à la suite de l’annonce du projet.
Le collectif s’est formé il y a quelques semaines à la suite de l’annonce du projet.
DDM – Laurine Méaulle

Kevin Fournier, président de Yes Yes Padel, insiste sur l’investissement réalisé et les mesures prises : “J’ai investi 300 000 euros sur ce projet. Avant, il était prévu à 200 000 euros, mais pour répondre aux préoccupations des habitants, nous avons intégré des travaux d’insonorisation. On ferme le bâtiment, on installe des vitres anti-bruit, des panneaux isolants et un bardage acoustique.”

Selon lui, l’étude réalisée par Leslie Acoustique, garantit que le bruit restera dans les limites légales. “Certains riverains veulent juste retarder le projet car ils n’en veulent pas à côté de leur habitation, mais cela ne l’empêchera pas d’avancer”, ajoute Kevin Fournier.

À lire aussi :
“Nous avons décidé de démissionner et de reverser le solde, plus de 35 000 €, à des associations” : la Foire exposition de Figeac règle définitivement ses comptes

Le futur équipement sportif doit être implanté à quelques dizaines de mètres d’habitations, dont une maison d’hôtes et les logements de la gendarmerie. “Ici, le bruit ambiant est très faible, entre 35 et 39 décibels. Avec le padel, on craint que ce soit multiplié par deux. Ce sont des bruits d’impact, très stressants pour le corps et le cerveau.” détaille Laurent Tetard, membre du collectif.

“On n’est pas contre le padel en soi, mais pas ici, pas à côté des habitations”

Les professionnels installés à proximité craignent pour la pérennité de leur activité. “Nos clients viennent ici pour le calme. Si on commence à avoir des avis négatifs à cause du bruit, c’est la fin de notre maison d’hôtes, on va mettre la clé sous la porte”, alertent Alexandre Fehr et Nathalie Fehr, gérants du site. “On sert les petits-déjeuners et les repas sur la terrasse. Si, de 8 heures à 22 heures, on entend en permanence les balles et les échanges, ce n’est pas tenable.”

Le projet de padel devrait ressembler à ce plan en 3D.
Le projet de padel devrait ressembler à ce plan en 3D.
Photo autorisée pour La Dépêche du Midi – Kevin Fournier

Au-delà du bruit, le collectif pointe d’autres problématiques : circulation, stationnement, absence de sanitaires, comportements en périphérie du site. “On n’est pas contre le padel en soi, mais pas ici, pas à côté des habitations. Le projet mérite d’être revu dans sa globalité”, résume Mathias Giraud, membre du collectif. Plusieurs riverains ont déposé un recours gracieux et demandent la suspension du projet tant que les garanties ne sont pas actées noir sur blanc.

À lire aussi :
“Je la voyais si belle, cette aventure” : clap de fin pour la gérante de la base de Caïx

Face à ces critiques, le maire de Luzech, Bernard Piaser, se veut rassurant. “On comprend les inquiétudes, notamment sur le bruit. C’est pour cette raison qu’une étude acoustique a été demandée au porteur de projet”, affirme-t-il. Selon lui, le projet initial, jugé trop ouvert, va être profondément modifié. “Avec le permis modificatif, le terrain sera totalement fermé, avec des parois isolantes et une couverture. L’étude conclut qu’avec ces aménagements, le niveau sonore est conforme aux normes de 8 heures à 22 heures.”

“On ne signera pas le bail tant que toutes les clauses acoustiques ne sont pas intégrées”

Le maire reconnaît toutefois un défaut de méthode. “On aurait sans doute dû élargir la concertation dès le départ, nous sommes allés voir les maisons placées les plus près du futur terrain. C’est un tort.” Il assure néanmoins que le porteur de projet “s’est engagé publiquement à réaliser les travaux d’isolation” et que “sans ces modifications, le projet ne verra pas le jour”.

Une vingtaine de personnes composent ce collectif.
Une vingtaine de personnes composent ce collectif.
DDM – Laurine Méaulle

Kevin Fournier réplique en insistant sur les garanties : “On ne signera pas le bail tant que toutes les clauses acoustiques ne sont pas intégrées. L’étude a été faite comme si le toit n’existait pas. Avec le toit et les panneaux, le niveau sonore sera encore plus bas. Je suis venu à Luzech pour rencontrer les riverains, expliquer l’étude et les rassurer.”

Alors que le permis modificatif n’a pas encore été déposé, la tension reste palpable. “Aujourd’hui, rien n’est signé. C’est ça qui nous inquiète”, insiste le collectif. Les prochaines semaines, avec le dépôt du nouveau permis et son instruction par la communauté de communes, seront décisives pour l’avenir du projet, et pour l’apaisement du conflit.

source

TAGS: