Niché au cœur du Lauragais, l’Atelier Bleus Pastel d’Occitanie continue de travailler cet or bleu qui a bien failli disparaître. Denise et Mariam Lambert, mère et fille, produisent chaque année des milliers de pièces aux mille bleus. À terme, elles aimeraient ouvrir une académie pour transmettre tout leur savoir acquis au fil des ans.
À Roumens, dans le Lauragais, le bleu n’a pas pâli. Dans l’atelier discret de Denise et Mariam Lambert, les cuves fonctionnent encore doucement, surveillées comme au premier jour de l’Atelier Bleus Pastel d’Occitanie.

Denise Lambert a mille vies, et n’aurait pas pensé au départ se tourner vers le travail du pastel. Américaine de naissance, élevée en France au gré des affectations militaires de son père, elle épouse Henri, Belge, avec qui elle ouvre une galerie d’art dans les Ardennes. Puis vient l’appel du soleil. Direction le Gers, avant une installation définitive à Roumens en 2018.
Avec Denise, les anecdotes fusent : sur sa rencontre avec le pastel, mais aussi celle avec Joséphine Baker, des collaborations avec des grands musées, couturiers… et même des histoires familiales liées à Al Capone ! Denise raconte tout cela avec humour, sans jamais se prendre au sérieux.

“Je suis une puriste”
Le pastel, en revanche, ne souffre aucune approximation. Quand le couple débute, il n’y connaît rien. Le travail de l’or bleu n’était d’ailleurs pas le projet initial. Mais à leur installation dans le Gers dans ancienne tannerie aux volets bleus, au bord de l’eau, change tout. Séduits par cette teinte, ils décident d’en percer les secrets.
Et l’histoire aussi. Même si Denise Lambert n’a pas toutes les réponses, elle a passé des centaines d’heures à recouper des documents historiques sur le rapport des Romains à la couleur bleu, l’amour des Rois de France pour celle-ci…
À l’époque, le pastel se fait rare. Ils trouvent des graines, chères, convainquent un agriculteur local d’en cultiver, et se lancent dans cinq années de tests acharnés. Tissu, cuves, pression atmosphérique : la moindre variation peut faire échouer le processus.

Aujourd’hui, l’activité se poursuit à Roumens, avec Mariam Lambert, davantage tournée vers la teinture. Dans cet atelier aux quelques cuves seulement, elles travaillent majoritairement pour des professionnels : musées, usines, festivals – dont Cannes – studios de cinéma. “On travaille comme au XVIIᵉ siècle : 95 % pastel, 5 % indigo”, précise Denise. “Je ne saurais pas faire autrement. Je suis une puriste.”
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Ici, le bleu est partout. Sur les vêtements de travail, dans les pièces exposées à l’entrée – robes vikings, costumes, écharpes, œuvres d’art. Malgré la petite taille de l’atelier, mère et fille peuvent produire jusqu’à 7 000 pièces aux couleurs strictement identiques. “Ça demande de l’œil”, sourit Denise, qui n’hésite pas à saisir son “bâton de sorcière” pour oxygéner une cuve. “Elle peut virer en trois secondes.”

Une académie du pastel
Si Denise accueille déjà des groupes toute l’année et forme des stagiaires venus du monde entier, l’ambition grandit : trouver un local plus vaste pour créer une académie du pastel. “Il y a une vraie demande, il ne faut pas que ce savoir se perde”, affirme Mariam. Un savoir-faire français, insiste Denise, “reconnu dans le monde entier”, et dont peuvent naître de nombreux métiers, du textile aux musées, du cinéma à l’agriculture.

Dans ce petit village du Lauragais en tout cas, la magie continue d’opérer, à taille humaine.

