Une manifestation contre les licenciements massifs au « Washington Post », le 5 février 2026. HEATHER DIEHL / GETTY IMAGES VIA AFP
Le « Washington Post » a annoncé samedi 7 décembre le départ immédiat de son directeur général et directeur de la publication Will Lewis, quelques jours après un vaste plan de suppressions d’emplois qui a ébranlé ce pilier du journalisme américain détenu par Jeff Bezos.
L’annonce d’un plan de suppression mercredi, d’environ 300 journalistes sur 800 selon les médias, a créé un choc, dans un contexte de rapprochement du propriétaire du journal et fondateur d’Amazon Jeff Bezos avec Donald Trump, un président qui attaque la presse traditionnelle depuis son retour au pouvoir.
• Lewis remplacé par Jeff D’Onofrio, directeur financier du « Washington Post »
Dans un courriel adressé au personnel et révélé sur les réseaux sociaux par l’un des journalistes du quotidien, Will Lewis déclare qu’« après deux années de transformation du “Washington Post”, c’est le bon moment » pour lui de « se retirer ». Il est remplacé immédiatement par Jeff D’Onofrio, directeur financier du « Washington Post » depuis l’année dernière après une carrière dans les plateformes et la publicité numériques, a annoncé le journal. Le Britannique Will Lewis, ancien journaliste qui avait obtenu un scoop historique à la fin des années 2000 sur les dépenses des parlementaires au Royaume-Uni, avait été nommé avec la mission de redresser la barre du quotidien historique.
• La main de Jeff Bezos
Le « Washington Post », qui a à son actif la révélation du scandale du Watergate et de multiples prix Pulitzer, est en crise depuis plusieurs années. Durant le premier mandat de Donald Trump, le journal s’était plutôt bien porté grâce à sa couverture jugée sans concession. Mais quand le milliardaire républicain avait quitté la Maison Blanche, l’intérêt des lecteurs s’était émoussé et les résultats ont commencé à dégringoler. Le journal perd de l’argent depuis plusieurs années, selon la presse.
Il avait subi une hémorragie d’abonnés lorsque sa direction a refusé de prendre parti avant la présidentielle de 2024, remportée par Donald Trump. Selon le « Wall Street Journal », le « Washington Post » a perdu 250 000 abonnés numériques après s’être abstenu d’apporter son soutien à la candidate démocrate et le journal a perdu environ 100 millions de dollars en 2024 en raison de la baisse des revenus publicitaires et des abonnements.
Beaucoup y ont vu la main de Jeff Bezos, qui, trois mois plus tard, s’est affiché au premier rang lors de la cérémonie d’intronisation de Donald Trump, et dont le groupe Amazon a financé le documentaire Melania dédié à la première Dame. Donald Trump, lui, ne cache jamais son mépris pour le journal, comme dans la soirée du samedi 7 février où il a déclaré « Le Washington Post est nul et vous, vous avez une très mauvaise attitude », à une journaliste.
• Des services supprimés et des centaines de journalistes licenciés
Le « Washington Post » a licencié mercredi des centaines de journalistes. Le quotidien n’a pas révélé le nombre de postes supprimés, mais environ 300 journalistes sur 800 seraient concernés, selon le « New York Times ». Une grande partie des correspondants à l’étranger, dont l’intégralité de ceux couvrant le Moyen-Orient ainsi que ceux en Russie et en Ukraine, ont été licenciés. Les services des sports, des livres, du podcast, des pages locales ou de l’infographie sont aussi particulièrement touchés voire presque intégralement supprimés. « C’est l’un des jours les plus sombres de l’histoire » du journal, avait regretté sur Facebook Martin Baron, ancien rédacteur en chef du journal et figure du journalisme américain.
« A un moment où on assiste à des attaques sans précédent contre la presse, ainsi qu’à un sentiment négatif envers les journalistes simplement parce qu’ils font leur travail, il est dangereux de réduire les effectifs de cette façon », estime auprès de l’AFP Michael Brice-Saddler, qui couvrait la capitale américaine pour le journal avant d’être licencié. « Ces coupes ne sont pas la faute de nos équipes, et pourtant ce sont elles qui en paient le prix fort. Elles perdent des moyens, elles perdent la capacité de raconter des histoires qui comptent pour Washington », ajoute-t-il.

