February 2, 2026

Municipales 2026. Narcotrafic : les maires en première ligne

l’essentiel
Le narcotrafic s’étend désormais aux villes moyennes et zones rurales en France. En 2025, 57 000 personnes ont été mises en cause, marquant une hausse de 8 %. Les maires, en première ligne, réclament une réponse collective.

La progression du trafic de stupéfiants en France a, d’évidence, franchi un seuil ces dernières années. Longtemps cantonné à quelques grands pôles urbains, le narcotrafic irrigue désormais l’ensemble du territoire, jusqu’aux villes moyennes et aux bourgs des zones rurales.

Et à mesure que les réseaux se déplacent et se recomposent, les maires se retrouvent désormais et plus que jamais en première ligne, confrontés à une insécurité qu’ils n’avaient pas anticipée et contre laquelle ils n’ont pas les moyens d’agir seuls.

Villes moyennes, bourgs ruraux et territoires périurbains

Le rapport sénatorial sur “La France dans le piège du narcotrafic“, remis en mai 2024 par Jérôme Durain (PS) et Etienne Blanc (LR), a bousculé le débat et fait prendre conscience de l’ampleur du phénomène. Il a établi que le trafic n’est plus seulement le fait de mafias étrangères, mais de groupes français structurés, capables d’opérer sans limites territoriales ni retenue dans l’usage de la violence.

L’un des enseignements majeurs du rapport tient à l’extension géographique du phénomène : villes moyennes, bourgs ruraux et territoires périurbains sont désormais pleinement intégrés aux circuits de distribution. La généralisation des livraisons à domicile a, de plus, fait disparaître la frontière entre espaces urbains et campagnes.

Les statistiques 2025 du ministère de l’Intérieur.
Les statistiques 2025 du ministère de l’Intérieur.
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Cette mutation se traduit dans les derniers chiffres de la délinquance du ministère de l’Intérieur, publiés jeudi dernier. En 2025, le nombre de personnes mises en cause pour usage de stupéfiants augmente de 6 %, après une hausse déjà spectaculaire de 11 % en 2024.

Sur le long terme, la tendance est sans équivoque : plus de 300 000 mis en cause en 2025, contre environ 5 000 au début des années 1970. Le trafic suit la même dynamique, avec près de 57 000 mis en cause recensés en 2025, soit une progression de 8 % sur un an. Ces données confirment l’ancrage du narcotrafic dans le quotidien des territoires, bien au-delà des grandes métropoles.

Conséquences sociales et sanitaires

Sur le terrain, les maires ruraux et de petites villes décrivent une réalité souvent invisible mais profondément déstabilisante. Routes secondaires utilisées comme axes logistiques, consommation qui se banalise, réseaux venus des grandes agglomérations : aucun territoire ne semble désormais à l’abri. Les élus alertent également sur les conséquences sociales et sanitaires, dans des communes où les moyens de prévention et de soin sont déjà fragiles. La baisse du prix de certaines drogues, notamment la cocaïne, contribue à élargir le public des consommateurs et à ancrer durablement ces pratiques.

Face à cette situation, les édiles ont exprimé lors de leur dernier congrès une vive inquiétude, mêlée à un sentiment de responsabilité sans véritable levier d’action directe. Si, en effet, la lutte contre le trafic ne relève pas de leurs compétences premières, ils sont en revanche les premiers interlocuteurs des habitants. Cette pression locale explique la demande récurrente d’un renforcement de la coopération avec l’État, la gendarmerie et les services spécialisés, mais aussi d’un meilleur accès aux outils de prévention et d’accompagnement.

L’objectif de désorganiser durablement les réseaux

La réponse des pouvoirs publics s’organise désormais de manière plus collective. La loi du 13 juin 2025 a redéfini le rôle des préfets et renforcé l’articulation avec les maires, dans une logique de reconquête territoriale. Pouvoirs administratifs élargis, fermetures de points de deal, coordination accrue avec les forces de sécurité : l’objectif est de désorganiser durablement les réseaux et de réduire leur emprise locale. Cette stratégie s’accompagne d’un soutien méthodologique aux communes, notamment via la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives.

Malgré la gravité du constat, un élément tranche : l’état d’esprit des Français. Selon les enquêtes d’opinion, l’inquiétude est massive – un quart des personnes interrogées déclare vivre à proximité d’un lieu de deal, un taux qui grimpe à 33 % dans les grandes agglomérations – mais l’optimisme progresse.

Près de trois quarts des Français estiment désormais possible de réduire fortement le trafic à condition de mobiliser les bons moyens. Cet espoir, partagé dans tous les territoires, donne une portée particulière aux nouvelles politiques engagées et rappelle que, face à un phénomène désormais profondément enraciné, la réponse ne peut être ni ponctuelle comme les opérations “Place nette XXL”, ni strictement sécuritaire, mais collective, continue et lisible. Les maires sont en première ligne mais c’est bien toute la société qui doit se mobiliser pour enrayer la spirale du narcotrafic.

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