Vice-président de la région Occitanie depuis dix ans, Kamel Chibli dresse le bilan de la grande région, alerte sur la crise agricole, défend le développement économique de l’Ariège et évoque, sans l’officialiser, la perspective des sénatoriales.
Dix ans déjà. La grande région est née, la carte a changé, les habitudes aussi. Avec le recul, quel bilan tirez-vous de cette décennie à l’exécutif régional ?
Dix ans, c’est à la fois peu et beaucoup. L’Occitanie s’est affirmée et s’est fait un nom. Ensemble, avec Carole Delga, nous avons bâti une région qui n’existait pas. Aujourd’hui, elle est reconnue pour sa capacité à agir, à investir massivement dans les transports, la réindustrialisation des territoires, la transition énergétique, et bien plus encore.
Le bilan est positif : nous avons rapproché l’Occitanie de ses territoires, créé les Maisons de Ma Région pour être au plus près des habitants et mis en place des politiques de gratuité inédites : transports scolaires, ordinateurs pour les lycéens, train à 1 €.
Malgré nos efforts pour protéger nos territoires, l’inquiétude des Français persiste. Notre responsabilité, en tant qu’élus, est de répondre à leurs préoccupations, mais aussi de proposer un avenir serein et porteur d’espoir. L’état doit nous faire plus confiance, redonner du pouvoir aux collectivités locales qui sont plus proches des habitants et en capacité d’apporter des solutions concrètes
Justement, comment l’Ariège se distingue-t-elle en Occitanie ?
L’Ariège est un trésor. Avec son cadre naturel exceptionnel, sa qualité de vie et sa proximité avec Toulouse, notamment en lien avec l’aéronautique, qui nous permet de soutenir l’emploi. Le département a tous les atouts pour réussir, à commencer par la richesse de ses territoires et de ses habitants. Pourtant, certains défis persistent : taux de chômage, dynamisme économique, démographie, offre d’hébergement touristique et la sauvegarde du pastoralisme.

Un exemple de projets ?
Nous avons soutenu les différents projets des communes et des intercommunalités, parce que sans elles, rien n’est possible. Comme l’usine de géotextile biosourcé à Laroque-d’Olmes, preuve qu’une réindustrialisation intelligente et créatrice d’emplois est possible. J’en profite pour remercier les maires et tous les élus locaux qui se sont investis et s’investissent pour développer leurs villages afin d’offrir des services de proximité.
Nous avons participé à la rénovation du château de Foix et maintenant Montségur, qui vient d’obtenir le label Grand Site de France, accompagné les commerçants et les artisans dans leur développement économique et je veux remercier l’ensemble des chefs d’entreprise qui se battent au quotidien pour maintenir et développer l’emploi. L’Ariège avance, et c’est tous ensemble qu’on la fera encore progresser, en se serrant les coudes, comme dans nos associations sportives et culturelles que nous soutenons et qui sont la preuve de la vitalité de notre département.
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La crise agricole a récemment secoué la région. Quel regard portez-vous sur cette colère ?
La colère des agriculteurs est légitime. La DNC a juste mis en lumière un mal ancien. Ils demandent à vivre dignement de leur travail et à être respectés. La gestion par la ministre de l’Agriculture a été catastrophique et méprisante, totalement déconnectée du terrain. Ici, on parle d’une agriculture de montagne, d’élevage, de transhumance, de petites exploitations qui structurent le territoire. C’est un équilibre qui reste très fragile et qui doit être soutenu.
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Concrètement, quelles solutions ?
Depuis 2016, la Région Occitanie a doublé le budget de l’agriculture, le passant de 30 à 74 M€, avec 9 € par habitant, soit le double de la moyenne nationale. Face à la crise de la DNC, je me suis engagé à favoriser l’achat de produits comme les “veaux rosés” pour approvisionner les restaurants scolaires de nos lycées, afin de soutenir les éleveurs qui souffrent, sécuriser les revenus et pérenniser leur activité.
Ce n’est pas symbolique, ensemble nous pouvons transformer cette crise en opportunité comme disait récemment Philippe Lacube président de la chambre d’agriculture lors d’une réunion. Mais il faut aller plus loin : écouter, considérer et agir… La souveraineté alimentaire, ce n’est pas un concept, c’est notre avenir. Acheter local n’est pas un slogan, c’est un acte politique et économique que la Région fait depuis ses débuts et que nous continuerons.
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On vous prête des intentions pour les sénatoriales. La confiance accordée par les élus du Parc naturel régional vous conforte-t-elle ?
La ratification de la charte du PNR par les 160 communes est une fierté collective. Elle nous oblige à être à la hauteur des attentes des communes et j’ai une pensée à cet instant à mon prédécesseur André Rouch. Concernant la question des sénatoriales, qui auront lieu en septembre prochain, il faut déjà laisser passer les municipales de mars, mais ce n’est un secret pour personne qu’il y a six ans j’ai été sollicité pour y aller et que j’avais, au dernier moment, refusé par fidélité et loyauté à Carole Delga ; il fallait consolider notre région Occitanie.
Aujourd’hui, il est peut-être donc temps que je donne à l’Ariège 100 % de mon temps, en accompagnant l’ensemble des élus locaux dans leurs fonctions, en leur apportant mon expérience, mon soutien et mon savoir-faire.
Mais je ne me précipiterai pas, il y a des échéances à venir. Ensuite il y aura des discussions avec mes amis maires, mon parti et les militants auxquels je suis attaché et que je respecte profondément. La politique, ce n’est pas une aventure individuelle, mais une aventure collective. Ce que je sais, c’est qu’aujourd’hui, je veux rendre aux élus ce qu’ils m’ont donné depuis 2001, date de mon premier mandat de conseiller municipal à Lavelanet au côté de Jean-Pierre Bel.
Quels sont les grands projets d’ici 2028 ?
L’emploi reste notre priorité. Nous continuerons à développer l’économie, l’agriculture de proximité, les mobilités et la rénovation des lycées, le soutien aux projets des communes. Nous recrutons aussi des médecins dans les déserts médicaux, parce que l’accès aux soins est un droit. L’Ariège a tout pour réussir, à condition de croire en son potentiel et en son avenir.

