La tendance “No-Kids” suscite un vif débat en France. Alors que la SNCF propose désormais une classe premium excluant les enfants, les avis divergent. Certains y voient une solution offrant la tranquillité, rapportant être régulièrement dérangés par des jeunes agités. D’autres dénoncent une forme de discrimination. Certains parents confient même leurs inquiétudes face à cette nouvelle exclusion des familles, racontant se sentir constamment jugés et stigmatisés. Témoignages.
C’est le débat brûlant de cette rentrée. Alors que la tendance “No-Kids” prend de l’ampleur, sa démocratisation au sein de notre société interroge, scandalise même parfois. La demande pour des espaces “sans enfants” s’est multipliée ces dernières années, parallèlement à la chute de la natalité dans le pays.
Le “no-kids” est même devenu un critère de réservation pour certains, poussant de plus en plus d’établissements à se plier à cette requête. Ainsi, en effectuant une recherche sur le site Booking, vous pouvez cocher la case “Réservé aux adultes”. Quelques compagnies réservent des espaces aux plus de 16 ans. Récemment, la SNCF a lancé une classe affaires excluant les enfants, “pour garantir un maximum de confort”, suscitant de vives réactions. “Lorsqu’on donne le sentiment que le confort des adultes passe par l’absence d’enfant, c’est choquant”, a réagi la haute-commissaire à l’Enfance, Sarah El Haïry.
“Les parents s’en fichent”
Pourtant de nombreux usagers l’accueillent joyeusement. “J’ai l’habitude d’étudier dans le train et le silence est facilitateur de concentration, confie Armand*, un étudiant de 25 ans qui se dit régulièrement “dérangé” par le “bruit” ou “les coups de pied”. Béatrice*, 63 ans, profite de son trajet à Lyon où elle rend visite à son fils “pour bouquiner”. “Je ne peux pas lire pendant 4 heures parce qu’il y a du bruit, des cris, des pleurs. C’est horrible. Les gamins courent et sautent partout. Et ce que je regrette, c’est que les parents s’en fichent. Ils ne savent pas tenir leurs enfants”, témoigne cette habitante du Tarn. Elle se souvient encore de cette fois où elle a osé dire “stop” à un bambin turbulent : “Je me suis presque fait agresser par le papa.” Elle pointe du doigt des “parents démissionnaires” et une “éducation positive” devenue selon elle trop laxiste, qui a abouti à l’évènement d'”enfants rois”. “Si la SNCF a pris cette décision, c’est qu’il y a pas mal de personnes qui doivent se plaindre”, estime-t-elle. Elle espère voir ces espaces “se généraliser au-delà des trains”.
Une “discrimination”
Pour Dorothée*, 42 ans, c’est une forme de “discrimination”. “La prochaine étape, c’est quoi ? Des wagons interdits à une nationalité ? À une couleur de peau ? À une tendance sexuelle ?”, s’interroge-t-elle. Elle aussi était souvent gênée par ce chahut juvénile. Mais devenir mère a totalement métamorphosé sa perception de ces situations. Désormais, c’est elle qui se sent régulièrement jugée. Comme cette fois dans la salle d’attente du médecin où ses jumeaux de deux ans ont eu un boost d’énergie après avoir patienté une heure : “J’ai eu le droit à des regards de travers parce qu’ils bougeaient, ils chouinaient. Pourtant, j’avais prévu des jeux, des livres…”
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Caroline, 36 ans, a dû faire face aux regards moralisateurs chez le dentiste. “J’ai reçu des remarques assez virulentes car mon fils pleurait de peur dans la salle d’attente”, se remémore-t-elle. Elle voit dans ces nouvelles offres une simple stratégie marketing. “Ne pas accepter d’enfants, ça ne coûte rien à un hôtel. Par contre, eux vous vendent cette option comme un service supplémentaire.” Une stratégie qui joue selon elle sur une forme de nostalgie, un certain “c’était mieux avant”. “Il y a cette idée que les enfants d’aujourd’hui sont pires, qu’ils sont mal élevés parce qu’on est des parents laxistes. En soi, un enfant a toujours eu besoin de bouger, de faire du bruit. Mais ils étaient plus nombreux donc c’était beaucoup plus accepté. Les enfants pouvaient aller plus facilement dehors, pouvaient plus jouer, regrette la jeune mère. Aujourd’hui, nos enfants sont de plus en plus enfermés parce qu’on a peur de tout. Et en même temps, dans les endroits clos, ils ne peuvent rien faire parce que sinon, ils sont mal regardés.”
“Créer des espaces pour les enfants” plutôt que les exclure
Dorothée regrette le manque d’empathie de certains alors même que “tout le monde a été enfant”. “On attend d’un enfant dont le cerveau est en développement d’avoir un comportement et une réflexion d’adulte. De rester plusieurs heures en silence sans bouger dans un train où il n’y a rien à faire. On peut comprendre que ces endroits soient sources de tension pour eux”, souligne la quadragénaire. Exclure les enfants de certains espaces “ne règle pas le problème de fond”, soutient-elle, le train n’étant “toujours pas adapté” aux plus jeunes passagers. Il faudrait plutôt “créer des espaces” qui “permettraient de canaliser leur énergie” : “Dans les fast-foods, les enfants sont dans les espaces de jeux et personne n’est dérangé.”
Plutôt qu’une classe sans enfant, la création d’un “wagon famille”, avec “un espace dédié au jeu, à la créativité, au bruit” lui semble plus judicieuse. “Deux problèmes seraient réglés : l’enfant impatient et la tranquillité des autres voyageurs. Ne restera plus qu’à régler le problème des adultes qui se permettent des discussions au téléphone ou des réunions en visioconférence. Comme quoi, ce n’est pas toujours l’enfant le problème !”, conclut-elle avec ironie.
*les noms ont été modifiés

