January 31, 2026

"La possibilité de le voir fermer me rend triste"… Placé en redressement judiciaire, quel avenir pour le magasin Bouchara de la place du Vigan à Albi ?

l’essentiel
Institution de l’hypercentre albigeois, le magasin de décoration et de linge de maison Bouchara fait face à l’annonce du placement en redressement judiciaire de son enseigne nationale. Entre l’inquiétude perceptible des clients et l’optimisme mesuré de la direction locale, l’enjeu est de taille pour la boutique albigeoise.

C’est une silhouette familière, un point de repère immanquable pour quiconque traverse la place du Vigan. Depuis 2003, le magasin Bouchara et son enseigne en briques rythment la vie commerciale de nombreux Albigeois. D’abord sous l’enseigne Eurodif, avant de devenir officiellement Bouchara en 2017 — point d’orgue d’une collaboration historique débutée en 1992 entre les deux entités — le magasin, également présent à Castres, s’est imposé comme un emblème de la vie commerçante locale.

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Ce jeudi, à la veille d’une audience cruciale devant le tribunal des activités économiques de Paris, l’ambiance entre les rayons soigneusement agencés demeurait calme. Océane Gonzalez, directrice du site d’Albi depuis trois ans, abordait la situation nationale de l’enseigne avec lucidité et sérénité. Pour elle, il n’y a “pas forcément d’inquiétude à avoir”.

L’avenir de l’enseigne albigeoise est entre les mains du tribunal de Paris.
L’avenir de l’enseigne albigeoise est entre les mains du tribunal de Paris.
DDM – EMILIE CAYRE

Si le groupe Bouchara justifiait sa demande de redressement judiciaire du 21 janvier dernier par un environnement de marché “durablement contraint” et une baisse de la consommation des ménages, le magasin albigeois semble tirer son épingle du jeu. “Le magasin est rentable”, assurait la directrice, précisant que cette situation n’est pas généralisée à l’ensemble du réseau. Sans prétendre lire l’avenir, cette solidité financière locale nourrit l’espoir d’un horizon dégagé pour le point de vente et ses huit salariés (541 au total, employés dans les 52 magasins français).

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Audience décisive au tribunal

Ce vendredi 30 janvier, lors d’une audience très attendue, deux scénarios majeurs ont été examinés par la justice. Le premier est celui d’un plan de continuation : la direction actuelle conserverait la gestion de l’enseigne et s’engagerait à rééchelonner les dettes sur une durée de dix ans, tout en repensant un modèle économique plus pérenne. Le second scénario envisagé est celui d’un plan de cession, ouvrant la voie à d’éventuels repreneurs externes dont les offres seraient arbitrées par le tribunal.

Dans les allées du magasin, entre parures de lit et services de vaisselle, les clients profitaient des soldes, tout en échangeant autour de la situation de l’enseigne. Pour Sophie, cliente fidèle, l’émotion se mêlait à la reconnaissance de la qualité : “Ce serait une très mauvaise nouvelle si Bouchara venait à disparaître. Ce n’est pas vraiment donné, mais la qualité des produits est largement au-dessus du lot.”

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Un sentiment partagé par Claudine, qui arpente la boutique avec une pointe de nostalgie anticipée. “La possibilité de voir Bouchara fermer me rend triste, confie-t-elle. J’aime y passer du temps, même sans forcément acheter. La boutique est soignée et les vendeuses sont toujours attentionnées.”

D’autres enseignes fragilisées à Albi

La situation de Bouchara s’inscrit dans un contexte commercial local fragilisé. Ces derniers mois, plusieurs enseignes emblématiques ont connu des difficultés similaires. Le Starbucks de la place du Vigan et le magasin Okaïdi de la place Lapérouse ont également été placés en redressement judiciaire. En périphérie, le magasin Jennyfer de la galerie marchande du Leclerc au Séquestre a définitivement fermé ses portes à la fin de l’année dernière.

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Alors que le tribunal doit rendre ses premières orientations, les regards restent tournés vers la place du Vigan. Le maintien de cette “locomotive commerciale” est jugé vital par les acteurs locaux pour l’attractivité du cœur d’Albi, à l’heure où les commerçants physiques doivent lutter contre l’essor du e-commerce et la concurrence des géants de la “fast-déco” comme Shein, Action ou Temu.

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