Chantier de l’autoroute A69, financement de la ligne à grande vitesse (LGV) entre Toulouse et Bordeaux, manifestations agricoles, délinquance… Le préfet de Haute-Garonne et d’Occitanie, Pierre-André Durand fait le point sur les grands dossiers régionaux.
Début 2026, l’État fait le point sur ses priorités en Occitanie, avec un focus sur la Haute-Garonne et Toulouse. Démographie record, tensions agricoles, grands chantiers d’infrastructures, sécurité et préparation des municipales rythment les prochains mois.
Vous parlez d’un dynamisme démographique exceptionnel en Occitanie. Quels chiffres retenez-vous, et Toulouse est-elle déjà la 3e ville de France ?
Au 1er janvier 2026, l’Occitanie comptera 6 124 653 habitants, soit + 46 592 en un an. C’est la 4e région la plus peuplée, et la hausse est particulièrement marquée en Haute-Garonne avec + 18 133 habitants. Pour Toulouse, oui, dans la réalité, elle est probablement déjà troisième. Mais ce n’est pas encore officiel, parce que les chiffres publiés au 1er janvier 2026 correspondent à des comptages réalisés environ deux ans avant. Il faudra donc attendre encore un à deux ans pour que l’écart soit acté dans les publications statistiques.

Malgré un contexte international incertain, vous parlez d’une économie résiliente. Sur quoi vous fondez-vous ?
On a des indicateurs plutôt solides. L’emploi salarié se maintient et ne recule que de 0,2 % sur un an. Les créations d’entreprises restent très dynamiques : 104 000 sur un an, soit + 2 % par rapport à l’année précédente. Les défaillances, elles, se stabilisent à un niveau élevé, avec encore + 4 %. Mais on voit aussi une activité partielle plutôt en baisse, ce qui est un signal. Bref, la situation est exigeante, mais nos entreprises obtiennent de bons résultats, portées par de grandes filières : aéronautique, spatial, santé, agroalimentaire, et plus largement tout l’écosystème d’innovation.
Mais vous insistez aussi sur les fragilités sociales. Où en est-on en Occitanie, et en Haute-Garonne ?
Les difficultés restent réelles. Le taux de chômage régional est à 9,2 %, contre 7,5 % au niveau national. Le taux de pauvreté est à 17,5 %, soit environ trois points au-dessus de la moyenne nationale. Et si je zoome sur la Haute-Garonne, on observe une hausse des bénéficiaires du RSA d’environ 3,3 %. Donc oui, on a une région tirée par sa démographie et ses filières, mais il faut livrer des logements, créer des emplois nets et éviter que les écarts sociaux ne s’installent.
L’agriculture a occupé l’actualité avec la dermatose nodulaire contagieuse. Où en est le dossier, entre abattage et vaccination ?
La région, et les départements, ont été très concernés. Deux points ont cristallisé les tensions : le protocole d’abattage total et la vaccination. Sur le protocole, l’État n’a pas de désaccord de principe pour aller vers un abattage sélectif, mais à condition que ce soit validé scientifiquement. C’est ce qui a conduit la ministre, le 23 décembre dernier, à saisir le CIRAD pour expertiser dans quelles conditions un abattage sélectif serait possible, notamment une fois l’immunité collective atteinte. Ce travail est en cours, mais il demande plusieurs mois : ce n’est pas le rythme que souhaite la profession. Sur la vaccination, en revanche, l’État a déployé des moyens considérables : vétérinaires libéraux, vétérinaires retraités, élèves vétérinaires de l’école de Toulouse, vétérinaires des SDIS, vétérinaires des armées… L’objectif, c’était d’aller vite pour protéger les cheptels et pouvoir, ensuite, rouvrir les mouvements d’animaux.
“Dermatose nodulaire : les signaux sont bons”
Concrètement, est-ce que tous les cheptels ont été vaccinés ?
Les taux varient selon les départements, mais les huit départements concernés ont été traités. En Haute-Garonne, 97 % des bovins ont été vaccinés, couvrant 95 % des élevages. C’est un point clé, parce qu’on considère l’immunité collective atteinte quand on dépasse 75 % des bovins vaccinés tout en représentant 95 % des élevages. On peut donc dire que, chez nous, l’immunité collective est atteinte. C’est un préalable à la levée de la zone réglementée, pour permettre à nouveau la circulation et l’exportation. Sur le calendrier, on nous indique une reprise possible autour du 20 février 2026 pour la Haute-Garonne, mais il faut regarder les délais réglementaires précis.
Avec ce niveau de vaccination, considérez-vous que la crise sanitaire est derrière nous ?
On l’espère, évidemment, mais on doit attendre les délais. Il y a un délai d’environ 28 jours pour que le vaccin produise pleinement son effet, et un autre délai, lié au dernier foyer, qui nous amène vers la seconde quinzaine de février. Certains cheptels ont été vaccinés avant Noël, d’autres beaucoup plus récemment. Pour l’instant, les signaux sont bons : on n’observe plus, au moment où l’on se parle, de nouvelles suspicions. Maintenant, la prudence s’impose : il faut que la situation tienne dans la durée pour sortir proprement du cadre réglementaire.
Au-delà de cette crise, vous appelez les agriculteurs à travailler sur les dossiers : lesquels, et à quelles échéances ?
Il y a trois rendez-vous. D’abord, à court terme, la loi d’urgence agricole annoncée par le Premier ministre : j’ai invité les organisations syndicales à produire des propositions, idéalement d’ici la mi-février, puisque le gouvernement doit en présenter les grandes lignes au Salon de l’agriculture. Ensuite, il y a la démarche Occitanie, territoire d’expérimentation, annoncée par le président de la République le 12 novembre 2025 à Toulouse. L’idée, c’est de faire remonter des mesures législatives ou réglementaires sur les irritants du quotidien : eau, irrigation, seuils, surtranspositions… Les syndicats et chambres d’agriculture doivent remettre leurs propositions d’ici le 3 avril, et je ferai remonter une copie au gouvernement au plus tard à l’été. Enfin, on prépare la prochaine PAC, pour 2027, avec un travail déjà engagé avec la Chambre régionale d’agriculture.

Après les affrontements entre agriculteurs et forces de l’ordre à Toulouse, estimez-vous que le dialogue est rompu ?
Non. La preuve : ils sont venus me voir et je les ai reçus à l’issue de la manifestation, à la fois la Coordination rurale et l’intersyndicale. On a pu dialoguer, et je les ai incités à se placer sur le travail de fond. En revanche, j’ai rappelé un point simple : quand on signe un engagement, on le respecte. Les organisateurs s’étaient engagés par écrit sur un parcours, un horaire, et une manifestation pédestre, sans tracteurs. Aucun de ces points n’a été tenu : dès 5 h du matin, des tracteurs se présentaient à Jean-Jaurès et du côté de Colomiers, et le cortège a cherché à sortir du parcours pour aller vers le centre-ville. Les forces de l’ordre ont fait respecter le périmètre ; quand le barrage a été forcé, il y a eu usage de la force après sommations. Tout cela est documenté. Je le dis aussi parce qu’en Occitanie, on a connu des millions d’euros de dégâts, des accidents graves, des blessés graves : ça change la donne par rapport à d’autres régions. Mon souci, c’est l’apaisement et le retour au concret.
“Arbres abattus sur la route : ce ne sont pas des militants écologistes”

Le 15 janvier, des arbres ont été abattus sur une route avec un message vous visant. L’enquête avance-t-elle ?
Il faut distinguer le ressenti et l’enquête. Sur le ressenti, nous ne croyons pas un instant à une action de militants écologistes : à proximité de l’A69, on est plutôt sur des mobilisations qui veulent éviter qu’on coupe des arbres, pas l’inverse. Pour le reste, il y a une enquête judiciaire en cours. Je ne vais pas commenter : ce sont les investigations qui permettront, je l’espère, d’identifier les responsables. Mais ce type de dérive explique aussi pourquoi, quand on nous demande d’autoriser des manifestations, on est particulièrement attentifs au risque d’ordre public.
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Justement, sur les dégâts des dernières mobilisations, avez-vous une estimation en Occitanie ?
Je suis en train de solliciter les départements pour un chiffrage précis, qui sera rendu public. À ce stade, je pense qu’on tourne autour d’une dizaine de millions d’euros, mais je le dis avec prudence tant que les chiffres ne sont pas consolidés. Et il faut garder en tête une chose : au final, ces dégâts, c’est le contribuable qui les paie.
Avec l’arrivée de nouveaux habitants, le logement devient un sujet central. Avez-vous un déficit qui se creuse ?
C’est un défi considérable, mais 2025 a été plutôt positive, et 2026 doit amplifier. On a validé le financement de 11 000 logements sociaux en 2025, ce qui est un chiffre important. En parallèle, on agit sur l’existant : 2 315 logements sociaux ont été rénovés sur le plan énergétique, pour 18,5 millions d’euros. Et on a engagé — avec un effet qui mord sur 2026 — la rénovation d’environ 13 000 logements privés, notamment pour traiter les passoires thermiques. Le gouvernement a annoncé un plan national de relance du logement : construction et rénovation doivent être soutenues, avec des simplifications et de nouveaux leviers, mais le débat parlementaire n’est pas encore stabilisé, donc j’attends d’avoir le contenu définitif avant d’en dire plus.
“Pour l’A69, le calendrier sera respecté”
Sur les mobilités, l’A69 reste très polémique. Où en est le chantier, et quand est attendue la mise en service ?
Les chantiers se poursuivent, et les calendriers recalés seront respectés : l’autoroute est censée être livrée fin 2026. Sur le plan juridique, je veux lever les amalgames. La cour administrative d’appel a, dans un arrêt de fin décembre [NDLR : date exacte à confirmer], validé l’autorisation environnementale et donc la raison impérative d’intérêt public majeur du projet : cela lève l’obstacle principal à sa réalisation. Par ailleurs, il existe un contentieux pénal visant le concessionnaire sur des dépassements d’emprise autorisée — dépôts de terre, modalités d’exécution. Là, il y a des sanctions administratives et pénales, et l’objectif est clair : remettre le chantier en conformité et restaurer ce qui doit l’être. Mais il ne faut pas confondre la légitimité du projet, jugée par la juridiction administrative, et des manquements d’exécution qui doivent être corrigés.
Quel est l’état d’avancement des projets ferroviaires ?
On a d’abord la ligne nouvelle Montpellier-Perpignan (LNMP) : la phase 1 est à 6,12 milliards d’euros, la phase 2 à 4,08 milliards. L’autorisation environnementale est attendue en mai-juin 2026, avec une concertation publique de mi-avril à début juin. Et puis il y a le GPSO, un projet autour de 14 milliards d’euros, qui fait déjà l’objet de recours. Là, le financement est tendu et devra sans doute être revisité : montage, calendrier, ou autres leviers, y compris éventuellement du privé. Mais je veux être très clair : il n’y a pas d’abandon du projet, la ligne politique est constante sur la nécessité de le réaliser. Le Conseil d’orientation des infrastructures (COI) doit d’ailleurs rendre un avis après les élections municipales, ce qui alimentera le débat.
“La LGV n’est pas remise en cause mais son financement devra être revu”
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Vous entendez l’impatience des élus et des usagers, qui parlent d’un serpent de mer depuis vingt ans. Comment accélérer ?
Je la comprends. Ce qui serait inquiétant, ce serait une remise en cause politique du projet : ce n’est pas le cas. Le débat, maintenant, porte sur l’ampleur de l’investissement et la manière de le rendre soutenable. C’est précisément le rôle du COI : examiner, prioriser, proposer des ajustements. Ensuite, il faudra un travail technique et un dialogue serré avec les collectivités pour stabiliser un scénario réaliste, plutôt que d’empiler des annonces intenables.
“Il y a eu 583 manifestations l’année dernière en Haute-Garonne”
Côté sécurité, quelles sont vos priorités en Haute-Garonne pour 2026, notamment contre le narcotrafic ?
On poursuit la lutte contre le narcotrafic, avec la loi du 13 juin 2025 qui nous donne des outils administratifs supplémentaires : fermer des établissements liés au deal, expulser des locataires impliqués, interdire de paraître sur les lieux. En 2025, on a fermé deux commerces, lancé 16 procédures d’expulsion, et pris 45 arrêtés d’interdiction de paraître. Ce n’est pas la baguette magique, mais sur le terrain on voit que ça commence à faire mal. Autre sujet qui monte chez les jeunes : le protoxyde d’azote. J’ai pris un arrêté le 23 janvier 2026 interdisant la détention, le transport, la vente et la consommation à des fins détournées, ainsi que le dépôt sauvage de cartouches : l’idée, c’est de permettre des verbalisations tout en laissant les usages légitimes. Enfin, l’ordre public reste un gros sujet : en 2025, on a compté 583 manifestations en Haute-Garonne. Notre objectif, en 2026, c’est d’en interdire le moins possible, à condition que l’organisation ne mette pas en danger la sécurité des personnes.
Vous dites que les chiffres de délinquance ne sont pas encore stabilisés. La tendance est plutôt à la hausse ou à la baisse ?
Ça dépend des thématiques. Sur les atteintes aux biens, on combine plutôt des tendances positives. En revanche, sur les atteintes volontaires à l’intégrité physique, les signaux paraissent plus préoccupants. On fera un point complet après la communication nationale du ministre, le 29 janvier, avec le procureur : il faut croiser le regard administratif et judiciaire et donner des chiffres consolidés.
2026, c’est aussi l’année des municipales. Qu’est-ce qui change, notamment dans les petites communes ?
La nouveauté majeure, c’est la loi du 21 mai 2025 : le scrutin proportionnel de listes paritaires est généralisé, y compris dans les communes de moins de 1 000 habitants. En Haute-Garonne, cela concerne 413 communes sur 586. Concrètement, c’est la fin du panachage, ce que certains appellent, avec une formule un peu crue, le tir au pigeon : on ne peut plus rayer, ajouter, ou changer l’ordre des noms. Pour répondre à l’inquiétude des maires ruraux — est-ce qu’on va réussir à faire des listes ? — la loi assouplit la constitution : une liste peut comporter jusqu’à deux candidats de moins que l’effectif légal du conseil municipal. Sur le calendrier électoral, j’appelle surtout les électeurs à vérifier leur inscription : les demandes en ligne doivent être faites au plus tard le 4 février 2026, et en mairie jusqu’au 6 février.

