Depuis trois ans, Laurence Gargiulo a repris les rênes de l’élevage Le Thoumas, installé à Faget-Abbatial, dans le sud-est du Gers. Elle y élève des chevaux de Camargue, une race rustique et polyvalente, particulièrement adaptée à l’équitation de loisirs. Un élevage unique dans le département, au cœur d’un territoire où la filière équine connaît un essor croissant. Reportage.
Sous un soleil hivernal réchauffant, quatre chevaux de Camargue broutent l’herbe rase de leur pré. À la tête du petit troupeau, une jeune jument curieuse relève parfois la tête, profitant du retour du beau temps en ce vendredi 23 janvier. Un peu plus loin, une pouliche de trois ans se remplit la panse aux côtés d’une poulinière et d’un vieil hongre de 27 ans. Les trois femelles incarnent l’avenir de l’élevage du Thoumas, installé dans les vallons de Faget-Abbatial, dans le sud-est du Gers.
“J’ai toujours monté à cheval, je suis passionnée depuis toute petite”, raconte Laurence Gargiulo, à la tête de l’élevage. Originaire du sud-est de la France, elle s’est naturellement tournée vers le cheval Camargue, une race qu’elle connaissait déjà. “Mon conjoint était lui aussi passionné et avait un petit élevage. Mais il souhaitait arrêter. Quand on s’est rencontrés, on a décidé de reprendre l’élevage à deux.”

Casquette vissée sur la tête et polaire sur les épaules, Laurence Gargiulo arpente les prés depuis trois ans, depuis la reprise officielle de l’élevage à son nom. Seul élevage de chevaux de Camargue dans le département, le Thoumas se distingue par une approche réfléchie de la vente. “Cette année, nous n’avons donc pas de chevaux à la vente. Nous avons deux jeunes juments en cours d’éducation, explique-t-elle. Je refuse de vendre des poulains très jeunes. Je veux vendre des jeunes chevaux déjà prêts pour l’utilisation du cavalier. Ma clientèle est essentiellement une clientèle de loisir.”
Un élevage destiné au loisir
Marseillaise d’origine, Laurence Gargiulo s’est installée dans le Gers pour des raisons avant tout financières. “Je voulais rester dans le Sud, mais autour de Marseille, les terres sont saturées et hors budget. Le Gers était encore à ma portée. Je ne connaissais absolument pas le département, mais je voulais de l’herbe et de l’espace. En élargissant mes recherches vers l’ouest, j’ai atterri ici.”
Une fois installé, tout s’enchaîne rapidement. La poulinière de son compagnon part à la retraite et Laurence achète sa première jument, avec l’objectif de renouveler la génétique du troupeau. “Mon but est d’avoir des poulains qui, dès la naissance, possèdent un capital génétique orienté cheval de loisir.”

Une fois sur place, les choses s’accélèrent pour la passionnée d’équitation, et elle en vient à acheter sa première petite jument, la poulinière de son compagnon étant partie à la retraite. Un moyen également de renouveler la génétique. “J’ai d’abord essayé de la valoriser, parce que mon but est d’avoir des poulains qui, dès la naissance, ont déjà un petit capital génétique orienté cheval de loisir.”
Dans le Gers, où l’élevage du Thoumas est unique en son genre, l’aspect loisir est essentiel. “Aujourd’hui, les gens recherchent de plus en plus des chevaux pour se promener, pour le plaisir. Ici, la région s’y prête bien, avec de vastes étendues propices à l’équitation de loisirs”, souligne l’éleveuse. Une orientation cohérente avec les caractéristiques de la race camarguaise. “Ce ne sont pas des chevaux destinés à la compétition de haut niveau. Ce sont avant tout des chevaux de travail, historiquement utilisés pour le tri des taureaux.”
Un territoire propice à l’élevage
Si le cheval Camargue reste rustique, son adaptation au Gers demande quelques ajustements. “Le Camargue n’est pas forcément adapté à la richesse nutritive des terres gersoises. Dans son milieu naturel, il vit dans les marais et se nourrit d’herbes peu nutritives. Ici, l’herbe est très riche, ce qui peut poser des problèmes d’embonpoint”, explique Laurence Gargiulo, un large sourire accroché aux lèvres.
Pour autant, le département se prête pleinement à l’élevage équin. “Le Gers est très favorable à l’élevage de chevaux, notamment de chevaux de sport. Il y a historiquement beaucoup d’élevages d’anglo-arabes pour le sport, la course ou l’endurance. Ce sont des chevaux qui ont besoin de terres riches.”

Avec ses vastes espaces ruraux, le Gers voit également l’équitation de loisirs prendre une place importante. “Peut-être parce que je suis moi-même orientée vers le loisir, j’y fais plus attention, mais je constate aussi le développement de belles structures, de carrières, de manèges et de concours hippiques.” Un phénomène récent qui favorise la vente locale. “Avant, les chevaux partaient surtout en Normandie, en région parisienne ou lyonnaise, où il y a beaucoup de compétiteurs. Aujourd’hui, de plus en plus d’élevages se montent ici et nous arrivons à vendre localement.”

