January 25, 2026

Municipales 2026. "Ils votent ici sans y vivre toute l’année" : comment les résidences secondaires bousculent les municipales dans les petits villages

l’essentiel
Dans les communes rurales du Lot, les résidences secondaires sont nombreuses
Dans plusieurs communes rurales du Lot, le poids des résidences secondaires interroge à l’approche des municipales, le 15 mars prochain. Les maires composent avec une réalité de plus en plus marquée.

À l’approche des élections municipales de 2026, le 15 mars prochain, la question du poids des résidences secondaires dans les petites communes rurales refait surface. Dans des villages où la population triple parfois l’été, le rapport entre habitants à l’année, résidents secondaires et électeurs pose des enjeux bien concrets pour les équipes municipales.

“Ils participent aux élections, mais ils ne vivent pas les contraintes du quotidien toute l’année.”

À Cénevières, près de 40 % du parc immobilier est constitué de résidences secondaires. Sur environ 200 maisons, 80 sont occupées de manière saisonnière, pour 111 résidences principales. Pourtant, sur les listes électorales, leur poids reste limité : sur 159 inscrits, seuls 21 sont des résidents secondaires. “Ils ont le droit de voter, la loi est claire”, rappelle Gérard Degletagne, le maire, tout en reconnaissant que cette situation peut interroger. “Ils participent aux élections, mais ils ne vivent pas les contraintes du quotidien toute l’année.”

Pascal Grouwet et Gérard Degletagne se trouvent devant une maison secondaire à Cénevières.
Pascal Grouwet et Gérard Degletagne se trouvent devant une maison secondaire à Cénevières.
DDM – Laurine Méaulle

Car les attentes diffèrent. Les habitants permanents évoquent d’abord les services essentiels : école, logement, commerces ouverts à l’année, entretien régulier des routes. Les résidents secondaires, eux, expriment souvent des demandes plus ponctuelles mais ciblées : accès à leur maison, état des chemins, tranquillité, cadre de vie préservé. “Quand on vient deux mois par an et qu’on demande des travaux immédiats sur la voirie, ça peut créer des incompréhensions”, glisse Pascal Grouwet, premier adjoint.

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“Ce n’est pas eux qui font basculer une élection”, insiste le maire, qui ne voit pas dans cette situation un déséquilibre démocratique. Pour lui, qu’ils vivent à l’année ou quelques mois, les habitants sont traités de la même manière par la municipalité : même bulletin communal, même information, même écoute.

“Il faut parfois expliquer ce qu’est la vie rurale”

À Crégols, où les résidences secondaires représenteraient entre un tiers et la moitié des logements, le maire Didier Pech, pointe des tensions plus culturelles. “Il faut parfois expliquer ce qu’est la vie rurale”, soupire-t-il. Plaintes sur les odeurs de fumier, les nuisances sonores du chant du coq ou les cloches de l’église : autant de situations vécues comme banales par les habitants à l’année, mais parfois mal acceptées par certains nouveaux venus ou vacanciers. “Ce sont des demandes qui n’auraient jamais existé il y a vingt ans.” détaille Didier Pech, maire de Crégols.

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Les maisons secondaires composent presque la moitié du village de Cénevières.
Les maisons secondaires composent presque la moitié du village de Cénevières.
DDM – Laurine Méaulle

Sur le terrain électoral, ces différences peuvent peser. Même minoritaires, les votes des résidents secondaires peuvent devenir décisifs dans de très petites communes où quelques voix suffisent à faire basculer une élection. Les maires, eux, tentent de temporiser. À Cénevières, l’équipe municipale revendique une égalité de traitement et souligne l’apport économique et associatif des résidents secondaires, notamment l’été. “Ils font vivre le village, les commerces, les fêtes”, insiste le maire. Mais il admet aussi une ligne rouge : les priorités restent celles des habitants permanents. “Si on gagne des résidences principales, c’est de la vie à l’année en plus.”

“Les travaux concernent d’abord ceux qui vivent ici toute l’année”

Sur le terrain des municipales, les priorités restent claires : les demandes collectives passent avant les revendications individuelles, surtout lorsque celles-ci émanent de personnes présentes quelques semaines par an. “Les travaux concernent d’abord ceux qui vivent ici toute l’année”, tranche l’élu, tout en soulignant qu’un dialogue est toujours possible. Là encore, le poids électoral des résidents secondaires demeure limité, même s’ils peuvent légalement voter dès lors qu’ils sont propriétaires d’un bien depuis deux ans sur la commune.

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Dans ces villages du Lot, les résidences secondaires ne bouleversent pas les équilibres politiques, mais redessinent le quotidien des élus. Les municipales s’annoncent moins comme un affrontement électoral que comme un exercice d’équilibre, au service d’une population multiple… mais attachée à un même territoire.

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