Une photo d’Alex Pretti sur les lieux où il a été abattu par la police de l’immigration (ICE), le 24 janvier 2026 à Minneapolis. ROBERTO SCHMIDT / AFP
« Au moins dix coups » de feu. Un Américain de 37 ans a été abattu par des agents fédéraux à Minneapolis samedi 24 janvier, second décès d’un opposant à la police de l’immigration (ICE) après la mort de Renee Good début janvier, déclenchant de nouvelles manifestations à Minneapolis, mais également à New York ou encore à San Francisco.
Qualifié d’« assassin » par la Maison Blanche, d’« être au grand cœur » par ses proches : voici ce qu’on sait d’Alex Pretti, cet infirmier abattu en pleine rue devant les caméras de nombreux témoins.
Un « assassin », accusé de « terrorisme intérieur » ?
« Il était là pour se livrer à la violence » : voilà le récit officiel de la Maison Blanche, transmis par la voix de la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem, qui n’a pas hésité à accuser le trentenaire de « terrorisme intérieur ». De son côté, le conseiller de la Maison Blanche, Stephen Miller, a qualifié Alex Pretti d’« assassin », dans un message relayé par le vice-président J. D. Vance.
Selon le département de la Sécurité intérieure des États-Unis (DHS), l’homme était armé d’un pistolet et avait « violemment résisté » avant qu’un agent « craignant pour sa vie » ne tire. Sur X, le DHS a publié une photo de l’arme présumée.
Mais selon une analyse des images réalisée par le média d’investigation Bellingcat, « quelques instants avant que le premier coup ne soit tiré », on voit l’un des agents s’éloigner avec un pistolet semblable à l’arme montrée par le DHS.
Ensuite, « deux agents différents tirent manifestement avec leurs armes et au moins dix coups sont tirés au total », poursuit Bellingcat, « la plupart » alors que « l’homme était déjà allongé au sol immobile ».
« D’après ce que je vois pour l’instant, cela ne ressemble pas à des tirs justifiés », a déclaré Charles Ramsey, ancien commissaire de police de Philadelphie et de Washington, qui a visionné les vidéos en tant qu’analyste des forces de l’ordre pour CNN. « L’homme est allongé sur le sol… et ils continuent de lui tirer dessus. »
Après le drame, le gouverneur démocrate du Minnesota, Tim Walz, a demandé que les autorités locales, et non fédérales, soient à la tête des investigations. « On ne peut pas se fier à l’État fédéral », a-t-il affirmé, avant de fustiger l’ICE qui sème selon lui « le chaos et la violence ».
« Il était très sensible à la cause des gens »
Outrés par le récit officiel de l’administration Trump, les parents d’Alex Pretti ont accusé, dans un communiqué publié par les médias américains, le gouvernement de répandre « des mensonges écœurants » sur leur fils, « un être au grand cœur ». « Nous avons le cœur brisé et nous sommes aussi très en colère », a ajouté la famille de l’infirmier tué. « Alex ne tient clairement pas d’arme à feu lorsqu’il est attaqué par les voyous meurtriers et lâches de l’ICE de Trump. Il tient son téléphone dans sa main droite et sa main gauche vide est levée au-dessus de sa tête alors qu’il tente de protéger la femme que l’ICE vient de pousser à terre », a encore déclaré sa famille.
Ses proches ont dressé un portrait d’Alex auprès de l’agence de presse américaine Associated Press (AP). Le trentenaire, qui vivait à Minneapolis et était né dans l’État d’Illinois, était un citoyen américain engagé.
« Il était très sensible à la cause des gens et profondément bouleversé par ce qui se passait à Minneapolis et dans tout le pays avec l’ICE, comme des millions d’autres personnes », a ainsi expliqué son père, Michael Pretti.
« Il trouvait ça terrible, vous savez, kidnapper des enfants, arrêter des gens dans la rue. Il se souciait de ces personnes et il savait que c’était mal, alors il a participé aux manifestations. »
« C’est une personne merveilleuse, il a un grand cœur », a déclaré une de ses voisines de Minneapolis, Sue Gitar, auprès d’AP, saluant un homme toujours prêt à aider en cas d’actes suspects ou de suspicions de fuites de gaz dans le quartier.
« Ne fais rien de stupide »
Alex Pretti avait participé aux manifestations qui ont suivi la mort de Renee Good, tuée le 7 janvier par un agent de la police de l’immigration. Comme pour la jeune femme, Alex Pretti n’avait pas de casier judiciaire. Selon sa famille, il n’avait jamais eu affaire aux forces de l’ordre, à part pour quelques contraventions. Le chef de la police de Minneapolis, Brian O’Hara, a indiqué qu’Alex Pretti habitait la ville, possédait un permis de port d’arme et n’était pas connu de la police. Ses proches savaient qu’il détenait des armes, et savait aussi qu’il s’entraînait au tir dans un stand dédié.
Selon son ex-femme, Rachel N. Canoun, Alex Pretti votait démocrate, et s’était déjà engagé dans des manifestations par le passé, comme celles contre les violences policières après la mort de George Floyd, à Minneapolis, en 2020. Selon son témoignage, relayé par « le Parisien », Alex pouvait être du genre à crier sur des membres de forces de l’ordre en plein rassemblement, mais elle ne l’imagine pas se comporter de façon physiquement agressive.
Ses parents lui avaient récemment demandé de faire attention en manifestation : « Nous avons eu cette discussion avec lui il y a environ deux semaines, vous savez, on lui a dit de manifester, mais de ne pas aller au contact, de ne rien faire de stupide, en gros », a déclaré Michael Pretti. « Et il a dit qu’il le savait. Il le savait. »
« Malheureusement, il ne sera plus là pour voir l’impact de ses actions. (…) Sa dernière pensée et son dernier geste ont été de protéger une femme », poursuit le communiqué de sa famille, qualifiant Alex de « héros ».
Au service des anciens combattants américains
Alex Pretti exerçait comme infirmier dans un service de soins intensifs, au sein d’un hôpital du Département des anciens combattants américains.
Il avait d’abord fait des études à l’Université de Minnesota, en « biologie, société et environnement », et commencé à travailler comme chercheur scientifique avant de reprendre des études pour se reconvertir en tant qu’infirmier, selon sa famille.
« On l’avait embauché pour recruter des participants à notre essai clinique. Il est devenu infirmier en soins intensifs ; j’adorais travailler avec lui. C’était quelqu’un de bien, quelqu’un qui vivait pour aider les autres », a commenté Dimitri Drekonja, un médecin, chef du service des maladies infectieuses à l’hôpital pour anciens combattants et professeur de médecine à l’université du Minnesota, sur Bluesky.
« Il avait un état d’esprit formidable. Entre deux patients, on discutait de nos projets de faire une sortie VTT ensemble. Ce ne sera plus possible. »
« L’idée que cet homme serviable, souriant et plaisantin soit qualifié de terroriste ? C’est révoltant », s’est encore indigné celui-ci auprès d’ABC News.
Son syndicat, l’AFGE, indique sur les réseaux qu’il a « consacré sa vie au service des anciens combattants américains ».
Sur les réseaux sociaux, une vidéo publiée par le fils d’un vétéran soigné par Alex Pretti et montrant celui-ci rendant hommage à son père après son décès en 2024, est largement partagée par des Américains souhaitant honorer l’infirmier.
Des propos qui résonnent tout particulièrement aujourd’hui : « Aujourd’hui, nous nous souvenons que la liberté à un prix. Nous devons la cultiver, la nourrir, la protéger et même nous sacrifier pour elle », déclare-t-il dans la vidéo, témoignant de l’amour de la liberté du trentenaire.
« Nous ne devons jamais oublier et toujours nous souvenir de nos frères et sœurs qui ont servi afin que nous puissions profiter du cadeau de la liberté. »
Un sportif, « amoureux de la nature »
Alex Pretti était un passionné de plein air qui aimait partir à l’aventure avec Joule, son chien, un Catahoula Leopard, décédé récemment.
« C’était un amoureux de la nature. Il emmenait son chien partout. Il adorait ce pays, mais il détestait ce que les gens lui faisaient subir », a témoigné sa mère, Susan Pretti.
Enfant, Alex a grandi dans le Wisconsin, où il jouait au football, au base-ball et faisait de la course à pied. Il pratiquait le scoutisme, et avait aussi chanté dans une chorale de jeunes garçons.
Encore sportif à l’âge adulte, Alex Jeffrey Pretti pratiquait le cyclisme en compétition, et était passionné par le plein air.

