January 23, 2026

"Un grand problème pour mon pays" : comment un post-it à l’Assemblée a permis d’éviter un incident diplomatique entre la France et l’Argentine

l’essentiel
Invité à s’exprimer à l’Assemblée nationale, l’ambassadeur d’Argentine en France a interrompu son intervention en raison d’une carte représentant les îles Malouines comme territoire britannique. Un incident qui vient révéler des tensions persistantes entre Buenos Aires et Londres sur la souveraineté de l’archipel.

C’est l’histoire d’une réception qui a failli mal tourner. Mercredi 21 janvier dernier, Ian Sielecki, ambassadeur de l’Argentine en France, était reçu entre les murs de l’Assemblée Nationale. Celui-ci avait été invité par la commission des affaires étrangères pour parler de la relation qu’entretiennent Buenos Aires avec Paris… et bien sûr, revenir sur le sulfureux accord Mercosur qui a suscité une importante vague d’opposition dans l’Hexagone.

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Alors qu’il démarrait sa prise de parole, Ian Sielecki s’est attardé sur un élément intriguant qui se trouvait juste derrière lui. L’ambassadeur de l’Argentine tient alors à “signaler un petit problème, qui est en fait un grand problème pour mon pays”. Et ce dernier de reprendre : “Je viens de constater que je suis assis devant une carte qui montre les îles Malouines comme faisant partie du Royaume-Uni de Grande Bretagne ce qui pose un grand problème à différents niveaux y compris juridiques, car je ne peux pas en tant que représentant de l’État argentin parler librement devant cette carte”.

Un post-it sur la carte

En pratique, les îles Malouines – appelées “îles Falkland” par les Britanniques – sont au cœur d’un différend ancien entre le Royaume-Uni et l’Argentine. Revendiquées par Buenos Aires comme un territoire historiquement argentin, elles sont administrées par Londres depuis le XIXᵉ siècle… malgré une guerre en 1982 remportée par le Royaume-Uni.

Depuis, la souveraineté de l’archipel reste un point de tension récurrent – ravivé régulièrement par les autorités argentines – tandis que Londres affirme s’appuyer sur le droit des habitants à “l’autodétermination”. Lors d’un référendum organisé en 2013, plus de 99 % des votants se sont prononcés en faveur du maintien du territoire sous souveraineté britannique.

Dans ce contexte, Bruno Fuchs, président de la commission des affaires étrangères et député du Haut-Rhin, donne quelques explications, affirmant que la France avait pleinement conscience que les îles Malouines s’imposaient comme un territoire aujourd’hui encore “disputé”… et qu’aucun rattachement officiel n’avait été reconnu. “C’est désigné comme étant le Royaume-Uni, rétorque l’ambassadeur argentin, passablement agacé par la situation. C’est comme si on demandait à l’ambassadeur de l’Ukraine de venir parler devant une carte qui montrerait le Louhansk ou la Crimée comme faisant partie de la Russie. Je suis sûr que mon collègue ukrainien refuserait cela de manière assez éloquente”.

Si Bruno Fuchs expliquait que cette carte se trouvait dans cette salle depuis plusieurs années, des députés ont finalement suggéré d’accoler un post-it sur la carte, et ainsi cacher la région disputée. Le morceau de papier restera finalement collé jusqu’à la fin de la séance.

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