January 19, 2026

"Je me suis réveillée seule devant le mur…" : après un accident à 2,68 g d’alcool dans le sang, elle jure ne pas être la conductrice

l’essentiel
Jugée à Cahors, une femme au taux d’alcool exceptionnel de 2,68 g par litre de sang a été condamnée pour conduite sous alcool et stupéfiants après un violent accident à Gramat. Elle a pourtant soutenu, jusqu’au bout, qu’elle n’était que passagère.

Dans la nuit du 22 février 2024, autour de minuit, le silence qui entoure le Grand Couvent de Gramat est brisé par un fracas violent. Une voiture vient de percuter de plein fouet son enceinte. Le choc est si important qu’un trou apparaît dans le mur. Alerté, un veilleur de nuit se rend immédiatement sur place. Il découvre un véhicule immobilisé en partie sur la chaussée, l’airbag déclenché, et une femme seule à l’intérieur.

La scène est confuse, selon le témoin. La conductrice présumée crie, klaxonne, refuse d’obéir aux secours et fait obstacle à leur intervention. Les pompiers finissent par l’extraire du véhicule et la transportent à l’hôpital. Les analyses sanguines livrent un chiffre qui marque durablement les esprits, y compris à l’audience : 2,68 grammes d’alcool par litre de sang, un niveau record pour une femme dans le Lot selon la procureure. À cette alcoolisation massive s’ajoute la présence de cocaïne.

“Je me suis réveillée seule devant le mur”

Près de deux ans plus tard, ce vendredi 16 janvier 2026, la prévenue comparaît devant le tribunal correctionnel de Cahors. Visiblement fatiguée, voix hésitante, elle affirme d’emblée ne pas se souvenir de la soirée. “Je me suis réveillée seule devant le mur”, explique-t-elle. Mais sur un point, elle se dit certaine : elle ne conduisait pas. “Même aujourd’hui, je suis persuadée dans mon corps que je n’étais pas au volant.”

Selon sa version, c’est son ancien compagnon qui aurait pris le volant ce soir-là. Une relation de près de cinq mois, marquée, affirme-t-elle, par des violences conjugales et une emprise psychologique forte. “J’étais dans un état psychologique assez moche. Je prenais des baffes”, lâche-t-elle à la barre. Elle explique que cet homme conduisait toujours sa voiture et qu’il aurait fui après l’accident. Le juge s’étonne. Le veilleur de nuit affirme n’avoir vu personne d’autre. “Comment expliquez-vous cela ?”, insiste le magistrat. La réponse est floue. “Je ne sais pas l’expliquer”, murmure-t-elle presque, visiblement déstabilisée. Son amnésie, selon elle, est totale : elle ne se souvient même pas d’avoir quitté le domicile d’amis de son ancien compagnon, avant l’accident.

La défense s’engouffre dans cette faille. L’avocate rappelle qu’aucun témoin n’a vu l’accident se produire et que le veilleur de nuit n’est arrivé qu’après le choc. “Rien n’exclut que le conducteur ait eu le temps de s’enfuir”, plaide Me Branco. Elle souligne l’absence d’enquête approfondie, mais aussi le contexte de violences conjugales dans lequel se trouvait sa cliente. “On ne peut pas condamner sur un témoignage qui n’est pas clair”, martèle-t-elle, demandant la relaxe. Face à cette ligne de défense, la procureure se montre ferme. Elle rappelle que la prévenue est en état de récidive, déjà condamnée en octobre 2022 pour conduite sous l’emprise de l’alcool. “Ce taux d’alcool explique largement les trous de mémoire”, observe-t-elle. Elle insiste aussi sur la cohérence des éléments matériels.

Au-delà du débat judiciaire, l’audience laisse apparaître une trajectoire de vie cabossée. La prévenue vit aujourd’hui en caravane et travaille dans un autre département. Ses trois enfants ont été confiés à leur père en Alsace, “pour leur sécurité, du fait des violences de mon ex-conjoint”. Elle affirme suivre une thérapie. “Je veux fermer ce livre et ne plus jamais en parler”, dit-elle, la voix tremblante.

Le tribunal tranche. La quadragénaire est relaxée pour la conduite à vitesse excessive, faute d’éléments suffisants. En revanche, elle est reconnue coupable de conduite sous l’emprise de l’alcool et de stupéfiants. Le juge unique retient notamment les témoignages du veilleur de nuit et des secours. La peine est plus lourde que celle requise : quatre mois d’emprisonnement avec sursis, l’annulation du permis de conduire avec interdiction de le repasser pendant six mois, ainsi que l’obligation d’effectuer des stages de sensibilisation à la sécurité routière et aux stupéfiants.

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