January 9, 2026

Colère des agriculteurs : "C’est un métier qui nous a fait rêver, aujourd’hui il nous fait crever", la CR46 prévoit de nouvelles actions

l’essentiel
Ce jeudi, les agriculteurs de la Coordination Rurale 46 voulaient occuper l’A20, au niveau du péage de Montfaucon. Empêchés par les autorités, ils prévoient d’autres actions à venir pour manifester leur colère.

Leur colère se lit sur leurs visages fermés. Ce jeudi matin, il est un peu plus de 10 h 30 quand les premiers agriculteurs de la Coordination Rurale 46 investissent le rond-point de Montfaucon. Ils veulent s’installer sur l’A20 et la bloquer jusqu’à ce que leurs revendications soient entendues par le gouvernement. Cependant, ils ont été devancés par les forces de l’ordre. Une heure avant, elles se sont positionnées aux différentes entrées. La consigne était claire : ne pas laisser passer les tracteurs sur l’autoroute.

Une cinquantaine d’agriculteurs de la CR46 se sont retrouvés sur le rond-point de Montfaucon.
Une cinquantaine d’agriculteurs de la CR46 se sont retrouvés sur le rond-point de Montfaucon.
DDM Aouregan Texier

Une fois la vingtaine de tracteurs positionnée, et la cinquantaine d’agriculteurs en place, la préfète est arrivée sur les lieux. Un bras de fer a, alors, commencé. La CR46 veut occuper l’A20 quand c’est un refus catégorique pour les services de l’État. Un arrêté préfectoral a, d’ailleurs, été pris pour interdire la circulation de tracteurs et engins agricoles, hors motif légitime lié à des travaux agricoles locaux jusqu’au 12 janvier. “On nous empêche de manifester”, s’agace l’un d’eux.

Des slogans décoraient les tracteurs.
Des slogans décoraient les tracteurs.
DDM Aouregan Texier

Petit à petit, la discussion qui se tenait entre la préfète et les deux coprésidents de la CR46 a grossi. Tous les agriculteurs se sont rapprochés. La tension est montée d’un cran. “Pourquoi on ne peut pas faire autrement que d’être là ? Pourquoi vous choisissez de bloquer ?”, questionne Claire Raulin. “Mais parce qu’autrement on a essayé et que ça ne fonctionne pas ! De bloquer, c’est le seul moyen d’être entendu”, s’agacent en chœur les agriculteurs. Après de longues négociations, statu quo, chacun campe sur ses positions.

“On ne fait pas ça par plaisir”

“Si on ne peut pas bloquer l’A20, on va bloquer tout le département !”, glisse Clément Desport, coprésident de la CR46. Les agriculteurs décident, donc, de barrer tous les accès au rond-point de Montfaucon avec leurs tracteurs, décorés de slogans tels que “Notre faim sera votre fin”. Leurs bennes sont remplies mais, en début d’après-midi, rien n’avait été déversé. Au cœur de ce bras de fer, la dermatose nodulaire contagieuse, pour laquelle l’État maintient l’abattage des cheptels touchés. “Le 18 décembre, sur l’A20, vous m’en parliez et vous regrettiez que le gouvernement ne fasse rien. Aujourd’hui, 80 % de bovins sont vaccinés et l’objectif ce sont les 100 % très rapidement”, affirme la préfète. “Il y a 20 % de retard !” “Et l’abattage ?”

La préfète, et les services de l’Etat, refusait de laisser les agriculteurs occuper l’A20.
La préfète, et les services de l’Etat, refusait de laisser les agriculteurs occuper l’A20.
DDM Aouregan Texier

Un combat difficile qui a réveillé le mal-être profond de la profession. “Il y a un condensé de revendications depuis plusieurs années, et notamment sur les revenus. La future PAC qui arrive en 2027 va être catastrophique pour nous, on va être sacrifiés. On veut des engagements et du concret”, soulève Clément Desport. Dans les rangs, les soupirs s’élèvent. “Si on arrête, il y aura toujours à manger… mais de la m*rde ! Si les gens savaient ce qu’il y avait dans leurs assiettes…”, affirment Valérie et Karine, deux éleveuses quand elles pensent à l’accord du Mercosur, en phase d’être ratifié.

À midi, les agriculteurs ont commencé un feu.
À midi, les agriculteurs ont commencé un feu.
DDM Aouregan Texier

Les deux femmes se sont organisées dans leurs fermes pour être présentes aujourd’hui : “On commence très tôt, on fait ce qu’on a à faire avant et on part. Il faut qu’on s’occupe de nos bêtes. La journée, il y a une personne qui reste pour les surveiller. On ne fait pas ça par plaisir, on serait aussi bien chez nous, au chaud, on a suffisamment de travail comme ça. Mais si on veut continuer à vivre, on doit aller jusqu’au bout. On n’a plus rien à perdre”. Les agriculteurs de la CR46 comptent continuer la mobilisation. Sous quelle forme ? Les discussions vont bon train. Dans l’après-midi, quelques agriculteurs ont tenté de rejoindre le péage à pieds, selon Nicolas Espinaco, coprésident de la CR46. Ces derniers ont fait face aux CRS. Les troupes sont donc retournées sur le rond-point, ne voulant pas mettre le feu aux poudres. Clément Desport conclut : “Moi, j’ai connu ce métier par passion, je passais mes vacances avec mon grand-père à la ferme. C’est un métier qui nous a fait rêver, et aujourd’hui il nous en fait crever. On ne se laissera pas faire”.

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