Oleksandra Oliynykova, la joueuse ukrainienne, avec un style atypique, utilise le tennis pour alerter sur la guerre dans son pays. Battue à l’Open d’Australie, elle dénonce la présence de joueurs russes et biélorusses. Son engagement dépasse le sport.
Oleksandra Oliynykova, un ovni sur les courts, une voix venue d’Ukraine. Battue ce mardi 20 janvier au premier tour de l’Open d’Australie par Madison Keys (7-6 [6], 6-1), la joueuse ukrainienne de 25 ans, 92e mondiale, n’a pas seulement disputé le plus grand match de sa carrière. Elle a aussi utilisé la lumière des projecteurs pour rappeler que, chez elle, la guerre continue. Avec ses piercings, ses tatouages permanents ou éphémères, et son jeu atypique fait de balles hautes et de gestes inimitables, Oliynykova détonne sur le circuit. Mais derrière ce look post-punk assumé, le message est grave. À Melbourne, sur la Rod Laver Arena, elle a fait vaciller la tenante du titre, menant 4-0 dans la première manche avant de céder. Une défaite, certes, mais surtout une prise de parole.
ud83cuddfaud83cudde6ud83cudfbeMany thanks to Oleksandra Oliynykova for using her voice at AO to make an important statement.
Russian and Belarusian athletes should not be allowed to compete in reputable international competitions while Russia continues to kill Ukrainians and leave them freezing to death. pic.twitter.com/PicBPGIw14— Embassy of Ukraine in Australia and New Zealand (@UKRinAUS) January 20, 2026
Après la rencontre, la joueuse s’est présentée devant les médias avec un tee-shirt explicite : “J’ai besoin de votre aide pour protéger les femmes et les enfants ukrainiens”. Un appel qu’elle assume, même si la WTA lui interdit de promouvoir directement sa collecte de fonds sur les tournois. “La dernière nuit avant de partir pour Melbourne, une explosion a retenti près de chez moi. Un drone a touché la maison d’en face. Mon appartement tremblait “, confie-t-elle, la voix parfois nouée.
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“Avoir tout le confort moderne compte moins que d’être chez moi”
Malgré les attaques, Oleksandra Oliynykova a fait le choix de rester vivre et s’entraîner à Kiev. Coupures d’électricité, d’eau, de chauffage : le quotidien est précaire, mais assumé. “L’Ukraine est ma source de force. Je ne suis pas du genre à fuir. Être auprès des miens compte plus que le confort “, explique-t-elle lors d’une interview accordée à l’Équipe.
Dans son club, un générateur permet de maintenir un semblant de normalité. Ailleurs, les enfants s’entraînent parfois dans la pénombre, éclairés par de simples lampes. “Je m’entraîne avec des juniors, garçons ou filles. Aucun autre joueur professionnel ne prépare ses matches en Ukraine”, glisse-t-elle, lucide mais déterminée. Son engagement est aussi familial. Son père a rejoint volontairement l’armée ukrainienne à l’été 2024. “Pendant qu’il défend l’Ukraine, moi, j’essaie d’aider en racontant mon histoire et en jouant sur les grands courts”, dit-elle avec fierté. Depuis cet engagement, elle a gagné plus de 200 places au classement WTA. “Je sais que c’était son rêve de me voir ici. Je ferai tout pour le rendre encore plus fier.”
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“J’ai l’impression de vivre à côté de gens dangereux”
Anciennement licenciée sous les couleurs croates, sa famille avait fui l’Ukraine en 2011 après des pressions politiques sous la présidence de Viktor Ianoukovytch, Oliynykova est aujourd’hui revenue “chez elle”. Et n’hésite pas à dénoncer la présence de joueurs russes et biélorusses sur le circuit. “Je trouve inadmissible qu’ils ne soient pas exclus comme dans d’autres sports. Beaucoup soutiennent leur dictateur et utilisent leur image pour justifier une agression “, affirme-t-elle. Elle cite notamment Aryna Sabalenka, numéro 1 mondiale, pour son soutien passé au régime de Loukachenko, ou encore Diana Shnaider, décorée par Vladimir Poutine. “Pendant qu’ils participent à des exhibitions sponsorisées par Gazprom, moi je me réveille en sursaut à cause des explosions. Vous trouvez ça normal ? Pas moi.”
Le prize money du premier tour (environ 86 000 €) lui apportera un peu de sécurité, mais pas de légèreté. “Quand votre père est à l’armée et que vos amis risquent d’être blessés, vous n’avez pas envie de dépenser sans compter. Il faut pouvoir aider quand tout peut s’effondrer du jour au lendemain.”
Sur les courts comme en dehors, Oleksandra Oliynykova avance seule, mais déterminée. À Melbourne, elle a peut-être perdu un match, mais elle a gagné une tribune. Et pour elle, c’est déjà une victoire.

