January 11, 2026

"À 40 000 euros, je ne peux pas suivre", avec MaPrimeRénov’suspendue, les foyers haut-garonnais pris en étau

l’essentiel
Trop riches pour être aidés correctement, trop pauvres pour financer seuls des travaux à plusieurs dizaines de milliers d’euros : en Haute-Garonne, la suspension de MaPrimeRénov’laisse la classe moyenne sur le carreau. Avec, en cascade, des entreprises artisanales fragilisées.

“Ce sont encore les classes moyennes qui trinquent”, lâche Lucien Amoros, président de la Capeb 31. “On leur demande d’engager des travaux lourds, mais sans leur donner les moyens de les financer.”

Dans les discours publics, la rénovation énergétique est une priorité. Sur le terrain, la réalité est plus brutale.

“Quand les aides s’arrêtent ou changent sans cesse, ce sont toujours les mêmes ménages qui renoncent. Pas les plus riches, pas les plus modestes : ceux du milieu.”

Des devis hors de portée

Changer un système de chauffage, isoler une maison, rénover un logement ancien : la facture grimpe vite.

“Aujourd’hui, un projet de rénovation énergétique se chiffre souvent entre 30 000 et 50 000 euros”, rappelle Lucien Amoros. “Pour une famille de la classe moyenne, c’est inaccessible sans aides stables.”

Avec la suspension de MaPrimeRénov’, de nombreux projets sont gelés. “Le message est clair : attendez. Mais attendre, ça veut souvent dire abandonner.”

En Haute-Garonne, une économie locale pénalisée

La Capeb 31 représente près de 14 000 entreprises, dont une majorité travaille en rénovation. “Quand la classe moyenne décroche, ce sont nos entreprises qui en subissent immédiatement les conséquences”, alerte son président.

Moins de chantiers, moins de visibilité, moins d’embauches. “Cette instabilité fragilise tout un tissu économique local, composé essentiellement de TPE.”

“À 40 000 euros, je ne peux pas suivre”

Serge, propriétaire d’une maison près de Toulouse, en est l’exemple parfait. Son projet : 40 000 euros pour remplacer une chaudière fioul. MaPrimeRénov’devait couvrir environ 16 % du montant. Puis le guichet a fermé.

“À ce prix-là, je ne peux pas suivre. Même avec l’aide, mon retour sur investissement dépasse 20 ans”, explique-t-il. “Ce sont des sommes délirantes pour un ménage normal.”

Résultat : le projet est suspendu. “Sans aide, il n’y a pas de contrat. Et même si ça repart, je renégocierai.”

Des aides qui font flamber les prix ?

Comme beaucoup de particuliers, Serge pointe un système qu’il juge biaisé. “Les aides ont fait exploser les devis. On a l’impression que tout le monde se sert au passage, sauf le consommateur.”

Un malaise que reconnaissent aussi les artisans. “Quand les règles changent sans cesse, le marché se dérègle. Les prix montent, la confiance baisse”, observe Lucien Amoros.

Des artisans pris entre le marteau et l’enclume

À Auragne, Sylvain Milhas, dirigeant de MLS Énergies, subit de plein fouet cette défiance. “La rénovation énergétique représente près de 70 % de mon activité. Mais aujourd’hui, je ne peux rien promettre à mes clients.”

Dans son entreprise de trois salariés, la suspension des aides bloque tout. “La classe moyenne hésite, reporte, annule. Et nous, on encaisse le choc.”

“Une transition qui exclut”

Pour l’artisan, le constat est amer. “À force de changer les règles, on est en train de construire une transition énergétique réservée à ceux qui peuvent avancer l’argent. Les autres restent avec leurs vieilles chaudières.”

Un constat partagé par la Capeb 31. “Si on veut vraiment embarquer tout le monde, il faut des aides lisibles, stables et accessibles à la classe moyenne. Sinon, on fabrique du renoncement”, conclut Lucien Amoros.

“Ni aidé, ni solvable” : la rénovation impossible pour beaucoup

Ils gagnent “trop” pour bénéficier des aides maximales, mais pas assez pour financer seuls des travaux lourds. En Haute-Garonne, de nombreux ménages de la classe moyenne se retrouvent coincés. “On nous parle de transition écologique, mais à 40 000 euros le chantier, c’est impossible sans aides solides”, témoigne Serge. “Résultat : on attend, ou on renonce.” Pour les artisans, le constat est alarmant. “À force de décourager la classe moyenne, on bloque la rénovation du parc ancien”, alerte un professionnel du chauffage. Un paradoxe social de plus, dans une transition censée bénéficier à tous.

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