L’importation de produits agricoles traités avec des substances interdites dans l’Union européenne est suspendue en France depuis ce jeudi 8 janvier. Cette mesure, valable un an, fait réagir les acteurs gersois.
Certains produits importés en France étaient jusqu’ici traités avec des substances interdites sur le territoire national. Une situation qui est en passe de changer. Depuis ce jeudi, l’importation de produits agricoles traités avec certaines substances interdites d’utilisation dans l’Union européenne est suspendue, dans l’attente de la mise en place de “mesures appropriées par la Commission européenne”.
La mesure, effective pour une durée maximale d’un an, est inscrite dans un arrêté publié ce mercredi 7 janvier au Journal officiel. Une annonce faite dans un contexte de forte mobilisation agricole à l’échelle nationale, alors même que l’accord commercial avec le Mercosur est sur le point d’être ratifié, bien que la France vote contre. Dans le Gers, cette décision semble globalement bien accueillie.

“Ce n’était déjà pas normal d’autoriser leur importation, c’était une injustice, explique Yvan, un sac de courses à la main. Ici, on n’a pas le droit d’utiliser ces produits. Alors pourquoi autoriser ceux qui, ailleurs, peuvent s’en servir ? C’était de la concurrence déloyale.”
“Les clients ne font pas vraiment attention à la provenance”
Du côté des primeurs et des revendeurs de produits agricoles, la mesure suscite néanmoins des interrogations. Dans les rayons fruits et légumes du magasin Aux Plaisirs des Saisons, à Lectoure, aucune évolution n’est observée pour l’instant. “Je n’ai pas été touché par la situation, du moins pour le moment”, indique Xavier Bini, gérant de l’enseigne.
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Le professionnel rappelle toutefois les limites du tout-local en matière d’alimentation. “Les clients recherchent du local, bien sûr. Mais lorsqu’ils veulent manger des tomates ou des courgettes en janvier, il faut nécessairement se tourner vers le Maroc ou l’Espagne. Pour les mangues, c’est le Pérou.” Selon lui, le choix reste entre consommer des produits strictement de saison ou accepter des fruits et légumes importés. “Je propose du local quand c’est possible, mais je ne peux pas faire uniquement du local toute l’année. Sinon, les clients se tourneraient vers les supermarchés”, explique-t-il.
À Ségoufielle, chez le primeur Les Délices du Marché, la situation est similaire. Aucun changement notable n’est constaté à ce stade. “Pour l’instant, tant que la mesure n’est pas appliquée, je n’ai pas d’impact réel”, assure la gérante.
Des contrôles obligatoires
À quelques kilomètres de là, sur la commune de Preignan, le primeur Bernard Fruits et Légumes ne se sent pas non plus concerné par cette suspension. “De toute façon, je n’ai quasiment pas de produits qui viennent d’Amérique du Sud”, assure-t-il ce vendredi, entre deux ventes.
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En revanche, l’arrêté impose également de nouvelles obligations aux entreprises du secteur alimentaire. Elles devront désormais mettre en œuvre des contrôles afin de s’assurer que les produits importés ne contiennent pas les substances interdites. Cela passera notamment par la collecte et l’analyse d’informations sur la provenance des denrées alimentaires, ainsi que par des analyses permettant de démontrer “l’absence de résidu quantifiable” de ces substances.
Cinq produits phytosanitaires sont concernés par la mesure : le mancozèbe, utilisé notamment pour les avocats, mangues et poivrons ; le thiophanate-méthyl (coings, agrumes, avoine) ; le glufosinate (pommes de terre) ; ainsi que le carbendazime et le bénomyl, employés sur des cultures comme les tomates, les graines de soja ou le blé.

