La mobilisation agricole de vendredi 9 janvier a dégénéré dans la nuit en Tarn-et-Garonne. Dégradations, feux, blocage de voies ferrées et pression sur la préfecture ont conduit l’État à déployer un important dispositif de sécurité à Montauban. À partir de 23 heures, le centre-ville a été directement ciblé, tandis que la SNCF envisage de déposer plainte après l’interruption prolongée du trafic entre Bordeaux et Toulouse.
La mobilisation agricole engagée vendredi 9 janvier 2026 s’est achevée dans la nuit par une série d’actions coup de poing à Montauban et dans plusieurs communes du Tarn-et-Garonne.
Selon le bilan communiqué ce samedi 10 janvier par la préfecture, près de 100 agriculteurs (200 selon notre comptage), appuyés par environ 80 engins agricoles, ont convergé vers la préfecture en provenance notamment de Castelsarrasin, Caussade, Caylus et Valence-d’Agen.
Face à l’ampleur du mouvement, le préfet a activé dès 20 heures le centre opérationnel départemental (COD). Les forces de sécurité et de secours ont été fortement mobilisées tout au long de la nuit : 79 policiers, dont des effectifs montalbanais de la CRS 84, 36 gendarmes, 12 sapeurs-pompiers, ainsi que des agents municipaux et départementaux.

Le centre-ville de Montauban sous pression à partir de 23 heures
La nuit a été marquée par de nombreux déversements de déchets agricoles et de matériaux divers, visant plusieurs sites institutionnels et administratifs : la cité administrative Forestié, la cité Unal, la MSA (mutualité sociale agricole), l’IMSA (service informatique de la MSA), la direction départementale des territoires (DDT), la préfecture, le conseil départemental, mais aussi les abords du centre commercial Leclerc Sapiac et divers points de la commune de Montauban.

Des feux de palettes et de paille ont également été allumés, notamment au rond-point d’Aussonne, devenu le point de ralliement du mouvement, ainsi que sur le parvis de la médiathèque, nécessitant l’intervention des services d’incendie et de secours.

À partir de 23 heures, un nouveau cap est franchi. Plusieurs groupes d’agriculteurs ciblent le centre-ville et progressent en direction de la préfecture, faisant craindre une intrusion directe sur le site. Anticipant ce scénario, les services de l’État et de la ville avaient mis en place un dispositif défensif, avec des camions et bennes municipales positionnés pour bloquer les accès à la préfecture notamment sur l’allée de l’Empereur et l’avenue Léon-Gambetta. Ce barrage matériel permet de contenir la progression et d’éviter des dégradations plus lourdes sur le bâtiment préfectoral, partiellement sanctuarisé.
Blocage ferroviaire, plainte envisagée et flou judiciaire
Parallèlement, la mobilisation a également touché les infrastructures de transport. À Lamagistère, le trafic ferroviaire sur l’axe Toulouse – Agen a été interrompu pendant plusieurs heures dans la matinée, après la découverte d’objets et de matériaux déposés sur les voies. De nombreux trains circulant entre Bordeaux et Toulouse ont été immobilisés, contraignant des passagers à rester bloqués de longues heures à bord de leurs rames.

Alertés, les gendarmes se sont rendus sur place et ont fait déblayer les voies permettant une reprise progressive du trafic. À ce stade, l’enquête ouverte ne permet pas d’identifier précisément les auteurs du dépôt des objets ayant provoqué l’entrave. Aucun manifestant n’a été placé en garde à vue pour ces faits. La SNCF indique toutefois envisager le dépôt d’une plainte pour entrave à la circulation ferroviaire.
Cette nuit de tensions s’inscrit dans une séquence plus large de mobilisation. À Castelsarrasin, la sous-préfecture a de nouveau été visée dans la nuit de jeudi à vendredi, malgré un dispositif policier en place, confirmant un ciblage répété des bâtiments de l’État.

Ces actions avaient été clairement annoncées par les syndicats agricoles, en particulier les Jeunes Agriculteurs et la FDSEA de Tarn-et-Garonne, qui appelaient à une “grande tournée” départementale sous le slogan “Tarn-et-Garonne en bennes”. Le discours, très offensif, cible frontalement l’État et dénonce une politique agricole jugée asphyxiante, sur fond de contestation des accords commerciaux internationaux, notamment le Mercosur.
Pour les pouvoirs publics, l’enjeu est désormais de prévenir toute escalade. Dans son communiqué, le préfet Vincent Roberti a salué le travail des forces mobilisées et indiqué que la vigilance resterait renforcée dans les prochains jours. Côté syndical, le message reste inchangé : la pression est appelée à durer la semaine prochaine.

