À Souillac, l’Église abbatiale Sainte-Marie, chef-d’œuvre roman, vit l’un des plus vastes chantiers de son histoire. Soutenue par la Fondation du patrimoine via le Loto lancé par Stéphane Bern, la première phase des travaux doit s’achever d’ici quelques semaines.
À vingt mètres du sol, sur l’échafaudage qui enserre la façade sud de l’abbatiale Sainte-Marie, une grue vient de déposer de nouveaux blocs de pierre. Profitant d’une accalmie après des semaines de pluie, une dizaine d’ouvriers s’activent. Pierre après pierre, c’est le joyau roman de Souillac qui retrouve sa majesté.

À flanc de façade, le ballet des tailleurs de pierre
Le visage concentré et rougi par l’effort un ouvrier ajuste sa prise. “Ce bloc fait plus de 70 kg. Il remplace les pierres que nous avons déposées, abîmées par le gel et le temps.” Plus loin, un autre ouvrier retire des pierres pour récréer une ouverture obstruée à l’époque où le lieu était occupé par la manufacture de tabac. En contrebas, le futur jardin du cloître semble minuscule. À cette hauteur, chaque geste compte.

Vincent Garnier, chef de chantier pour l’entreprise lotoise RBMH, coordonne la première phase du chantier. “Rien n’est laissé au hasard, nous sommes spécialisés dans la restauration de monuments historiques. Sur ce chantier se succèdent des maçons, des tailleurs de pierre, des couvreurs ou encore des restaurateurs de vitraux. Ceux-ci viennent d’être replacés.”

Un projet de restauration soutenu par la mission Stéphane Bern
Le maire de la commune, en visite sur le chantier, ne cache pas sa satisfaction. “C’est un projet d’envergure avec un investissement de 4 millions d’euros, soutenu par la mission Stéphane Bern avec le Loto du patrimoine à hauteur de 500 000 euros et plus de 300 000 euros viennent d’être récoltés grâce aux dons sur le site de la Fondation du patrimoine”, souligne Gilles Liebus. “Ce qui a permis d’enclencher un important effet levier financier avec l’État, la Région et le Département.” Depuis 2015, la municipalité œuvre de concert avec l’association “Les amis d’Alain Chastagnol pour la sauvegarde de l’abbatiale Sainte-Marie de Souillac”. Plans à la main, l’élu se projette déjà. “Nous allons récréer le jardin du cloître qui sera ouvert au public.”

Le chantier a nécessité d’importantes précautions avec une surveillance permanente des coupoles, déjà fragilisées par d’importantes fissures. Lors de l’abaissement d’une toiture ajoutée au XIXᵉ siècle par l’ancienne manufacture des tabacs, des capteurs ont été installés afin de détecter le moindre mouvement. “Avec le poids des coupoles, on ne prend aucun risque”, précise un responsable du suivi technique.

Un joyau roman de dimension internationale
Car l’abbatiale n’est pas un édifice ordinaire. Chef-d’œuvre de l’art roman à coupoles, elle compte parmi les monuments majeurs du Sud-Ouest. “Une rare représentation du prophète Isaïe et l’une des plus anciennes sculptures françaises du Miracle de Théophile témoignent de son rayonnement” précise Claude Rabuteau, adjoint à la culture. “Des moulages sont d’ailleurs conservés à la Cité de l’architecture et du patrimoine”.

Le portail roman, remarquable ensemble sculpté, a déjà retrouvé tout son éclat après restauration. À l’intérieur de l’église, le grand orgue signé Jean-Baptiste Stoltz, est enveloppé d’échafaudages, dans l’attente de la prochaine phase du chantier qui doit débuter prochainement. La nef et le cœur seront aussi restaurés. Malgré l’ampleur des travaux, l’édifice reste un lieu de culte bien vivant. Il accueillera les concerts du Festival de Rocamadour programmés cet été pour profiter de l’acoustique exceptionnelle de l’édifice.
60 logements programmés dans l’abbaye
Si le chantier actuel concerne l’église, le regard se tourne déjà vers l’abbaye attenante, anciens logements des moines transformés au XIXᵉ siècle en manufacture des tabacs, active jusqu’en 1980. “Le projet de réhabilitation prévoit la création de 60 logements, adaptés aux besoins locaux” précise Gilles Liebus, candidat à sa réélection.
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“Nous allons profiter de la restauration de l’abbatiale pour réaménager les abords de ce joyau en créant au nord de l’abbatiale une jonction avec le parc Abbé Pierre Fayret”. L’ancien entrepôt industriel sera ainsi démoli pour redonner toute sa cohérence architecturale à l’ensemble. “Tout cet aménagement ne peut se faire du jour au lendemain” ajoute le maire. “Peu importe qui arrive aux commandes de la commune, tous pourront s’appuyer sur le travail colossal mené par mon équipe municipale qui a fait un travail extraordinaire autour de ce projet qui concilie patrimoine et culture”.

À Souillac, la ville s’est construite autour de son abbatiale. Le chantier qui doit se terminer en 2030 va lui redonner tout son éclat. Et chacun peut encore contribuer à la souscription destinée à préserver ce patrimoine majeur lotois sur le site de la Fondation du Patrimoine.

