De plus en plus présente dans l’espace public, l’écriture inclusive ne relève plus seulement d’un débat linguistique. Devenue un marqueur idéologique clivant, elle s’impose aujourd’hui comme un véritable sujet politique, ravivé par la récente décision du Conseil d’État.
Longtemps cantonnée aux cercles militants et universitaires, l’écriture inclusive s’est progressivement imposée dans le débat public. Ces dernières années, elle est devenue un sujet hautement politique, portée notamment par des collectivités locales dirigées par la gauche. La récente décision du Conseil d’État, validant son usage sur certaines plaques commémoratives à Paris malgré des recours d’élus d’opposition, illustre cette politisation croissante de la langue.
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Pour Philippe Moreau-Chevrolet, enseignant en communication à Sciences Po Paris, cette évolution tient avant tout à la charge idéologique associée à l’écriture inclusive. “C’est devenu un objet de débat tout simplement parce que certains courants politiques la perçoivent comme une expression du wokisme”, explique-t-il. À l’origine, l’objectif est pourtant simple : “Faire en sorte que le masculin ne l’emporte plus systématiquement sur le féminin afin de rendre la langue plus inclusive.”
Quarante ans de polémiques politiques
La langue française n’en est pas à sa première controverse politique. Depuis l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539, qui impose le français dans les documents officiels, les débats autour de son usage et de son évolution traversent l’histoire. La féminisation de la langue occupe ainsi l’espace politique depuis plus de quarante ans. “C’est la droite qui s’est emparée de l’écriture inclusive comme un symbole à combattre notamment parce qu’en France la langue est au cœur de l’identité nationale”, rappelle Philippe Moreau-Chevrolet.
Son évolution reste fortement encadrée par des institutions comme l’Académie française, ce qui rend toute transformation issue des usages sociaux immédiatement clivante sur le plan politique. “Toutes les langues évoluent avec les usages, c’est un phénomène naturel”, souligne-t-il, rappelant que l’argot, le verlan ou les anglicismes ont longtemps suscité les mêmes craintes.
Selon lui, le débat dépasse largement la seule question linguistique : il renvoie aux rapports de domination entre les genres. Une évolution inévitable, ajoute-t-il, car “vouloir lutter contre l’évolution de la langue est un combat perdu d’avance”.

