Poursuivi pour avoir écrasé un œuf sur la tête de Jordan Bardella lors d’une séance de dédicace à Moissac, le 29 novembre, Jean-Paul Mayanobe sera jugé ce vendredi 9 janvier devant le tribunal judiciaire de Montauban. Âgé de 74 ans, ce retraité avait été présenté en comparution immédiate début décembre, sous une forte pression médiatique, avant d’obtenir le renvoi de son procès. Quelques heures après sa garde à vue, il avait livré sa version des faits à La Dépêche, exprimant déjà ses regrets.
Comment vous sentez-vous avant votre procès ?
Pas très en forme. La garde à vue, c’est dur. C’est comme la prison : on dort sur du ciment, sur une banquette d’une cinquantaine de centimètres de large, et on ne dort pas. On se tourne d’un côté, on a mal ; de l’autre, encore mal. On ne ferme pas l’œil de la nuit.
Vous aviez déjà lancé un œuf sur Éric Zemmour en 2022, à Moissac. Pourquoi avoir recommencé ? Vous évoquiez la cause de l’autisme, mais aussi un message politique.
La cause de l’autisme fait toujours partie de mes préoccupations principales. Mais oui, c’est aussi politique. Je ne m’en cache pas. Il y a une vague populiste qui déferle sur le pays. J’ai voulu me positionner contre cela.
Avec le recul et la forte exposition médiatique, quel regard portez-vous aujourd’hui sur votre geste ?
Je regrette. Je regrette surtout d’avoir fait un geste qui, finalement, n’était pas non violent. Je pensais que c’était symbolique, mais il y a de la violence dans cet acte. Donc oui, je regrette.
Lors de votre interpellation par les agents de sécurité du Rassemblement national, avez-vous été correctement traité ?
L’un d’eux a essayé de me donner un coup de pied. Il m’a raté, mais il m’a effleuré.
“Je suis contre l’extrême droite, contre Jean-Luc Mélenchon, contre les extrêmes de manière générale. Je me situe dans une tradition Jaurès-Blum.”
Quand vous êtes allé au Hall de Paris à Moissac, aviez-vous prémédité ce geste ?
Oui. J’en avais parlé avec des copains. On disait qu’il fallait manifester contre ce mouvement, dangereux pour la démocratie. Je voulais m’engager, mais je l’ai fait bêtement, car cela n’a rien fait avancer.
Certains élus RN vous présentent comme proche d’un parti politique.
Non. Je suis contre l’extrême droite, contre Jean-Luc Mélenchon, contre les extrêmes de manière générale. Je me situe dans une tradition Jaurès-Blum.
Des députés RN affirment que vous aviez participé à la manifestation anti-RN avant l’événement.
Non. Il fallait que je reste concentré. Et de toute façon, j’ai dû faire la queue plus de deux heures pour arriver jusqu’à Bardella.
Concrètement, comment cela s’est-il déroulé ? Où était l’œuf ? Avez-vous été fouillé ?
L’œuf était dans la poche de mon manteau. S’ils m’avaient palpé un peu plus fort, il se serait écrasé. Ça aurait sans doute été mieux pour moi : j’aurais évité la garde à vue et un nouveau passage devant le tribunal.
Étiez-vous stressé au moment de passer la sécurité ?
Oui, un stress maximum. J’étais dans un tunnel, je n’osais pas parler aux gens qui m’entouraient ayant peur d’être démasqué.
Avec le recul, estimez-vous qu’il y a eu une défaillance de la sécurité ?
Ils auraient dû voir que j’avais un œuf. Et me reconnaître.
En quoi le Rassemblement national est-il dangereux, selon vous ?
Suppression du service public, mise à mal de la justice, démocratie en danger.

Qu’attendez-vous de votre procès ce vendredi ?
J’espère qu’ils seront indulgents. Mais j’ai commis un acte grave, donc j’attends d’être puni comme il se doit.
Vous ne contesterez pas la peine ?
Non. J’accepte. Mais la prison, pour moi, c’est très dur, parce que j’ai un enfant autiste qui a besoin de moi.
Comment vos proches ont-ils réagi ?
Mon épouse m’a passé un savon. Toute ma famille aussi. Ils m’ont dit que j’étais allé trop loin. Ils ont raison.
Est-ce plus grave que l’épisode avec Éric Zemmour ?
C’est aussi grave. C’est le même geste. Je ne savais même pas qu’il était député européen. C’est ma sœur qui me l’a appris. Peut-être que si je l’avais su, je ne l’aurais pas fait.
Et depuis ?
Je me suis repris. Je ne referai pas ce geste.
Qu’aimeriez-vous dire aujourd’hui à Jordan Bardella ?
Que je regrette profondément mon geste, que je reconnais qu’il a été violent et que je lui demande pardon. Je n’aurais jamais dû faire cela. À son égard, c’est déplorable. C’est de la violence.

