Trois semaines après le début de la mobilisation agricole dans le Gers, le mouvement bénéficie toujours d’un large soutien populaire. Si les revendications sont majoritairement comprises, les modes d’action employés suscitent néanmoins des avis plus contrastés.
Trois semaines ont passé depuis le début de la mobilisation agricole dans le Gers. Trois semaines rythmées, surtout durant les quinze premiers jours, par des blocages et dépôts réguliers à Auch et sur les réseaux routiers du département.
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En colère face à la gestion de la crise de la Dermatose nodulaire contagieuse (DNC) mais aussi contre le Mercosur et le poids de la fiscalité, les agriculteurs ont pu compter, dès le début de leurs manifestations, sur le soutien de la population. Klaxons des voitures qui passent sur le barrage, visite sur les ronds-points lors de soirées conviviales, dépôts de vivres… Les Gersois, comme 76 % des Français mi-décembre, ont immédiatement approuvé la mobilisation et ont répondu présent aux côtés des manifestants dès le premier jour.
“Je les soutiens pleinement”
Et après plusieurs semaines, les Gersois semblent toujours soutenir le mouvement. Sur les réseaux sociaux, les commentaires défendant les manifestants locaux sont très nombreux. Et dans les rues aussi, les promeneurs s’expriment en faveur des agriculteurs. “Je les soutiens pleinement, assure Maryse. Dans le département, on connaît tous des agriculteurs et ce n’est pas par gaieté de cœur qu’ils ont passé les fêtes sur les ronds-points. Ils sont très inquiets vis-à-vis du Mercosur mais aussi de l’abattage des bovins. Même s’il est vacciné, ils abattent le troupeau, comme en Ariège cette semaine…”
La Gersoise soutient le mouvement, aussi sur la durée : “S’ils abandonnent, de toute façon, on ne va pas les écouter. Ils sont ici, il faut qu’ils continuent. Même si c’est sale et qu’il faut ensuite nettoyer”, ajoute Maryse, avec un sourire. “Après, il faudrait peut-être se mobiliser aussi ailleurs. Parce qu’à Paris, on n’écoute pas la province…”
Une position partagée par Justine*, jeune infirmière. “Dans le Gers, je pense que peu de personnes sont contre le mouvement. On soutient les agriculteurs, on est d’accord avec eux. Mais ce sont nous qui connaissons les désagréments, sur les routes par exemple, alors qu’il faudrait aller à Toulouse ou Paris où les décisions sont prises.”
Des actions qui divisent
Car si les revendications du mouvement agricole sont partagées et soutenues par une grande majorité des Gersois, les moyens d’expression de cette colère agricole semblent en effet diviser l’opinion publique. “Les agriculteurs sont mes voisins et je comprends tout à fait leur colère, explique Sandrine*. Mais je ne peux pas soutenir leur façon de faire, cela rajoute de la pollution. Après trois semaines, où il n’y a aucune solution, il faut peut-être trouver d’autres idées.”
Philippe se dit lui aussi “mitigé”. “Leurs revendications s’entendent ! Mais ça dure depuis un petit moment.” D’autant plus que le fonctionnaire voit un déséquilibre dans la gestion de la mobilisation. “Quand nous, nous manifestons, nous sommes encadrés par des cortèges de policiers et de CRS. Et quand je vois ce qu’il se passe, devant la préfecture, la Direction départementale des territoires (DDT), c’est un peu poussé. Et peut-être pour un résultat qui n’aboutira pas en plus…”
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D’autres Gersois, une minorité, sont plus radicaux face aux manifestants. “Ils commencent à me casser les pieds”, lance un retraité.
Malgré tout, la mobilisation ne semble pas près de s’essouffler. Face au manque de réponse local, une action est prévue cette semaine : la Coordination rurale du Gers invite à prendre part au “Convoi de la liberté” en partant dans la nuit du mardi 6 au mercredi 7 janvier en direction de Toulouse. Et si certains syndicats agricoles avaient appelé à une trêve pour les fêtes, ils pourraient bien redescendre dans la rue très prochainement.

