Nicolas Maduro à Caracas, le 22 août 2025. JUAN BARRETO / AFP
Héritier politique d’Hugo Chavez à la tête du Venezuela depuis douze ans, investi il y a moins d’un an pour un troisième mandat contesté par l’opposition, Nicolas Maduro a été capturé samedi 3 décembre par les Etats-Unis, vers lesquels il a été « exfiltré », a fait savoir le président américain Donald Trump. Le point culminant de deux décennies de tensions entre Washington et Caracas.
Les relations exécrables entre Washington et Caracas remontent à l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chavez, figure de la gauche radicale en Amérique latine, en 1999. Quelques années plus tard, en 2006, les premières sanctions américaines tombent, lorsque George W. Bush décide d’interdire la vente d’armes et de matériel militaire de fabrication américaine au Venezuela, invoquant un manque de coopération dans la lutte contre le terrorisme. En 2010, les deux pays n’ont plus d’ambassadeurs respectifs.
A la mort de Chavez en 2013, Nicolas Maduro, qui avait été décrit par ce dernier comme « l’un des jeunes dirigeants ayant les meilleures capacités » pour prendre la tête du Venezuela, remporte les élections. Considéré à ses débuts comme un syndicaliste sans envergure, il s’était ainsi imposé face à ses rivaux au sein du Parti socialiste unifié (PSUV).
Mais les accusations de violations des droits humains ne tardent pas. Si Nicolas Maduro cultive une image sympathique, jouant de son humour et de son éternelle moustache, cela jure avec sa manière de diriger le Venezuela, qui repose en grande partie sur l’armée et l’appareil sécuritaire. L’opposition l’accuse rapidement d’être un « dictateur ».
Washington accuse plusieurs hauts responsables de violations des droits humains pour leur implication dans la violente répression des manifestations contre le nouveau président, et l’administration de Barack Obama leur impose, fin 2014 et début 2015, des sanctions – gel d’avoirs aux Etats-Unis et interdiction de visas. Ces répressions de manifestants se poursuivent pourtant, notamment après les élections contestées de 2018 et de 2024, Maduro s’appuyant sur des appareils policier et judiciaire à ses ordres.
Trump menace d’une « possible option militaire » dès 2017
La première administration Trump amène avec elle une nouvelle ère de fortes tensions : en 2017, Donald Trump évoque une « possible option militaire » au Venezuela, menace qu’il continuera d’agiter les années suivantes. Washington interdit d’acheter de nouvelles obligations émises par le gouvernement ou la compagnie pétrolière nationale PDVSA.
Son gouvernement impose de nouvelles sanctions financières à plusieurs hauts responsables vénézuéliens ainsi qu’à Maduro lui-même, dont il gèle les avoirs aux Etats-Unis. Après sa réélection en 2019, considérée comme « illégitime » pour Washington et irrégulière pour la communauté internationale, Donald Trump durcit ses sanctions économiques dans le but d’asphyxier le pays et d’évincer le président vénézuélien.
Le pays est progressivement mis à distance de la communauté internationale. Les relations diplomatiques avec Washington sont rompues peu de temps après lorsque les Etats-Unis, suivis par une soixantaine de pays, reconnaissent l’opposant Juan Guaido comme « président par intérim » (jusqu’à la dissolution en 2023 de son gouvernement auto-proclamé).
En avril 2019, un embargo américain sur le pétrole vénézuélien entre en vigueur, et Washington gèle dans la foulée les biens du gouvernement vénézuélien aux Etats-Unis. L’embargo est temporairement allégé en 2023 pour compenser la perte du brut russe après l’invasion de l’Ukraine – avant d’être rétabli lorsque Washington juge que Nicolas Maduro ne tient pas ses engagements en vue d’une élection présidentielle équitable en 2024.
Entre-temps, en 2020, Maduro, comme plusieurs proches, a été inculpé aux Etats-Unis pour « narco-terrorisme » et Washington a offert 15 millions de dollars pour toute information qui permettrait de l’arrêter. Une prime relevée à 25 millions de dollars par l’administration de Joe Biden, puis à 50 millions de dollars par l’administration Trump en août 2025. Washington affirme alors que Maduro dirige le « Cartel des Soleils », inscrit sur sa liste d’organisations « terroristes » mais dont l’existence reste à démontrer selon de nombreux experts.
Escalade de tensions cet été
L’escalade de tensions se poursuit lorsque à partir du mois d’août dernier, les Etats-Unis procèdent à un déploiement militaire massif en mer des Caraïbes, où ils mènent depuis septembre des frappes aériennes meurtrières contre des bateaux de narco-trafiquant présumés, accusant Caracas d’être derrière un trafic de produits stupéfiants qui inondent les États-Unis. Au moins 115 personnes ont été tuées dans 35 frappes rendues publiques.
Les inquiétudes internationales n’y font rien : le 10 décembre, les USA annoncent avoir saisi un pétrolier au large du Venezuela. Caracas, qui estimait déjà que Washington avait pour objectif de s’emparer de son pétrole, dénonce un « acte de piraterie internationale ». Les garde-côtes américains saisissent un deuxième pétrolier le 20 décembre et en poursuivent un troisième peu après dans le cadre d’un blocus naval autour du pays contre des pétroliers accusés de transporter du pétrole vénézuélien soumis à des sanctions.
Au cœur de cette escalade, le Venezuela, qui avait depuis des décennies pu compter sur des soutiens stratégiques avec la Chine et la Russie, a semblé voir ces alliances s’affaiblir. Moscou et Pékin avaient notamment, à rebours de la communauté internationale, refusé de reconnaître internationalement Juan Guaido en 2019 puis apporté un soutien économique et militaire à Caracas. Mais les deux pays se sont contentés ces derniers mois de réaffirmer leur « soutien » au Venezuela, malgré des demandes d’aide de Caracas – Moscou étant tourné vers d’autres priorités, dont sa guerre contre l’Ukraine, et Pékin ayant réévalué son soutien à Maduro face à l’effondrement de l’économie vénézuélienne, comme le soulignait la BBC mi-décembre.
Après des mois de tensions grandissantes, durant lesquels Maduro a plusieurs fois accusé les Etats-Unis de tenter de s’accaparer le pétrole vénézuelien et de le renverser, Donald Trump a affirmé lundi que son pays avait détruit une zone de mise à quai utilisée par des bateaux accusés de participer au narcotrafic au Venezuela – a priori la première frappe terrestre américaine depuis le début de la campagne en mer. Avant d’annoncer, moins d’une semaine plus tard, une attaque américaine contre Caracas ainsi que la capture et l’exfiltration de Nicolas Maduro et de son épouse. Une chute spectaculaire pour celui qui avait su se maintenir d’une main de fer à la tête de ce pays pétrolier.

