En décembre 2024, à l’aéroport de Damas. ANWAR AMRO / AFP
Un an après la chute du régime de Bachar al-Assad, plusieurs anciens hauts responsables militaires et du renseignement syrien tentent de reconstituer leur influence depuis leur exil, selon les informations du « New York Times ». Ces hommes, accusés de crime de guerre et de répression brutale pendant plus d’une décennie, seraient déterminés à soutenir des insurgés potentiels pour déstabiliser les nouvelles autorités, peser sur l’avenir d’un pays toujours fragilisé par treize ans de guerre civile, et préserver les intérêts de la minorité alaouite à laquelle appartient l’ancien dictateur et de nombreux cadres de l’ancien régime.
Parmi les figures de ce réseau on trouve Suhail Hassan, ancien commandant des forces spéciales surnommé « le Tigre » pour sa férocité supposée au combat, et Kamal Hassan, ex-chef du renseignement militaire. Tous deux, exilés à Moscou avec Bachar al-Assad depuis décembre 2024, font l’objet de sanctions internationales. D’après des communications interceptées par des militants syriens et consultées par le quotidien américain, ces anciens responsables auraient distribué des fonds, tenté de recruter des combattants et cherché à se procurer des armes, principalement depuis le Liban. Des SMS évoquant sa localisation indiqueraient que Suhail Hassan a rencontré des collaborateurs au Liban, en Irak et même en Syrie au cours de l’année écoulée.
Selon le « New York Times », le massacre de civils alaouites, en mars 2025, a servi de « cri de ralliement aux anciens responsables d’Assad cherchant à recruter des combattants alaouites ». Les échanges évoquent notamment des projets visant le littoral syrien, région où vit une importante communauté alaouite. Certains anciens officiers espèrent y établir une zone d’influence, voire une forme de contrôle territoriale, dans un pays où le nouveau gouvernement d’Ahmed al-Charaa peine à établir son autorité sur l’ensemble du pays.
Recrutement
Au printemps, les communications interceptées montrent que Suhail Hassan a recruté un dénommé Ghiath Dalla, général au sein de la toute-puissante Quatrième division qui était dirigée par Maher al-Assad, le frère cadet de l’ex-autocrate. « Dans un échange de SMS, M. Dalla a indiqué à M. Hassan avoir versé 300 000 dollars en paiements mensuels à des combattants et commandants potentiels, à raison de 200 dollars et 1 000 dollars par mois. Il a également sollicité l’autorisation d’acheter du matériel de communication par satellite pour un montant d’environ 136 600 dollars », écrit le « New York Times ».
Selon les documents consultés, Rami Makhlouf, homme d’affaires et cousin éloigné de Bachar al-Assad, aurait joué un rôle de soutien financier à ces réseaux. Il aurait aussi envoyé de l’argent à des familles alaouites sur la côte syrienne, se présentant comme un protecteur de la communauté.
Lobbying à Washington
Cette offensive ne se limiterait pas à du soutien sur le terrain. Une fondation liée à Kamal Hassan, officiellement dédiée à l’aide aux réfugiés alaouites, a lancé une campagne de lobbying à Washington, pour un montant d’environ un million de dollars, « afin d’obtenir une protection internationale pour la région alaouite de Syrie ».
Pour plusieurs diplomates syriens interrogés, ces efforts d’influence à l’étranger seraient plus inquiétants que les projets d’insurrection armée qui peinent à s’organiser durablement et commencent à se déliter. « Selon eux, de telles campagnes pourraient progressivement préparer le terrain pour la création d’une région semi-autonome en Syrie », écrit le quotidien.
Si la capacité réelle de ces anciens généraux à déstabiliser la Syrie demeure incertaine, leur activisme rappelle que la chute de Bachar al-Assad n’a pas mis fin aux luttes de pouvoir pour la Syrie.

