February 9, 2026

Procès de 9 CRS accusés d’avoir frappé des Gilets jaunes : pourquoi la stratégie du maintien de l’ordre avait suscité tant de polémiques

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Plus de sept ans après le début du mouvement des Gilets jaunes, le procès de neuf CRS accusés de violences lors de “l’acte III” de décembre 2018 ravive un débat central. Cette séquence a marqué un tournant dans la manière dont la police française encadre les manifestations, au prix d’une montée des violences et de pratiques toujours contestées.

Un tournant stratégique. Le 1er décembre 2018 marque une rupture dans la doctrine française du maintien de l’ordre. À Paris, l’Arc de Triomphe est vandalisé. Des Gilets jaunes se réfugient dans un Burger King pour échapper aux gaz lacrymogènes. L’intervention des CRS à l’intérieur du restaurant, aujourd’hui jugée, devient l’une des images marquantes du mouvement.

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Ce jour-là, 5 500 manifestants sont recensés dans la capitale. 318 personnes sont interpellées. 263 sont blessées, dont 23 policiers, selon les chiffres officiels.

La stratégie policière est aussitôt mise en cause. Trop statique, trop distante. Très vite, l’exécutif décide de revoir en profondeur la doctrine française du maintien de l’ordre, historiquement fondée sur la mise à distance.

La fin du “maintien à distance”

Cette évolution traduit une “sorte d’intolérance au désordre”, observe dans Le Point Fabien Jobard, directeur de recherches au CNRS et spécialiste du maintien de l’ordre. “Aujourd’hui, un événement protestataire se déroule sur deux scènes : le pavé des rues, mais aussi les écrans des chaînes d’infos en continu. Le politique se sent obligé de réagir à la moindre image de désordre”.

Dans ce nouveau cadre apparaît un symbole fort : les détachements d’action rapide (DAR), des unités de policiers motorisés. Déployés dès le 8 décembre 2018, ils deviennent les Brav-M (Brigade de répression de l’action violente motorisée). Leur rôle est ensuite sanctuarisé dans le Schéma national du maintien de l’ordre (SNMO), publié en septembre 2020.

Tout de noir vêtus, remontant les rues à moto, les Brav interviennent quand les cortèges dégénèrent. Ils interpellent directement au cœur des manifestations. Une méthode offensive, qui rappelle les “voltigeurs” supprimés après la mort de Malik Oussekine en 1986 à Paris. L’unité est accusée d’un usage excessif de la violence. C’est un “outil performant, nécessaire, mais à qui il faut tenir la laisse courte”, estime un haut gradé de la préfecture de police de Paris.

Le point faible reste la formation, insiste Fabien Jobard. Ces unités “ont été formées aux violences urbaines, pas au maintien de l’ordre”, à la différence des CRS et des gendarmes mobiles. La question est centrale : “Est-ce qu’on va détacher un nombre suffisant d’heures pour les entraîner ? C’est absolument décisif”.

Depuis 2022, un cran supplémentaire

Après les Gilets jaunes, la doctrine continue de se durcir. À partir de 2022, les manifestations contre les projets de réserves d’eau agricoles, dites “bassines”, ouvrent une nouvelle séquence.

À Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, en mars 2023, le dispositif policier est massif. Des milliers de manifestants font face à des unités mobiles, appuyées par des grenades et d’importants moyens de dispersion. Les affrontements sont violents. Des dizaines de manifestants sont blessés, plusieurs gravement.

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Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin assume. Il évoque des manifestants “ultra-violents” et affirme que les forces de l’ordre ont fait face à des individus venus “pour tuer des policiers”. Des propos tenus après les affrontements, qui déclenchent une vive polémique.

À l’opposé, des associations et des observateurs de la Ligue des Droits de l’Homme dénoncent un usage de la force jugé excessif. Le Défenseur des droits rappelle un cadre intangible : le maintien de l’ordre doit respecter le principe de proportionnalité et l’accès aux secours ne doit jamais être entravé, y compris lors de manifestations non déclarées.

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