November 28, 2025

DECRYPTAGE. Prix des carburants : l’augmentation prévue de 4 à 6 centimes du litre se fera-t-elle sentir sur nos portefeuilles ?

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Le prix de l’essence va augmenter de 4 à 6 centimes par litre dès janvier. Toutefois, la baisse actuelle du prix du baril pourrait compenser cette hausse, mais le marché reste incertain.

Le prix de l’essence repartira-t-il à la hausse en 2026 ? Mercredi, l’Union française des industries pétrolières (Ufip) a annoncé une augmentation de 4 à 6 centimes par litre dès le 1er janvier. Cette hausse, liée à la révision d’une taxe environnementale par l’État, reste à relativiser alors même que le baril de pétrole se négocie à un niveau particulièrement bas.

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L’impact des Certificats d’Économie d’Énergie

Cette augmentation est principalement due à l’évolution des Certificats d’Économie d’Énergie (CEE). Ce mécanisme, instauré en 2005 et reposant sur le principe du pollueur-payeur, oblige les fournisseurs de carburant à financer des actions de réduction de la consommation énergétique et d’amélioration de l’efficacité énergétique. En échange, ils obtiennent un CEE et doivent justifier à chaque fin de période qu’ils ont atteint l’objectif fixé par l’État.

Or, cet objectif a été revu à la hausse par un décret paru le 1er octobre, pour une application au 1er janvier. Alors que ce dispositif pèse actuellement environ 11 centimes dans le prix du litre de carburant, il devrait passer de 15 à 17 centimes, estime Olivier Gantois, directeur de l’Ufip Énergies et mobilités.

Une hausse à nuancer

Cette augmentation de 4 à 6 centimes est néanmoins à nuancer. “Le prix du baril a fortement baissé au cours de cette année”, introduit Philippe Charlez, expert en questions énergétiques pour l’Institut Sapiens. Le cours est en effet passé de 76,35 euros en début d’année à 55,30 euros en novembre, permettant une baisse de 6 centimes d’euros sur le litre de SP95, a confirmé l’Ufip à TF1.

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Théoriquement, la future hausse liée aux CEE pourrait donc être entièrement absorbée par cette tendance baissière sur le coût du carburant brut. Mais cette compensation dépend de la persistance de la baisse. “Ces dernières semaines, le prix a augmenté, met en garde l’expert avant d’expliquer. Nous avons baissé nos capacités de raffinage en Europe, et importons de plus en plus de produits raffinés dont les prix sont plus sensibles à la situation géopolitique mondiale”.

La géopolitique, un facteur clé du prix du pétrole

La géopolitique a un impact direct sur les prix du fait des perturbations qu’elle crée dans l’offre. Lorsqu’un conflit éclate dans un pays exportateur, par exemple, la production peut être interrompue, les infrastructures énergétiques endommagées ou les exportations limitées, ce qui réduit mécaniquement l’offre mondiale, et fait monter les prix.

Le conflit en Ukraine continue de peser sur ce marché. L’expert Philippe Charlez explique que, même si la France a cessé d’importer directement de Russie, “nous retrouvons néanmoins des produits raffinés russes dans nos stations, car d’autres pays continuent de commercer avec eux”.

Le marché reste alors instable et prédire le cours du pétrole “relève presque de la voyance”. Néanmoins, malgré un conflit avec la Russie toujours en cours, l’expert estime qu’aucun événement majeur susceptible de faire exploser les prix n’est en vue. Il conclut : “À l’heure actuelle, le marché est stable, les prix sont stables, on se dirige vers un premier trimestre 2026 sans variations très marquées”.

Les consommateurs mécontents

Pour l’heure, cette nouvelle obligation est loin de faire l’unanimité auprès des consommateurs. Pierre Chasseret de l’association 40 millions d’automobilistes a exprimé au micro de RTL son incompréhension : “Prévoir une augmentation de la fiscalité sur les carburants, c’est vraiment ne pas avoir de mémoire politique. On se rappelle tous des Gilets jaunes. À la base, c’était trois petits centimes d’augmentation sur la fiscalité et ça s’est transformé en un mouvement social sans précédent en France”.

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